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 Ce disque a deux problèmes (l'un des deux problèmes est inhérent à l'autre, en fait) : il est trop long et possède un dernier morceau très long, lui aussi (15 minutes en incluant deux morceaux cachés). En fait, ce disque est victime de son époque, les années 90, période pendant laquelle, voulant profiter du nouveau support musical (le CD, arrivé une dizaine d'années avant la sortie de cet album, mais dont les fonctionnalités, comme la plus grande contenance que pour un vinyle, sera vraiment utilisée à fond dans les années 90), on remplira profond les albums. Des albums de 14/15/16 titres, 70 minutes ou plus (cet album dure 75 minutes en tout)... Avec les années 2000, on se calmera, on préfèrera la qualité et un disque plus court (la moyenne est, désormais, de 45/50 minutes) à un disque bien rempli, mais avec moins de qualité. Quand un groupe choisissait les 10 ou 12 meilleures chansons d'une vingtaine enregistrée pendant les sessions d'un album, autrefois, un groupe, dans les années 90, foutait tout ou presque sur un CD, quitte à proposer des chansons bouche-trous, ou moins bonnes dans le lot. Mais on a quand même, parmi les longs albums des 90's, des réussites : American Caesar d'Iggy Pop, par exemple... ou cet album, sorti en 1997, le troisième album de The Verve (groupe de rock britannique, tendance britpop), Urban Hymns. Le groupe, après la sortie du remarquable A Northern Soul (1995), décida de stopper là leur carrière. En effet, comment faire mieux ? Mais, deux ans plus tard, surprise, ils reviennent, avec une vengeance (comme on dit en anglais). Et avec un album qui sera un succès commercial et critique puissant, et qui enterrera définitivement A Northern Soul et le reste de leur discographie : Urban Hymns (jeu de mots avec 'urbanism'). Plusieurs singles à succès seront tirés de cet album magnifiquement produit par Chris Potter, Youth et le groupe lui-même.

The Verve

A l'écoute de l'album, on ne se demande pas pourquoi Oasis dédièrent leur chanson Cast No Shadow (1995, album (What's The Story) Morning Glory ?) au génial Richard Ashcroft, le chanteur de The Verve (qui, reconnaissant, dédiera la chanson-titre de A Northern Soul à Noel Gallagher, guitariste d'Oasis). Richard Ashcroft (qui se lancera par la suite en solo, voir on sublime Alone With Everybody) est en effet un génie dans son genre. Chanteur remarquable au physique quelque peu ingrat (comme Mark Hollis de Talk Talk), mélodiste hors pair, il livre ici, avec son groupe, une oeuvre colossale. Un des albums de 1997 avec O.K. Computer et un des disques majeurs de la décennie 90. En 1997/98, les singles issus de l'album traumatiseront les charts, les fréquences radio, les chaînes TV... Qui ne se souvient de Sonnet, de The Drugs Don't Work (qui, en 2001, sera magnifiquement reprise en concert par Ben Harper sur son Live From Mars), de Lucky Man, du mémorable, grandiose Bitter Sweet Symphony ouvrant le bal inspiré par une version orchestrale du The Last Time des Rolling Stones (The Verve aura quelques emmerdes juridiques, ayant oublié de créditer Jagger et Richards, ce qui, désormais, est le cas ; pire, pour The Verve, l'intégralité des droits d'auteurs appartient désormais à ABKCO Records, label d'Allen Klein, qui manageait les Stones pendant l'époque de The Last Time - années 60 - et maintenant, le groupe n'a plus son mot à dire quant à l'utilisation de la chanson pour telle ou telle publicité) ? Le clip de la chanson montre Ashcroft marchant dans la rue, bousculant intentionnellement les passants, les faisant tomber, se faisant insulter, mais ne se retournant jamais. La chanson est mémorable, elle reste longtemps en mémoire, j'avoue avoir acheté le disque, en 1997, rien que pour elle, ne sachant pas si j'allais aimer le reste de l'album. Ce fut cependant (ouf !) le cas, largement.

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Que dire ? Tout est parfait, malgré le fait que l'album soit long (Come On, le dernier titre, dure donc 15 minutes ; la chanson du nom de Come On s'arrête à 6,38, une autre du nom de Lord I Guess I'll Never Know démarre juste après, jusqu'à la 13ème minute - en fait, c'est un passage de silence, tout simplement ! -, et ensuite, jusqu'à la fin, c'est Deep Freeze, instrumental se finissant sur des cris de bébé). Paradoxal, qu'un disque aussi long soit aussi grandiose, c'est pareil pour Disintegration des Cure et ses 72 minutes, pour Chinese Democracy des Guns'n'Roses et ses 74 minutes, pour Time Out Of Mind de Dylan (autre grand disque de 1997, d'ailleurs) et ses presque 73 minutes... Urban Hymns est parfait. Neon Wilderness, The Rolling People (par ailleurs un plagiat du The Four Horsemen des Grecs Aphrodite's Child, de leur album 666, ça y ressemble énormément par endroits : solo de guitare, vocalises... ; coïncidence, un autre morceau d'Aphrodite's Child, issu de 666 aussi, Altamont, dit We are the rolling people !), Velvet Morning, Space And Time, Sonnet, Lucky Man, Come On... et bien entendu, Bitter Sweet Symphony et The Drugs Don't Work... Tout assure sur cet album magnifiquement produit, comptant parmi les sommets de la britpop (avec Different Class de Pulp, Parklife de Blur, les deux premiers Oasis, le précédent The Verve et Dog Man Star de Suede) et les sommets des années 90. Essentiel absolu. A noter, une pochette très belle, et un livret représentatif de son époque, à savoir, abstrait, avec plein de photos de formats divers, zéro paroles sauf des bribes de ci de là... Pour moi, ce genre de livret est le point faible de l'album, c'est dire ! Parce que bien que j'ai démarré ma chronique en insistant sur le fait que l'album était victime de son époque (rapport à sa durée), finalement, je trouve qu'il est parfait tel qu'il est, ce qui, vraiment, peut sembler paradoxal. Mais j'aurais du mal à imaginer un Urban Hymns plus court. Si ça serait pour virer plusieurs chansons, alors non, toutes sont sublimes !

Bitter Sweet Symphony

Sonnet

The Rolling People

The Drugs Don't Work

Catching The Butterfly

Neon Wilderness

Space And Time

Weeping Willow

Lucky Man

One Day

This Time

Velvet Morning

Come On

a) Come On

b) Lord I Guess I'll Never Know

c) Deep Freeze