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OK, les gars, aujourd'hui, c'est musique joyeuse à gogo, ambiance de fête foraine et tout le monde s'éclate à la queue leu leu. Parce qu'il m'est venu l'idée, ce matin, le lendemain du jour où j'ai reparlé d'un disque aussi sombre et étrange (et peu commercial) que le Exposure de Robert Fripp, de parler des Cure, le groupe d'un autre Robert : Robert Smith. Je n'ai jamais été un fan de ce groupe culte, mais il y à cinq albums que j'aime d'eux : Seventeen Seconds (1980), Faith (1981), Pornography (1982 ; surtout celui-ci, qui fut et reste un authentique traumatisme ; écoutez ce disque à fort volume, seul, de nuit ou dans une pièce sans éclairage, et si vous ne tremblez pas, c'est que vous êtes en téflon), Bloodflowers (2000 ; rien que pour le morceau-titre, mon préféré du groupe, qui file des frissons), et cet album-ci, sorti en 1989 ; Disintegration.

On notera, les fans de Cure le diront d'ailleurs le temps que je rédige cette phrase, que ces albums sont imbriqués les uns dans les autres, de la plus curieuse des manières : les trois premiers forment une sorte de trilogie, et les trois derniers forment aussi une trilogie, que le groupe jouera d'un seul tenant sur scène (le DVD live Trilogy en est la preuve). Disintegration, qui mérite bien son titre, est un album long, mais malgré sa durée (quasiment 72 minutes, la première édition vinyle ne comprenait que 10 titres sur les 12 de la version CD ; le tracklisting plus bas est celui de la réédition, qui propose les 12 titres, et je précise avec une astérisque (et périls ; aj ah ah ! Hum...pardon) les deux morceaux qui, à la base, manquaient sur le vinyle), malgré sa durée, donc, c'est un grand, grand album.

En fait, c'est même un des rares albums qui semble, malgré sa durée, avoir exactement la durée qu'il fallait, rien ne semble en trop ici, on ne s'ennuie pas un instant, rien à retirer. C'est suffisamment rare pour être signalé.

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A l'époque, le groupe sort d'une décennie qui a démarré dans le rock gothique (les trois premiers albums que j'ai cités plus haut) avant d'obliquer vers de la pop new-wave. The Cure gagne en succès commercial (car on ne peut pas dire que Pornography ait bien marché de ce point de vue-là) via des albums comme The Head On The Door et Kiss Me Kiss Me Kiss Me, qui offrent des chansons telles que Close To Me, In Between Days ou Just Like Heaven, mais perd en personnalité. Disintegration, leur huitième album (neuvième en comptant Japanese Whispers, un EP), montre le groupe revenir à des sonorités plus sombres, dark, cold-wave. Smith (chant, guitare, claviers, production) est ici entouré de Simon Gallup (basse, claviers), Porl Thompson (guitare), Boris Williams (batterie) et Roger O'Donnell (claviers). Bien que crédité officiellement, Laurence 'Lol' Thorhurst, le premier batteur du groupe, ne joue pas du tout ici, il fut lourdé avant les sessions ; devenu alcoolique, il était ingérable. Il est crédité à 'autres instruments'... L'album fut enregistré par un Robert Smith totalement en dépression au fur et à mesure qu'approchait son 30ème anniversaire. Se rendant comte qu'à cet âge, d'autres pointures du rock avaient déjà sorti l'ensemble de leurs chefs d'oeuvres, il s'et senti, comment dire, forcé de se sortir les doigts afin d'essayer de faire le sien à son tour. Alors dans un état d'esprit des plus sombres, il a, d'un coup, décidé de ne plus parler au reste du groupe, même de ne plus parler du tout, une attitude très froide qui l'a apparemment aidé. Mais les sessions furent cependant assez joyeuses, plus que ce que la musique ne le laisserait penser. Car tout Disintegration est un programme d'une froideur et d'une mélancolie absolues.

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Quatre chansons sortiront en singles, mais deux, surtout, parmi elles, deviendront vraiment célèbres : Lullaby (qui passe encore régulièrement à la radio, une des rares chansons du groupe à être radiodiffusées), avec son clip angoissant montrant Robert Smith lentement englué dans une gigantesque toile d'araignée sur son lit, est une merveille totale, la mélodie de guitare et de synthés est juste inoubliable, une fois entendue, ça ne vous quittera plus. Le chant est murmuré, sussuré, quasiment inaudible, on y parle d'un homme-araignée, qui n'est pas le super-héros de Stan Lee... On a Lovesong, sublime (qui sera reprise par Adele), la seule chanson légère (si on peut dire) et (là aussi, si on peut dire) pop de l'album. L'aérien Pictures Of You et le très rock Fascination Street, les deux autres singles, sont d'autres très bons choix de promotion. Outre ces quatre remarquables morceaux, l'album, servi par une excellente production qui n'a franchement pas trop mal vieilli, offre le sépulcral (cette intro, cette guitare...) Last Dance, le trépidant Disintegration dont la ligne de basse vous hantera jusqu'à la fin de vos jours, le sensationnel et dépressif Prayers For Rain, le tout aussi sensationnel Untitled final, un The Same Deep Water As You certes long (avec plus de 9 minutes, c'est le plus long ; mais d'autres font entre 7 et 8 minutes) mais passionnant, un Plainsong magnifique en intro...

Seul Closedown, à la rigueur, mais vraiment à la rigueur et uniquement les très mauvais jours, peut sembler inférieur au reste de l'album. Mais Disintegration sans lui, ça ne serait, tout de même, pas pareil. Si Pornography reste le sommet de noirceur gothique du groupe, indépassable dans le genre, cet album, leur deuxième meilleur après Pornography justement, est une date, un chef d'oeuvre. Smith y est parvenu, donc, à l'aube de ses 30 ans. Un disque qui force le respect. 

FACE A

Plainsong

Pictures Of You

Closedown

FACE B

Lovesong

Last Dance*

Lullaby

Fascination Street

FACE C

Prayers For Rain

The Same Deep Water As You

FACE D

Disintegration

Homesick*

Untitled