JJG1

Depuis le temps que je voulais la refaire, cette chronique... Non, parce que, quand j'avais abordé cet album en 2010, ou 2011, enfin y'à longtemps (concernant le blog, c'est la préhistoire, carrément), je ne sais pas pourquoi, mais la chronique était tellement courte (deux petits paragraphes ; en totalité, je pense qu'elle devait être à peu près aussi longue qu'un seul des paragraphes d'une chronique publiée, désormais, sur le blog, quelle qu'elle soit) que je me demande bien pourquoi j'en avais fait une aussi minable et rikiki. Et pendant ce temps-là, toutes ces années, elle est restée ainsi...ce qui n'a pas manqué de susciter au moins un commentaire étonné sur la briéveté de l'article ! Fallait donc la refaire...donc acte. Bon, voici donc le retour de Jean-Jacques Goldman. Pas en affaires, car mis à part une très touchante apparition sur le Net en mars dernier, à l'occasion de la crise sanitaire, pour rendre hommage aux personnels de santé en faisant une courte version, aux paroles évidemment modifiées, de Il Changeait La Vie (devenue Ils Sauvent Des Vies), le JJG a, depuis 2002, décidé d'arrêter sa carrière. Il continue d'écrire ou de composer, ou de produire, pour d'autres (pas les meilleurs : Fiori...), et jusqu'à il y à quelques années, il continuait de participer activement aux concerts des Enfoirés. Qui ne sont d'ailleurs plus les mêmes sans lui, mais c'est autre chose encore. Mais son dernier album studio reste donc Chansons Pour Les Pieds, en 2001, pas son meilleur, mais un disque finalement pas mal du tout, que j'ai appris à aimer. 

JJG2

On peut dire ce qu'on veut de Goldman, car on aime ou pas ce chanteur. Je sais que MaxRSS n'aime pas ce chanteur, du tout ; parlez-lui de Goldman et il se mettra à brailler en volapük en se grattant les boutons d'allergie qui, un peu partout sur son corps, et surtout aux endroits sensibles, auront poussé le temps que vous prononciez les quatre syllabes du patronyme du chanteur. Moi, en revanche, j'adore sa musique, c'est un de mes chanteurs français préférés. Il y à qu'un seul de ses albums que je n'aime pas trop, c'est son tout premier, malgré qu'il offre deux grandes chansons (Pas L'Indifférence et Il Suffira). Mais le reste, pas de problème. Et si mes trois préférés de lui restent, dans l'ordre, Positif, Rouge (de Fredericks/Goldman/Jones) et Non Homologué (malgré deux épouvantables merdes dessus : Bienvenue Sur Mon Boulevard et Délires Schizo-Maniaco-Psychotiques), j'aime quand même énormément les autres : En Passant (1997), le premier F/G/J éponyme, Minoritaire (1982), Chansons Pour Les Pieds, les différents lives...et bien entendu cet album-ci, sorti en 1987, son double album studio, Entre Gris Clair Et Gris Foncé, dont j'espère que cette nouvelle chronique rendra enfin justice à la réussite éclatante qu'il est, indéniablement. Déjà, à ce stade, alors que je n'ai pas encore parlé du contenu, elle est déjà bien plus longue que l'ancienne ! C'est son cinquième album studio, il fait suite au carton plein (quasiment tous les morceaux dessus sont des hits) de Non Homologué en 1985 et du double live En Public de 1986 qui documentait la tournée promotionnelle de l'album. A l'époque encore très mal apprécié de la presse musicale (il faut lire les reproductions de coupures de presse que Goldman a fait mettre dans le livret de son best-of Singulier, toutes négatives, et accompagnées d'une note manuscrite de Goldman remerciant tout de même les journalistes d'avoir été présents aux concerts ; ils n'y allait pas de main morte !), JJG est devenu, en deux-trois ans, le chouchou des médias, le chouchou des Français, un des chanteurs préférés du pays avec Renaud.

JJG3

Entre Gris Clair Et Gris Foncé, qui offre 20 titres (9 sur le premier disque, 11 sur l'autre, c'est toujours un double album en CD car il dure 84 minutes), c'est en fait deux albums plutôt qu'un double, comme Goldman le dit dans les notes de pochette. Le premier disque est enregistré avec programmations et l'utilisation du Fairlight, ce gros synthétiseur géré par ordinateur, et possède donc des sonorités modernes et pop, tandis que le second a été fait sans Fairlight, sans programmations, sans boîte à rythmes, joué par des êtres humains sur des instruments naturels (dixit la pochette ; il y à cependant un peu de synthés), enregistré en quasi live en studio. L'album ne posséde cependant pas deux identités propres, il fonctionne parfaitement comme un tout. On notera cependant que le premier disque est celui des hits (mis à part un), et que le second disque est plus intérieur, plus sobre, moins immédiatement accrocheur. Entre Gris Clair Et Gris Foncé, qui sera un triomphe commercial (la tournée aussi, immortalisée par le live Traces en 1988 ; et après, Goldman fondera Fredericks/Goldman/Jones et ne refera pas d'album solo avant 1997), offre quatre singles à succès : Elle A Fait Un Bébé Toute Seule (présent sur le second disque), chanson datant d'il y à quelques années, qu'il avait à la base offerte à Philippe Lavil qui n'en voudra pas. Avec sa mélodie country, c'est une chanson rigolote, mais pas la meilleure du lot (à noter que sur le premier disque se trouve une chanson du nom de Fais Des Bébés, sous-titrée Elle A Fait Un Bébé Toute Seule 2). On a aussi, et toutes sont sur le premier disque, C'Est Ta Chance, sur la force de volonté pour s'en sortir malgré les obstacles et les préjugés ; Là-Bas, en duo avec la chanteuse Sirima (au destin tragique), sublime ; et Puisque Tu Pars, intouchable joyau sur l'absence. 

JJG4

L'album offre aussi Il Changeait La Vie, quasiment un tube (pas sorti en single, mais désormais un classique), chanson sur les héros de la vie ordinaire ; Peur De Rien Blues, qui, comme son nom l'indique, est un blues, chanson vraiment remarquable et au final peu connue ; le morceau-titre, goldmanien en diable ; Des Bouts De Moi, là aussi pas une chanson très connue, sauf des fans, mais qui mériterait amplement de l'être ; et quelques chansons plus courtes, presque anodines au premier abord, mais qui participent pleinement à l'atmosphère générale de ce très ambitieux double album (qui, dans sa première version CD, sera amputé de deux morceaux afin que tout tienne sur un seul CD ; désormais, il est vendu en CD en intégralité, et donc en double album) : Qu'Elle Soit Elle, Appartenir, Reprendre C'Est Voler, Tout Petit Monde, Il Me Restera (ces deux titres sont justement ceux qui, sur la première édition CD, manquaient). Au final, seule une chanson m'énerve ici, Fais Des Bébés, vraiment pas une réussite. Sinon, cet album, enregistré avec les musiciens habituels de Goldman (Guy Delacroix, Joe Hammer, Christophe Deschamps, Michael Jones, Patrice Tison, Roland Romanelli, la choriste  Carole Fredericks...) et coproduit par Goldman et Marc Lumbroso, enregistré aux studios Gang notamment, est un grand, grand album de variété française, de chanson française, aussi bien des années 80 que depuis les années 80 jusqu'à maintenant. J'ai même envie de dire que, désormais, des albums comme ça, on n'en fait plus, en France. D'aussi réussis, et d'aussi ambitieux et même courageux (un double, fallait oser, même quand on s'appelle Goldman), s'entend !

FACE A

(Intro) A Quoi Tu Sers ?

Il Changeait La Vie

Tout Petit Monde

Entre Gris Clair Et Gris Foncé

Là-Bas

FACE B

C'Est Ta Chance

Des Bouts De Moi

Fais Des Bébés

Puisque Tu Pars

FACE C

Filles Faciles

Je Commence Demain

Elle A Fait Un Bébé Toute Seule

Quelque Part, Quelqu'un

Qu'elle Soit Elle

FACE D

Doux

Reprendre C'Est Voler

Il Y A

Peur De Rien Blues

Il Me Restera

Appartenir