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Black Sabbath s'est séparé de son deuxième chanteur Ronnie James Dio en 1982, juste après la sortie du double Live Evil (premier live officiellement reconnu par le groupe, mais leur deuxième live en tout). Vinnie Appice, le batteur ayant remplacé Bill Ward en 1981, s'en est allé, lui aussi, en 1982. Il ne reste donc plus, du groupe, que le guitariste, Tony Iommi, et le bassiste, Geezer Butler. Tout semble à recommencer. Le groupe demande conseil à son manager, Don Arden, papa de la future femme d'Ozzy, Sharon. Arden, à la réputation sulfureuse (si Al Capone s'était reconverti en manager de groupe de rock, il aurait été une version édulcorée de Don Arden), leur propose d'engager Ian Gillan. Gillan, tout le monde le sait (du moins, les fans de rock), était le chanteur de Deep Purple de 1970 à 1973, période dorée pour le Pourpre Profond, avant de se lancer en solo en 1975 (le Ian Gillan Band). Le groupe envisageait à la base de demander soit à David Coverdale (Deep Purple juste après Gillan ; Whitesnake), soit à Robert Plant (Led Zeppelin), avant d'envisager Gillan, mais ce que Don Arden dit a force de loi... Et puis, le timbre vocal de Gillan est juste parfait, alors le groupe n'a pas hésité longtemps (parmi les prétendants, un certain Michael Bolton, alors inconnu...oui, les mecs, vous pouvez trembler dans vos slips, le pire a été évité de justesse !) et a demandé à Gillan de venir faire des essais. Mais ce dernier hésite, lui. Black Sabbath, c'est pas le même genre de hard-rock que Deep Purple, il y à une connotation très sombre, doom, qui ne lui allait pas forcément. Gillan ne s'imaginait pas chanter Sabbath Bloody Sabbath ou Electric Funeral, quoi. Mais on a trouvé la solution : Iommi et Butler l'ont emmené dans un pub, boire des pintes, et après une nuit de beuverie, Ian a pris sa décision : je v-v-v-veux b-b-bien être vô-vô-vôtre ch-chant-t-t-teur, les m-m-m-mecs ! Hips !

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Parti comme ça, forcément, c'est pas la meilleure solution pour faire un groupe. A la base, les trois sont d'accord : on va former un supergroupe, mais avec un autre nom, pas Black Sabbath. Mais Don Arden leur dit : non, vous êtes Black Sabbath, vous restez Black Sabbath, alors ils ont fermé leur gueule parce que Don Arden avait comme réputation celle de balancer par la fenêtre les emmerdeurs, ce genre de trucs. Bill Ward revient, ce qui règle le problème de la batterie et entérine définitivement le fait que c'est bien de Black Sabbath qu'on parle. Le groupe compose, et enregistre (dans un studio du nom de The Manor, situé à Shipton-on-Cherwell, dans l'Oxfordshire, en Angleterre) en mai 1983, et l'album sort en août, sous le nom de Born Again...et une pochette mignonne comme tout, signée d'un certain Steve Joule qui a depuis clamé avoir été complètement bourré le soir où il l'a conçue. Joule a pris une photo parue en une d'un magazine, représentant un bébé venant de sortir du ventre maternel. Il l'a colorié en rouge, a teint le fond en bleu profond uniforme. Il a rajouté de petites quenottes jaunes, de belles griffounettes jaunes, des yeux verts fendus verticalement (des yeux de reptile) et deux petites excroissances façon cornes sur le crâne du bébé, et un lettrage gothique du plus bel effet. Le rendu final est criard comme pas deux, et d'une subtilité qui confine au coup de genou dans les couilles. Ce n'est pas très joli, ce qui est une litote. Ian Gillan, lorsqu'il ouvrira un carton d'exemplaires de l'album et verra le résultat, en vomira presque (ses dires) et balancera le carton par la fenêtre. Et encore, il n'avait pas écouté le disque !

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Parmi les cinq êtres vivants posant sur cette photo, un seul ne joue pas sur le disque ; lequel ?

Car ce qu'il faut dire, c'est que si la grande majorité des 9 morceaux de l'album (qui dure 41 minutes) sont d'un excellent niveau (sincèrement, deux titres, et surtout un en fait, ne valent pas tripette, mais le reste assure), Born Again, produit par le groupe et Robin Black, possède un son absolument nul. Ceci, en raison d'une erreur bien involontaire survenue durant l'enregistrement, on a mixé le son un peu trop fort et ça a niqué des amplis. En résulte un son vraiment faiblard et rocailleux, il faut monter le son assez fort pour écouter le disque. Je possède un pressage vinyle allemand récent (disque rouge transparent, probablement pas un pressage à 100% officiel au passage) pour lequel le son est nettement meilleur que sur les pressages d'époque et les éditions CD. Mais ça reste le disque le moins satisfaisant du groupe, d'un point de vue de production. Musicalement, en revanche, si Hot Line est nulle et Digital Bitch un peu moyenne (mais agréable), l'album est une tuerie. On prend un vilain plaisir à écouter ce disque qui semble être (et la tournée mondiale qui suivra entérinera ce fait, avec des décors et effets scéniques over the top qui seront pastichés dans le film This Is Spinal Tap) une caricature de hard-rock. Ian Gillan pousse des hurlements de vrai dingue sorti de l'asile (Thrashed, Disturbing The Priest), les paroles sont parfois des caricatures des thèmes sabbathiens, les guitares sont en totale fusion atomique, la batterie tabasse encore plus fort qu'une horde de hooligans enbièrés... Un morceau comme Born Again est littéralement inoubliable : déjà très sombre à la base avec son glas funèbre en intro, la production au-dessous de tout le rend encore plus doom, encore plus noir, totalement glauque et allume-gaz...son intro reste longuement en tête, elle n'en sort pas, en fait. Zero The Hero est une tuerie. Keep It Warm est une excellente chanson méconnue. Sans oublier les deux instrumentaux (Stonehenge, The Dark) qui servent idéalement d'interludes glauques et chelous entre deux morceaux bien furax. La transition Stonehenge/Disturbing The Priest est d'une violence... Bref, Born Again, malgré sa production ratée et sa pochette douteuse (mais que, curieusement, j'aime assez bien, maintenant), est un excellent album du groupe, incontestablement un des meilleurs, en même temps qu'un des plus étranges. La sortie de l'album sera accompagnée d'une légion de mauvaises critiques, l'album se fera allumer, ainsi que la tournée mondiale, qui laissera au final un souvenir mitigé aussi bien pour le groupe que les fans (Gillan livrera, sur scène, des prestations hésitantes, faisant flipper tout le monde le temps d'un Black Sabbath glauquissime à souhait, mais les fans de Black Sabbath n'apprécieront pas trop d'entendre Smoke On The Water de Deep Purple, ainsi qu'un Rock'n'Roll Doctor sauvagement massacré). Une parenthèse dans la discographie du groupe, mais quelle parenthèse que cet album (de) malade(s) !

FACE A

Trashed

Stonehenge

Disturbing The Priest

The Dark

Zero The Hero

FACE B

Digital Bitch

Born Again

Hot Line

Keep It Warm