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Après la mort de Jim Morrison en juillet 1971, on aurait pu croire les Portes complètement et définitivement (sauf pour, de temps en temps, laisser sortir des disques tels que best-ofs ou albums live, à des fins purement commerciales) fermées, clés jetées à la flotte et scellés de la police au niveau de la serrure. Mais les Doors restants, and then there were three, ne l'entendront pas ainsi. Commencées avant le drame, alors que Jimbo avait déjà quitté les USA, et achevées deux mois après sa mort, des sessions d'enregistrement, qui se déroulèrent sans aucun doute dans un climat pesant à partir de juillet, donneront lieu, en octobre 1971, à Other Voices. Se faisant quelque peu laminer à sa sortie par une presse pas particulièrement tendre à l'encontre des Doors restants et qui devait trouver indécent, obscène même, l'idée de sortir un nouvel album, de nouvelles chansons, interprétées par les autres Doors, à peine trois mois après la mort de l'irremplaçable chanteur, l'album se vendra très mal. Il est pourtant, on l'a vu hier, une belle réussite de rock pur, très doorsien (et pour cause), il manque certes la voix de Morrison, mais Robbie Krieger et surtout Ray Manzarek, qui ont pris le rôle de chanteur, se démerdent comme de vrais chefs, surtout le second. Les chansons y tiennent la route, et je peux même dire un truc : j'ai du mal, beaucoup de mal, à imaginer Morrison chanter Variety Is The Spice Of Life ou I'm Horny, I'm Stoned. Mais interprétées par les autres, elles tiennent parfaitement la route. 

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Suite à ce premier effort post-Morrison, qui serait probablement sorti même si Morrison n'était pas mort (car il n'avait apparemment pas l'intention de revenir dans le groupe, malgré les espoirs des trois autres membres des Doors), et qui serait probablement sorti tel qu'il est actuellement, le groupe retourne en studio afin d'y enregistrer son successeur. Sorti en 1972, Full Circle est donc le deuxième album des Doors restants, et aussi leur dernier. Après ce disque, il y aura, de temps en temps, des best-ofs, des albums live (Alive, She Cried, etc), et en 1978, l'album An American Prayer, disque regroupant des poèmes clamés de Jim Morrison sur fond musical enregistré par les Doors, un disque-hommage dont je parle demain. Il faudra attendre 2006 pour que les deux albums des Doors à trois sortent en CD (ils sont disponibles en un pack double album), et une dizaine d'années de plus pour une réédition vinyle, à l'identique, de ces deux albums. A l'identique, ce qui implique, pour Full Circle, que le petit gadget proposé dans la pochette a aussi été reproduit. Gadget ? Un zootrope. Zootrope ? Oh, non, ne me dites pas que vous ne savez pas ce que c'est, car c'est galère à expliquer. Un zootrope, c'est un jouet du genre kaleïdoscope, un objet qui tourne sur lui-même et qui, dans son intérieur, contient plusieurs petites images similaires qui, quand l'objet est en rotation, s'animent, à la manière d'une pellicule de cinéma. Une sorte d'ouverture est à l'extérieur du zootrope, afin de voir l'animation. L'ancêtre de la caméra, quoi. Dans la pochette de Full Circle, on trouvait un zootrope en prédécoupé, à monter soi-même et à placer sur la platine, sans doute au-dessus du disque pendant qu'il tourne, afin de regarder l'animation pendant l'écoute. Ladite animation est en lien avec la belle et dalienne pochette représentant les différents stades (bébé, jeunesse, adulte, vieillard) de la vie d'un homme, un cercle complet. 

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J'ai ce disque en réédition vinyle, le zootrope est dans la pochette, je ne l'ai pas construit, ne voulant pas dépareiller mon exemplaire, et je ne suis pas très manuel. Aussi, je n'ai jamais vu ce zootrope en action et je ne sais pas si on peut le placer sur la platine tandis que tourne l'album, ou s'il faut retirer le disque (mais à mon avis, il faut retirer le disque, car le zootrope doit être en contact direct avec le plat de la platine). Oui, mais si la platine tourne sans le disque, le bras de la platine va où ? Sur le revêtement de caoutchouc, au risque de définitivement flinguer le diamant ? Je ne le saurai sans doute jamais, n'ayant pas l'intention de construire ce zootrope. Mais l'album, lui, je le sors de temps en temps de sa pochette. Full Circle est aussi long (41 minutes) que le précédent, pour 9 titres, interprétés soit par Manzarek, soit par Krieger. Parmi ces titres, une reprise du classique du rock'n'roll Good Rockin' Tonight, qui ne vaut pas grand chose (sincèrement, on ne sent pas le groupe très à l'aise sur cet exercice de style) et une chanson (The Piano Bird) écrite par le batteur, John Densmore (qui ne chante pas) en collaboration avec Jack Conrad, qui joue de la basse sur la moitié de l'album dont cette chanson. Qui n'est pas une chanson géniale non plus. D'ailleurs, Full Circle n'est pas un grand disque, il faut le dire. Si Other Voices est une vraie réussite méconnue, ce successeur, qui offre tout de même de très belles chansons (The Peking King And The New York Queen, Get Up And Dance, The Mosquito qui sera repris en français par...Joe Dassin, hé oui, Verdilac), est d'un niveau nettement inférieur. On sent une sorte de marche forcée ici, le groupe était sans doute un peu catalysé par le départ de Morrison (sa mort les a minés, évidemment, mais vous savez ce que c'est, on se booste pour fuir les coups du sort) au moment de faire Other Voices, mais le mauvais accueil de ce disque les a sans doute fait réfléchir avant de faire de Full Circle pas honteux, mais qui sent vraiment la fin. A l'écoute de ce disque, il est évident qu'il ne pouvait pas y avoir ensuite de troisième album des Doors sans Morrison (An American Prayer, sorti en 1978, ne compte pas). On n'écoutera pas ce disque en grimaçant et en se bouchant le nez, mais clairement, Other Voices est meilleur. Enfin, Verdilac est tout de même une chanson sublime...et la pochette est très belle !

FACE A

Get Up And Dance

4 Billion Souls

Verdilac

Hardwood Floor

Good Rockin'

FACE B

The Mosquito

The Piano Bird

It Spilled My Mind

The Peking King And The New York Queen