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C'est peu dire que d'affirmer que David Bowie aura souffert (ses fans aussi, surtout ses fans en fait) dans les années 80. On met de côté le premier album qu'il a fait dans cette décennie, Scary Monsters (& Super Creeps) en 1980, parce que lui est vraiment remarquable. Mais le reste... Let's Dance ? Sympa, mais secondaire. Tonight ? On passe, malgré deux bonnes chansons. Never Let Me Down ? Aussi curieux que ça puisse paraître, vu sa réputation (Bowie lui-même en parlera comme de son nadir musical), il est meilleur que le précédent, mais tout de même franchement mineur, parfois embarrassant au possible (le mini-rap de Mickey Rourke sur un morceau, ou bien ce Too Dizzy que Bowie refusera de voir réédité sur l'album par la suite). En 1989, Bowie surprend tout le monde en formant un groupe, Tin Machine, un groupe de rock pur et dur qui, entre 1989 et 1992, va sortir deux albums studio et un live, tous excellents, surtout le deuxième opus studio, Tin Machine II. Avec Tin Machine (qui n'a pas affolé les foules, et reste une période terriblement sous-estimée dans la carrière de Bowie), Bowie a retrouvé les frangins Hunt et Tony Sales, section rythmique de l'album Lust For Life d'Iggy Pop (1977), qu'il avait produit. Il collabore aussi pour la première fois avec un guitariste qui, jusqu'en 1999, va être le bras droit de Bowie, Reeves Gabrels. Entre deux albums de Tin Machine, Bowie lance une tournée mondiale en solo, le Sound + Vision Tour, dans laquelle il reprend pas mal de ses anciennes chansons, qu'il avait négligées entre temps. En 1992, son groupe s'arrête, sans bang. Il entreprend alors un nouvel opus solo, qui sort en 1993. C'est évidemment cet album-ci, Black Tie White Noise.

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Cet album n'est pas le plus populaire de Bowie à l'heure actuelle, mais il a vraiment super bien marché (il se classera directement N°1 en Angleterre) et est bien représentatif de son époque. On a affaire à un disque de dance pop teinté de hip-hop par moments, de soul, de jazz expérimental, de musique électronique... Au moment de la sortie de cet album, Bowie a retrouvé l'amour en la personne d'Iman, mannequin somalienne qu'il a épousé en 1992 et avec qui il restera jusqu'à la fin de sa vie. Beaucoup de morceaux de l'album soit parlent d'elle, soit découlent d'elle. Surtout la première catégorie, en fait : l'album s'ouvre sur un instrumental, The Wedding, sublime, et se termine sur une version chantée, The Wedding Song ; Miracle Goodnight, sortie en single, est une ode à sa femme ; Pallas Athena, assez expérimental, fut composé spécialement pour la cérémonie du mariage. Pour la seconde catégorie, un seul titre, Dont Let Me Down & Down, qui est une adaptation d'une chanson orientale de Tahra Mint Hembara, morceau que Bowie a découvert par le biais de sa femme, qui l'a encouragé à le reprendre. Ce n'est pas, loin s'en faut, la seule reprise sur l'album : on a aussi I Feel Free, de Cream, totalement revampé à la sauce disco/pop (les puristes gueuleront, j'avoue préférer l'original) et bénéficiant de la participation du guitariste Mick Ronson, ancien comparse bowien de l'ère glam/Ziggy, qui décèdera d'un cancer peu de temps après ; I Know It's Gonna Happen Someday de Morrissey, chanson qui à la base est inspirée par le Rock'n'Roll Suicide de Bowie, ce qui fait que quelque part, c'est un peu comme si Bowie s'autoplagiait indirectement...on a aussi Nite Flights, excellente reprise d'un génial morceau des Walker Brothers, le groupe de Scott Walker, une des références vocales de Bowie, une de ses idoles. Reprise assez fidèle à l'originale, plus moderne, c'est tout.

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L'album offre sinon Jump They Say, chanson qui cartonnera et qui parle du suicide, en 1985, de Terry, demi-frère de Bowie, atteint de schizophrénie et qui était interné depuis des années. Ce n'est pas la première fois que Bowie parle de lui (The Bewlay Brothers). On a aussi le morceau-titre, enregistré avec Al B. Sure ! (un artiste hip-hop), qui parle des émeutes raciales de Los Angeles en 1992 après la mort, par brutalités policières, de Rodney King. La chanson est toujours d'actualité (George Floyd), hélas... On trouve aussi, sur ce disque, l'instrumental Looking For Lester, sur lequel le saxophoniste de jazz Lester Bowie (aucun lien, de toute façon Lester est américain et black), membre de l'Art Ensemble Of Chicago, brille de mille feux. Il joue sur l'ensemble de l'album, un album produit par Nile Rodgers, qui retrouve Bowie 10 ans après Let's Dance. La production est étonnante, pour ce disque : à la fois commerciale/pop et recherchée/arty, à la fois soul et jazz free, à la fois rock et disco... On peut dire sans se tromper que la production de Black Tie White Noise a pris un coup dans l'aile, mais j'aime toujours cet album, presque comme un plaisir coupable. Je sis bien qu'il ne s'agit pas d'un de ses meilleurs albums, et en parlant des années 90, c'est sans doute son moins bon avec '...hours' de 1999, mais j'y peux rien, il me plaît bien, dans l'ensemble, ce cru 1993 (ce premier cru 1993, en fait, car il fera aussi The Buddha Of Suburbia, bande originale d'une mini-série TV britannique, plus tard dans l'année) !

The Wedding

You've  Been Around

I Feel Free

Black Tie White Noise

Jump They Say

Nite Flights

Pallas Athena

Miracle Goodnight

Don't Let Me Down & Down

Looking For Lester

I Know It's Gonna Happen Someday

The Wedding Song