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Un jour, il serait intéressant de se pencher sur les instincts grégaires des êtres humains, votre serviteur y compris... Ainsi, je pourrais peut-être enfin  comprendre pourquoi cet album a acquis une pareille réputation de bâton merdeux au fil du temps, après avoir été attendu comme le Messie et célébré en tant que tel. Lors de ce brulant été 97, les médias anglais et français, échauffés d'avoir raté le train "Morning Glory" à l'époque (et se raccrochant plus ou moins lamentablement aux branches...), ne veulent en aucun réediter la maladresse avec le nouvel effort des fookin' lads from Manchestaaaa.

Non, fallait les lire ces tombereaux d'éloges aussi épais que la bite de Rocco ! Le NME qui pouvait se rebaptiser le New Gallagher Express ! Manoeuvre qui se branlait d'aise sur huit pages dans le numéro de R&F de septembre 97, à grands renforts de "Noel et Bonehead jouent de leurs guitares tels les bombers volant vers Dresde" ! Disque du mois par Deluermoz : "album de la sacralisation", ni plus ni moins ! Tout ça pour finalement décréter dans un ensemble suspect à partir de 1999, que cet album était merdique, propos également étayés par le Noel en chef (Liam G. a eu les couilles de toujours le défendre).

Maintenant que la Oasismania est largement retombée pour cause d'albums pourris (les deux suivants, mon Dieu !) et de séparation avant réléve des compteurs en 2014 (pour les 20 ans de "Definitely Maybe"), on peut désormais aborder le dossier "Be Here Now" de façon depassionnnée et, dans la limite du possible, objectivité.

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Cet album à la pochette magnifique et symbolique (la Rolls dans la piscine renvoie à Keith Moon) répond à une logique perdue d'avance : comment faire un "Morning Glory" puissance 10 ? Tel est le but avoué de la fratrie, enfoncer le clou bien profond dans le fion de la populasse mondiale, ces Ricains qui n'auront cédé qu'après maintes tournées, et le matraquage de "Wonderwall" sur MTV (chaîne qui détestait cordialement ces australopithèques dégénérés). D'où grande surenchère : toujours plus de gros son, de wall of guitars, de coke, de compos interminables, de bastons (l'enregistrement fut une succession de mauvaises vibrations entre les mecs, selon Owen Morris, le producteur), d'alcool, d'égos gros comme mon cul... On assiste ici à l'implosion d'un groupe en direct live.

Longtemps, je me suis désinteressé de ce disque. Mais la semaine dernière, j'ai eu la curiosité de le commander chez mon fournisseur anglais favori de disques d'occasion (Zoverstocks) pour la somme exhorbitante de... 0.02 livres sterling ! (si si ! cet album est un grand classique du bac à soldes, car la ruée des auditeurs déçus fut monumentale après coup). L'album est là, en état impeccable... Alors, grosse merde ou pas ?

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Ben, en bon normand, je vais répondre : ni oui ni non ! Ce disque contient une part non négligeable de moments savoureux, pour ne pas dire d'instant classics. L'ouverture, "D'you know what I mean" (et son clip mégalo au possible), est un morceau tout bonnement génial. Emphatique, menaçant, plein de morgue, il fait parcourir sur mon échine des frissons toujours d'actualité 13 ans après. Malgré ses "emprunts-clins d'oeil" lourdingues dans les paroles ("My mind's eye" pour les Small Faces, "Blood on the tracks" pour Dylan, "Fool on the hill" et "I feel fine" pour les Beatles...), Oasis est au sommet, avec un Liam G. qui ne chantera plus jamais aussi bien (sa voix se barrant en couilles dès l'album suivant).

Au rayon des réussites, citons également l'excellent morceau-titre, "My big mouth" dans la lignée de "Definitely Maybe", le single "Stand by me", "The Girl in the dirty shirt" (avec Billy Preston aux claviers), le malheureusement trop long "Magic pie", ainsi que "It's getting better (Man!!)". Ce qui nous fait en définitive une bonne moitié d'album assez délectable.

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Et il y'a le reste : le pompeux et nul "All around the world" qui bénéficie (oh my fuckin' god...) d'une reprise en fin d'album, le dégoulinant "Don't go away" (si tu me passes cette merde, je vais bien finir par me barrer...), l'insipide "I hope I think I know", l'inutile "Fade In-Out" avec Johnny Depp à la slide...

En bref, c'est un album daté dans ses excès divers (trop long comme pour bon nombre de disques de l'époque, mais dieu merci on nous épargne l'autre tarte à la crème de l'époque : le morceau-caché qui aurait gagné à le rester). Mais sa démesure le rend paradoxalement attachant. Et je prends les paris dès aujourd'hui que cet album sera réhabilité lorsque la nostalgie des années brit-pop sera de mise... Et sincérement, ce ne sera que justice, du moins pour la moitié citée plus haut.

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Chronique complémentaire signée ClashDoherty :

Bon, encore une fois je me réveille trop tard, Leslie ayant abordé cet album (voir plus haut) depuis belle lurette, en 2010, et il a dit tout ce qu'il fallait en dire et même plus. Alors à quoi ça sert que je me décarcasse ? Mais j'ai réabordé récemment les deux premiers opus d'Oasis, il me semblait donc logique que Be Here Now soit lui aussi touché par cette vague de rééditions de chroniques de disques, généralement des albums de la décennie 90, d'ailleurs (c'est d'ailleurs le cas encore une fois pour cet album). Troisième album des jus de fruits, Be Here Now, sorti en 1997, fait suite au carton plein des deux premiers opus, Definitely Maybe (1994) et (What's The Story) Morning Glory ? (1995). A nouveau produit par Owen Morris (et Noel Gallagher, guitariste et frangin ennemi du chanteur Liam), l'album fait plus fort que les deux précédents opus, de sa pochette à son contenu. En réalité, l'album fait même beaucoup trop fort, et ça se ressent dès la pochette, montrant la joyeuse équipe (les frangins Gallagher, Bonehead...) debout ou assis dans le jardin d'une splendide villa, autout d'une piscine dans laquelle, normal, baigne gentiment une belle bagnole. Un scooter rouge, un phonogramme, un boulier, une pendule, un calendrier éphéméride à la date du jeudi 21 août, une TV ronde à la Jacques Tati période Mon Oncle, Un coquetier géant avec, dedans, un oeuf géant aussi, aux motifs de notre bonne vieille chere planète bleue, un panonceau dans l'herbe intimant au silence et, sur le pas de la porte, caché, un autreboulier, apparemment. Apparemment, les Oasis veulent jouer à Où est Charlie ? ou à un jeu de la sorte. Cette pochette n'est pas horrible, ceci dit.

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Musicalement, c'est autre chose : encore une fois, on tient ici un disque victime de la mode, comme le chantait MC Solaar. Pour 12 titres (soit ni plus ni moins que pour les précédents opus), Be Here Now dure la bagatelle de 71 minutes. Sa race de pute !, comme on le dit des fois Paris XVIème en voyant l'arrivée de la maréchaussée. Mince alors !, comme il est souvent entendu Cité des 4000 dans la même situation. L'album frappe fort, niveau timing, pas mal des morceaux dépassent claude-allègrement les 6 minutes (à noter que l'album ne propose pas cette terrifiante manie du morceau-caché-dans-le-dernier-titre-après-quelques-minutes-de-total-silence) : Magic Pie (7,20 minutes), Fade In-Out (6,50 minutes), D'You Know What I Mean ? (7,45 minutes), It's Gettin' Better (Man !!) (7 minutes), All Around The World (9,20 minutes plus une reprise de 2 minutes en final), Stand By Me (6 minutes ; ce morceau n'est pas une reprise du standard de Ben E. King). Le reste est plus 'conventionnel', le morceau le plus court (si on excepte la reprise de All Around The World) dure 4,20 minutes (I Hope, I Think, I Know), et le plus long des titres faisant moins de 6 minutes dure 5,50 minutes, The Girl In The Dirty Shirt. Tous les titres sont signés Noel Gallagher. L'album, à sa sortie, sera, comme l'a dit Leslie, encensé par une presse rock en total délire, album du mois, album de l'année, meilleur opus du groupe, une date, ce genre. Ce qui est assez rigolo parce que non seulement Be Here Now n'est pas le meilleur album de 1997, ni du groupe (mais du mois de sa sortie, peut-être, en effet), mais qu'il n'est pas un grand album en général.

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Leslie l'a dit, l'album est tout de même sous-estimé, on le dénigre bien trop souvent, il a même été classé, dans Rock'n'Folk, vers 2003, dans une liste répertoriant 20 ou 30 albums ratés, les 'chefs d'oeuvre en péril', aux côtés du Let It Be des Beatles, Hamlet de Johnny Hallyday, End Of The Century des Ramones, Invicible de Michael Jackson, Midnite Vultures de Beck, The Fragile de Nine Inch Nails ou de l'épouvantable duo d'albums des Kinks Preservation Act 1 et Preservation Act 2. Motif de la mise au ban : trop long, surchargé, boursouflé, surcharge d'ego de la part du groupe qui ne s'est plus senti pisser même en se prenant sa miction dans la bouche bikoze le vent en face, morceaux trop longs... Très grosse vente à sa sortie, Be Here Now mérite tout de même d'être critiqué pour ça, il est trop long, boursouflé, si certains titres avaient été raccourcis ou même virés, ça n'aurait pas été du luxe parisien, et la production est parfois réellement y'à un peu plus, je laisse ? Clairement, les Oasis et Owen Morris ont pesé le tout en foutant leurs doigts sur la balance pour rajouter du poids. Il paraît en plus que les conditions d'enregistrement furent cataclysmiques, guéguerre d'ego entre les deux frangins (pour changer... rappelons que si Oasis s'est séparé, c'est en grande partie à cause de ça), cames, alcool, tensions permanentes... Les deux frangins ne semblent pas avoir la même vision de l'album, Liam le trouvant génial, comme à sa sortie, bien qu'un peu long, et Noel, lui, trouve que Be Here Now ne vaut pas le coup, l'a renié. Les fans aussi sont le cul entre deux chaises avec ce disque ; amour/haine, attirance/répulsion... Il faut dire que l'album offre malgré tout de grandes chansons, D'You Know What I Mean ?, Be Here Now, It's Gettin' Better (Man !!), My Big Mouth et Magic Pie, je me rends compte que Leslie et moi avons le même avis sur le meilleur du disque. Un disque trop long, inégal (les autres titres sont, dans l'ensemble, médiocres, ou tout simplement à chier : Don't Go Away, Fade In-Out), mais pas aussi nul que ce que l'on pourrait en penser.

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Après, franchement, même si c'est largement meilleur que les trois albums suivants, ça reste quand même loin d'égaler les deux précédents. Oasis s'est un peu trop reposé sur ses lauriers alors que c'était là qu'ils étaient le plus en danger : après deux albums aussi démentiels que Definitely Maybe et (What's The Story) Morning Glory ? (ce dernier restera à vie leur sommet), ils étaient encore plus attendus au tournant, il convenait de faire mieux encore, et, pour le coup, le miracle du deuxième album (faire mieux que le déjà fantastique premier opus) ne s'est pas refait ici (faire mieux que les deux précédents opus). En même temps, c'est vrai que c'était dur, pour le coup. Ou alors il convenait de faire totalement différent, comme Radiohead l'ont fait avec Kid A et Amnesiac, après le carton d'O.K. Computer (sorti l'année de Be Here Now). Oui, mais on parle d'Oasis, là, quand même...les frangins Gallagher ne pigeront d'ailleurs pas qu'on peut faire différent quand on ne peut pas faire mieux, les albums suivants (Standing On The Shoulders Of Giants...) étant encore pire. Et le groupe de tomber haut de son piédestal. S'en remettra jamais.

D'You Know What I Mean ?

My Big Mouth

Magic Pie

Stand By Me

I Tope, I Think, I Know

The Girl In The Dirty Shirt

Fade In-Out

Don't Go Away

Be Here Now

All Around The World

It's Gettin' Better (Man!!)

All Around The World (Reprise)