U6

Regardez-moi cette pochette. Non mais, regardez-là, enfin, bande de fainéants, vous n'avez qu'à légèrement lever les yeux pour le faire...merci. Elle est pas belle, celle-là ? Ces teintes dorées (lettrage, bordures) et mauve, cette sublime photo aux teintes sépia prise au château de Moydrum en Irlande (Eire) pour le recto, et au château de Carrigogunnel (Irlande aussi) pour le verso... De plus, la pochette vinyle était imprimée sur du carton aux apparences légèrement laquées, brillantes. Rien à dire, visuellement, The Unforgettable Fire, quatrième album studio (et cinquième tout court) de U2, est une belle oeuvre. Et musicalement ? Ah, sachez que je ne suis pas loin de dire la même chose à son sujet. Ce disque semble être, toujours, un des préférés des membres du groupe, Bono notamment, dans une interview accordée à Rock'n'Folk il y à presque 20 ans, dire que mis à part la pochette et sa position sur celle-ci, il aime toujours l'album. Dans cette même interview datant de 2000, Bono révèlera que Miles Davis avait placé cet album dans ses dix préférés. Sans doute pour les atmosphères qui se dégagent de l'ensemble (notons qu'aucune trompette n'y est audible). Après trois albums produits par Steve Lilywhite, la bande à Bono, ici, a trouvé un nouveau producteur, disons un duo de producteurs : Daniel Lanois (un Canadien) et le Britannique Brian Eno, que l'on ne présente plus. Ce dernier aurait apparemment un peu hésité avant de produire U2, n'étant pas particulièrement convaincu qu'il pourrait bosser avec eux, mais on lui conseillera de tenter l'expérience, et il ne regrettera pas. Il va devenir leur maître du son pendant une dizaine d'années, et produira aussi leurs All That You Can't Leave Behind (2000) et No Line On The Horizon de 2009. Si Eno a un peu hésité avant d'accepter de les coproduire avec Lanois, U2 aussi a un peu hésité avant de lui demander de les produire : à la base, ils envisageaient Conny Plank, un Allemand ayant bossé avec Can, Kraftwerk, Guru Guru et Cluster (notamment deux albums de Cluster faits avec Eno), bref, du krautrock et de l'ambient.

U7

 Direct, on sent que les Irlandais voulaient du changement dans leur musique. Mission accomplie, car bien que rempli de hits (il y en à trois, dont un qui passe encore très très fréquemment à la radio), The Unforgettable Fire est clairement sur un autre niveau que le précédent, War. C'est toujours de la big music (en cette même année 1984, les Waterboys, compatriotes de U2, vont sortir le chef d'oeuvre absolu de ce style héroïque de pop-rock, A Pagan Place ; si vous ne connaissez pas encore cet album, foncez, c'est immense), mais en version plus mûre, adulte. Clairement, l'influence des producteurs, bénéfique, se fait sentir, dès le premier morcau, le seul pour lequel le groupe a daigné mettre les paroles (au dos de pochette, voir photo ci-dessus), A Sort Of Homecoming. Je vais être clair, ce morceau est mon préféré de U2, mais alors vraiment, si je ne devais conserver qu'une seule chanson de U2 et virer toutes les autres, ça serait celle-là que je choisirais. Ca impliquerait de foutre au feu des joyaux tels que Love Comes Tumbling, One, All I Want Is You, Gloria, An Cat Dubh, With Or Without You, Red Hill Mining Town, Bad ou Every Breaking Wave, c'est vrai, mais A Sort Of Homecoming, dont les paroles s'inspirent de l'oeuvre d'un poète roumain, Paul Celan, est tellement belle... En fait, plus que belle : une authentique splendeur qui à elle seule pourrait servir de preuve pour une éventuelle réhabilitation de l'oeuvre de U2 dans le coeur des rockeurs. On a coutume de chier sur la tronche de ce groupe, des vendus au dieu du commerce, des guignols, etc, de la soupe pop(ulaire), mais écoutez cette chanson, et on en reparle. Giclures de guitare atmosphérique, basse subliminale, chant héroïque. Le souffle de l'épopée en 5,30 minutes, on borderland we run/I'll be there, I'll be there tonight/A high road, a high road out from here... A noter que sur la première édition CD de l'album, moyenne, le son est épouvantable sur ce premier titre (ça s'améliore sur la suite de l'album). 

U8

Cette chanson immense n'est même pas un des hits de l'album. Un gros classique, c'est clair, mais il y à eu deux singles issus de l'album, et celle chanson n'en est pas un. Il s'agit de Pride (In The Name Of Love), qui la suit directement, chanson immense (intro gigantesque) dédiée à Martin Luther King, sur laquelle, dans le final, on entend la voix de Chrissie Hynde (chanteuse des Pretenders), créditée Christine Kerr car elle était alors mariée avec Jim Kerr, chanteur des Simple Minds, et de The Unforgettable Fire, chanson atmosphérique aux paroles cryptiques, d'une beauté irréelle. Le titre de la chanson est une allusion au feu nucléaire. Les paroles semblent, elle, parler d'une conversation entre le narrateur et une entité supérieure, Dieu pour ne pas le nommer. Une chanson assez mystique, intense, sur laquelle Bono semble chanter comme s'il devait définitivement perdre sa voix une fois la chanson couchée sur bande. Inoubliable. De même que Bad, un classique absolu, chanson sur la drogue et ses séquelles. I'm wide awake, wide awake, I'm not sleeping. Voilà pour les classiques. Le reste de l'album est soit électrisant (Wire qui mérite bien son titre, Indian Summer Sky, deux morceaux tout bonnement excellents, sur lesquels The Edge semble jouer des notes littéralement électrifiantes), soit touchant et apaisant (Promenade, 4th Of July, la complainte finale MLK dédiée à Martin Luther King comme son titre l'indique). Seule ombre au tableau, Elvis Presley And America, morceau assez long (6,25 minutes), le plus long de l'album (qui dure 42 minutes) et franchement raté. Fasciné par les USA, Bono a raté le coche ici, il fera nettement mieux par la suite sur le même sujet. Cette chanson est incontestablement (d'autant plus qu'elle est trop longue) le seul défaut de la cuirasse de ce The Unforgettable Fire qui, sinon, est probablement un des meilleurs opus de U2. Il marchera très bien, d'ailleurs, même si la nouvelle orientation musicale ne fera pas toujours l'unanimité, on jugera le disque moins évident que les précédents albums. La tournée marchera bien, mais le groupe semblera en bout de course. La preuve ? Leur nouvel album (entre temps, en 1985, il y aura un EP, que j'aborde demain) ne verra le jour, dans les bacs, que trois ans plus tard. Mais quel album, aussi...

FACE A

A Sort Of Homecoming

Pride (In The Name Of Love)

Wire

The Unforgettable Fire

Promenade

FACE B

4th Of July

Bad

Indian Summer Sky

Elvis Presley And America

MLK