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En attendant le jour béni, mais hautement hypothétique voire même improbable (que j'aimerais me tromper sur ce point !) qui verra Jean-Jacques Goldman revenir aux affaires, se sortir les doigts et enregistrer à nouveau un album à lui (ou bien remonter sur scène, rien que ça), autant reparler de ses albums existants. Celui-ci, légendaire, me tient particulièrement à coeur, c'est un de mes trois préférés de lui (en solo ; et je rajoute les deux albums studio de Fredericks/Goldman/Jones pour faire un Top 5) avec Positif et En Passant. Deux albums assez différents, Positif (1984) étant de la pop/rock à la française, avec moult claviers, un disque garni de tubes, tandis que En Passant (1997) est un disque intimiste (avec certes quelques tubes au compteur là aussi), intérieur, sobre dans ses effets (quasiment pas de synthés, un beau travail sur les percussions), à l'image de sa pochette sépia. Deux facettes de la musique goldmanienne. En 1985, après le carton plein de Positif (Encore Un Matin, Envole-Moi, Long Is The Road (Américain) et ce chef d'oeuvre qu'est Ton Autre Chemin), Goldman, déjà auréolé avant ça du succès de son deuxième album Minoritaire (Quand La Musique Est Bonne, Comme Toi...) en 1982, va frapper un gros, gros coup : Non Homologué. Ce disque est sorti sous une pochette faisant référence à celle du Born To Run de Bruce Springsteen sorti dix ans plus tôt (te souviens-tu d'un slow, dix ans plus tôt, déjà dix ans... Sardou, sors de ce corps qui ne t'a rien fait !).

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Ce sera un des plus gros succès commerciaux de Goldman, un vrai robinet à hits, puisque sur les 11 titres (seulement 10 sur le vinyle, Elle Attend ne s'y trouvant pas, et l'ordre est un peu différent aussi), pas moins de 6, dont Elle Attend, seront des tubes qui, aujourd'hui encore, marquent de leur empreinte la légende goldmanienne (comment qu'j'parle bien, aujourd'hui). Long de 44 ou 48 minutes selon le format, Non Homologué n'est, malgré sa légion de hits imparables, pas un album parfait. On y trouve, en effet, deux chansons résolument épouvantables, de vraies merdes indignes de Goldman : Délires Schizo-Maniaco-Psychotiques et Bienvenue Sur Mon Boulevard. La première est un délire (comme son titre l'indique) à la Richard Gotainer, sorte de parodie de country avec banjo à l'appui, sur laquelle Goldman chante, en plus, un peu comme Gotainer, d'une manière enfantine. Amusant à la première écoute, vraiment chiant et embarrassant aux suivantes. Venant de Gotainer, on apprécierait probablement mieux, mais venant de Goldman, ça coince. Et ça coince encore plus avec Bienvenue Sur Mon Boulevard, une sorte de mix raté entre Je Marche Seul et La Vie Par Procuration, qui sont par ailleurs deux des hits de l'album, fallait le faire, il l'a fait. Oui, vraiment, je n'exagère pas, cette chanson ressemble à ces deux tubes : les couplets, dans leur structure, la manière de chanter, ressemblent à Je Marche Seul, et le refrain, dans sa mélodie et la manière de chanter, à La Vie Par Procuration. Ridicule au plus haut point, c'est selon moi LA plus mauvaise chanson de Jean-Jacques Goldman, indigne de lui. Même sur les précédents opus (Je Chante Pour Ca, Plus Fort sur Positif ; Jeannine Médicament Blues sur Minoritaire), les chansons les moins bonnes sont d'un meilleur niveau que ça.

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Heureusement, le reste, tout le reste de l'album, est une petite perfection de chanson française de variété pop/rock. On commence par les tubes ? La Vie Par Procuration, sur un sujet rarement utilisé, celui de la solitude (quatre ans plus tôt, sur son Banlieue Rouge, Renaud parlera de la même chose, en mode humoristique) ; Je Marche Seul, énergique ; Je Te Donne, en duo avec son pote Michael Jones, chanson bilingue que l'on ne présente plus ; Elle Attend, absent du vinyle et c'est dommage, magnificence acoustique absolue ; Pas Toi, avec sa longue intro, sa lente montée en puissance, une pure merveille qui est probablement ma préférée des chansons de l'album ; et Famille, sublime chanson dédiée à une chanteuse/choriste morte jeune (28 ans) en 1985, d'une leucémie, Danielle Messia. Une chanson inoubliable, belle montée en puissance là aussi. Et puis, en dehors de ces six tubes absolus qui vont squatter les radios et les TV (clips) durant les années 80 (en attendant le nouvel album de Goldman en 1987, le double, et rempli de hits aussi, Entre Gris Clair Et Gris Foncé), on trouve aussi, sur Non Homologué, trois chansons remarquables n'ayant pas été des tubes, mais qui tiennent une belle place dans le coeur des fans : Compte Pas Sur Moi, morceau rock énergique en intro, qui fut pendant longtemps mon chouchou de l'album ; Parler D'Ma Vie, superbe chanson mélancolique avec la participation du trompettiste de jazz Chet Baker, et Confidentiel, final déchirant et délicat, chanson d'amour que Goldman, en janvier 1986, dédiera à Daniel Balavoine (mais la chanson ne parle évidemment pas de ça, Balavoine était vivant quand est sorti Non Homologué). Voilà. Cet album légendaire sera suivi l'année suivante du premier live de Goldman, le double En Public sur lequel pas moins de 7 (en fait, 8 en comptant Je Marche Seul dans un medley) des 11 chansons seront interprétées. Quand je dis que cet album est légendaire !!

FACE A

Compte Pas Sur Moi

Je Te Donne

Famille

La Vie Par Procuration

Parler D'Ma Vie

FACE B

Pas Toi

Bienvenue Sur Mon Boulevard

Délires Schizo-Maniaco-Psychotiques

Je Marche Seul

Confidentiel