B1

La fameuse guéguerre commerciale, médiatique (et, pour ce qui est des deux leaders, quasiment personnelle, à coups de vannes méchantes et de déclarations-choc) entre Oasis et Blur a eu lieu entre 1994 et 1997. Soit, pendant l'existence du mouvement britpop, dont ils étaient deux des plus illustres représentants (avec Pulp, The Verve et Suede). La pochette de ce troisième album de Blur, sorti en 1994 justement (l'année de sortie du premier Oasis), serait une des pièces du dossier : le chien noir serait un Oasis hargneux et essayant à tout prix de dépasser le plus sémillant, sympathique (et selon toute vraisemblance, vainqueur de la course) chien marron. sous lequel apparait d'ailleurs le nom du groupe, et pas sous le chien noir. En 1994, Oasis a peut-être gagné la bataille des singles, Supersonic ayant, je crois, été plus vendu que Girls & Boys de Blur, c'est cependant Blur qui a gagné la guerre des albums. Peut-être pas en terme de ventes, mais en terme de réussite. Definitely Maybe, le premier Oasis, est un très bon album (je ne me lasse absolument pas de Columbia), mais Parklife, de Blur, le dépasse à tous niveaux. Oasis devra attendre une année pour enfin parvenir à dépasser Blur, aussi bien au niveau des singles que de l'album : leur (What's The Story) Morning Glory ? de 1995 enfonce six pieds sous terre le The Great Escape (même année) de la bande à Albarn et Coxon, un album totalement raté malgré The Universal et Country House. Mais alors, il l'enfonce vraiment, et se permet même de rajouter du ciment à prise rapide entre deux pelletées, et une plaque de marbre par dessus ! 1997 verra Oasis sombrer dans la mégalomanie (mais Be Here Now est cependant excellent, bien que ne faisant vraiment pas dans la demi-mesure), tandis que Blur revient à du rock plus direct (album éponyme, avec Song 2). Ensuite, autant Oasis, jusqu'à la fin, se laissera complètement aller à faire de la merde commerciale totalement insipide (j'ai même pas envie de citer les albums) qui ne passe même plus à la radio, autant Blur, jusqu'à la fin, étonnera son monde (un 13 expérimental - Tender, Caramel -, un Think Tank très rock - et sans Graham Coxon il me semble), et se permettra même de revenir il y à quelques années, alors qu'Oasis, séparés dans la colère suite à une énième brouille des deux frangins Gallagher, n'est probablement pas près de revenir.

B2

Qui c'est qu'a gagné, connards ? Semble dire Damon Albarn. Surtout que son side-project Gorillaz (que j'aime beaucoup, mais ça n'a franchement pas toujours été le cas) a à lui seul vendu plus de disques que les derniers Oasis et projets personnels des deux frangins (High Flyin' Birds de Noel, Beady Eye de Liam). Mais le grand oeuvre de Damon Albarn (Plastic Beach de Gorillaz mis à part, probablement...) reste incontestablement le troisième opus de Blur, Parklife, sorti en 1994 donc, et qui leur a apporté la consécration apès un premier opus moyen (Leisure) et un second opus très très bon, mais ayant moyennement marché (Modern Life Is Rubbish). Parklife, lui, est indéniablement un des 5 plus grands albums de britpop qui soient avec Different Class de Pulp, (What's The Story) Morning Glory ? d'Oasis, Dog Man Star de Suede et From A To B d'Octopus (groupe n'ayant sorti qu'un seul disque, au moment de la fin du mouvement britpop en 1996, album génial mais ayant été un bide commercial, à découvrir absolument). Il faudrait aussi rajouter Urban Hymns de The Verve, leur A Northern Soul aussi, le premier Oasis, le Blur de Blur et This Is Hardcore de Pulp pour un Top 10. Mas retour à Parklife, album qui aligne 16 titres (dont deux instrumentaux courts et chelous, The Debt Collector et Lot 105) pour 52 minutes bien tassées et magnifiquement produites par le groupe, Stephen Street, Stephen Hague et John Smith. L'album s'ouvre sur le tube Girls & Boys, emblématique à donf' de Blur et de la britpop, une chanson dont on ne se lasse pas, et laisse ensuite la place à une collection de titres dont beaucoup font partie de ce que le groupe a fait de mieux : End Of A Century ; Parklife en grande partie constituée d'un spoken-word de l'acteur britannique Phil Daniels (qui avait joué le rôle principal dans l'adaptation cinéma par Franc Roddam de l'album Quadrophenia des Who, en 1979) ; To The End avec sa chanteuse française (Laetitia Sadier ; un an plus tard, le groupe réenregistrera la chanson avec Françoise Hardy) et son atmosphère très Henry Mancini ; London Loves, tubesque mais pas sorti en single malgré cela ; Trouble In The Message Centre, que j'adore ; Magic America, là aussi qui aurait pu être un hit si c'était sorti en single ; et le définitif et sublime This Is A Low

B3

Le reste de l'album (Badhead, Tracy Jacks, Jubilee) est très bien aussi, même si des morceaux aussi courts que Bank Holiday, Far Out, Lot 105 et The Debt Collector (entre 1 et 2 minutes) font quand même plus remplissage qu'autre chose. De fait, il peut sembler exagéré d'avoir pressé cet album en deux vinyles alors qu'il dure 52 minutes et que tout tiendrait sur deux faces (j'ai des albums plus longs ou aussi longs que Parklife mais qui tiennent sur un seul vinyle). Mais c'est un détail. Parklife est un régal de pop-rock, un disque comme je les aime, chaque morceau est différent des autres, on passe d'un tube à l'ambiance électro/dance à du rock pur et dur, une ballade lyrique, un petit délire instrumental, un autre morceau assez électro/expérimental, une chanson à l'ambiance lounge, de la pop façon 80's, une complainte lyrique...Le seul reproche à faire, c'est d'avoir placé Lot 105 (1,15 minute instrumentale amusante, délirante) en final, juste après This Is A Low, car bien qu'amusant, Lot 105 vient un peu foutre en l'air l'atmosphère de fin totale que This Is A Low avait apporté. Le morceau idéal pour finir un album, mais hélas, Blur rajoute ensuite un petit délire qui fait finir l'album en queue de poisson. Dommage. C'est un petit reproche, ce n'est pas grave, après tout cet ultime morceau ne dure qu'une minute, ça ne va pas gâcher tout l'album. Mais Blur aurait pu mettre cet instrumental ailleurs. Juste avant This Is A Low, par exemple. A titre de comparaison, sur leur album de 1995, Oasis a placé deux morceaux sans titres et instrumentaux, mais le dernier des deux est avant le final Champagne Supernova, pas après. Enfin, je chipote ; Parklife, tel qu'il est, est un des meilleurs albums des années 90, tous genres confondus, et il n'a absolument pas vieilli depuis le temps de sa sortie. Et ça, c'est déjà énorme ! 

FACE A

Girls & Boys

Tracy Jacks

End Of A Century

FACE B

Parklife

Bank Holiday

Badhead

The Debt Collector

Far Out

FACE C

To The End

London Loves

Trouble In The Message Centre

Clover Over Dover

FACE D

Magic America

Jubilee

This Is A Low

Lot 105