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 On le sait tous, le sommet de U2, c'est The Joshua Tree, en 1987. Oui. Oui, mais. Oui mais. Mais : Achtung Baby. 1991. Ah, on ferme sa gueule, là, hein, pas vrai les mecs ? Parce que si The Joshua Tree est le Abbey Road de U2, Achtung Baby est leur Revolver, autrement dit quasiment le sommet du groupe, s'il n'y avait pas eu l'autre album sorti avant (ceci ne concerne pas les albums des Beatles cités, mais ceux de U2, évidemment). Que dire au sujet de cet album mythique ? Qu'il y à un avant et un après, tout simplement. The Joshua Tree avait prouvé que U2 pouvait faire une musique bien mature, non pas que les précédents opus de la bande à Bono étaient puérils ou irresponsables, non (ils renferment tous quelques chansons admirables, ces I Will Follow, I Fall Down, Rejoice, Surrender, New Year's Day, Pride (In The Name Of Love) ou Bad), mais avec The Joshua Tree, U2 s'est littéralement sorti les doigts du fondement, et avec l'aide de Brian Eno et Daniel Lanois, a réussi un disque majeur, implacable, insolemment réussi. La suite, c'était à prévoir, serait décevante, le double album Rattle And Hum en 1988, à moitié live, aussi un film (de Phil Joannou), contenant certes de bons trucs (All I Want Is You, When Love Comes To Town en duo avec B.B. King), mais aussi des trucs pas nets (God Part II, suite infâme du God de Lennon : what's the fuckin' fuck, fucker ?), et dans l'ensemble, assez très inégal. Trois ans plus tard, le groupe revient avec un disque au titre chelou (inspiré par une phrase qu'un ingénieur du son disait souvent, et qui vient du film Les Producteurs de Mel Brooks), titre qu'ils ont voulu ainsi afin de quelque peu parsemer d'humour leur univers, qu'ils jugeaient trop premier degré.

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Achtung Baby ('fais gaffe, bébé') est encore une fois produit par l'ex Roxy Music Brian Eno, et par Flood, aussi. Ce dernier co-produira Zooropa et Pop, deux albums très trance/techno et incompris (le premier des deux est pas mal, et le second épouvantable) qui n'existeraient vraisemblablement pas sans cet album de 1991. Eno sera un des producteurs de Zooropa (1993) aussi, mais pas de Pop (1997), vu qu'il n'appréciait plus du tout la direction prise par la musique du groupe qu'il suivait depuis 1984. Lanois, lui, signe sa dernière production de U2 jusqu'à 2000 et All That You Can't Leave Behind. Tous les albums suivants ont été produits par ses soins. L'album (on reparle d'Achtung Baby, maintenant) offre 12 titres (dont quelques classiques absolus du groupe irlandais) pour 55 minutes, soit une durée plutôt généreuse sans être trop longue. En terme de classiques, l'album offre notamment Mysterious Ways, Who's Gonna Ride Your Wild Horses, Until The End Of The World et surtout, surtout, cette chanson inspirée à Bono par son divorce d'avec sa femme, chanson devenue un des plus gros hits et classiques de U2 : One. Après, il ne faut pas limiter l'album à ces quatre chansons certes remarquables (même si j'ai un peu trop souvent entendu One, et à force...), car Achtung Baby, notamment, se paie le luxe de démarrer par deux chansons surpuissantes, assez éloignées du style U2 habituel : Zoo Station et Even Better Than The Real Thing. Et par la suite, Ultra Violet (Light My Way), The Fly, Acrobat, le final Love Is Blindness, autant de chansons qui préparent un peu au futur Zooropa (qui sera plus technoïde et expérimental que pop/rock) et sont dans l'ensemble plus sombres que de coutume (concernant U2). La seule chanson de l'album qui ne me plaît pas trop est Tryin' To Throw Your Arms Around The World. Bono assure au chant (depuis 1987, il assure vraiment, sa voix est plus mûre, posée), la guitare de The Edge est comme toujours acérée, la rythmique Adam Clayton (basse)/Larry Mullen Jr (batterie) est comme toujours efficace... A noter que depuis 1978, le groupe n'a pas changé de line-up, ils restent soudés, ce qui, au final, est assez rare dans le rock.

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Au final, remarquablement produit, possédant une ambiance assez étrange et réussie (dûe à la production d'Eno et de Flood) et des chansons tout simplement tuantes pour la plupart, Achtung Baby est un des meilleurs albums des Irlandais, et probablement même le dernier album du groupe que l'on puisse considérer, sans exagération, d'essentiel. On notera une pochette qui sera censurée dans certains pays à cause d'une de ses vignettes, située au verso (et ci-dessus, c'est la première de la troisième rangée), une photo montrant le bassiste du groupe, Adam Clayton, nu. Une pochette, sinon, bien sympathique avec ses différentes photos ou illustrations. Mais c'est surtout musicalement qu'Achtung Baby assure, je me répête, mais qu'importe. Parce que, sincèrement, un disque offrant des chansons telles que Mysterious Ways, One, Zoo Station, Who's Gonna Ride Your Wild Horses, So Cruel ou Acrobat, ça ne se trouve pas à tous les coins de rue. Définitivement, on tient ici un des sommets de U2, ce groupe pop/rock si controversé parce que trop commercial (et il faut avouer que depuis 1997, c'est pas ça, malgré quelques bonnes chansons dispersées sur chaque album sorti depuis), ce groupe n'ayant rien sorti depuis 2009 (leur dernier opus, Songs Of Ascent, est sans cesse repoussé aux calendes grecques, à se demander si le groupe le sortira un jour ; ils semblent en petit crisounette, U2, en ce moment) et un No Line On The Horizon pas mauvais, mais inégal (et faisant vraiment pâle figure comparé à ce chef d'oeuvre - si, si ! - de 1991). Bref, Achtung Baby est, tout comme The Joshua Tree, indispensable, même pour les non-fans de U2. Et j'en fais partie.

Zoo Station

Even Better Than The Real Thing

One

Until The End Of The World

Who's Gonna Ride Your Wild Horses

So Cruel

The Fly

Mysterious Ways

Tryin' To Throw Your Arms Around The World

Ultraviolet (Light My Way)

Acrobat

Love Is Blindness