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I don't have to prove...that I am creative !/All my pictures are confused/And now I'm going to make me to you (Artists Only).

Collage de 569 photos prises par un appareil Polaroïd, la pochette de cet album a de quoi interloquer. On y distingue les quatre Talking Heads (logique, c'est après tout un de leurs albums), debouts, raides, par ordre d'apparition de gauche à droite Jerry Harrison (claviers, guitare rythmique, choeurs), David Byrne (chant, lead guitar), Chris Frantz (batterie) et sa femme Tina Weymouth (basse, choeurs, claviers). Une photo qui compte parmi les plus mythiques du groupe. Sinon, ce disque est le deuxième album des Talking Heads, et il est sorti en 1978. Il s'appelle More Songs About Buildings And Food ("encore plus de chansons au sujet d'immeubles et de nourriture") et son titre est la résultante d'une blague interne au sein du groupe, apparemment, quand ceux-ci se demandaient comment ils allaient bien pouvoir, bordel de zut, appeler ce nouvel album. Ce deuxième album, comme tous les deuxièmes albums, fait suite au premier (comment ça, je suis con ? Et toi aussi tu l'es, hein ! Toi aussi !). Le premier opus, que j'ai réabordé récemment (depuis le temps que ça traînait...et c'est aussi le cas pour ce disque), baptisé Talking Heads : 77 parce qu'il s'agit d'un album des Talking Heads sorti en 1977, est une excellente affaire, un disque vraiment réussi, rempli de classiques (Psycho Killer, The Book I Read, No Compassion...), mais avec, cependant, deux chansons pas terribles. Et une production sympa, mais pas grandiose, pas exceptionnelle. Ca, ça va changer dès le deuxième album, les Heads ont frappé fort quasiment depuis le début. Peu de temps avant d'entrer en studio pour enregistrer les 11 titres de More Songs About Buildings And Food, le groupe de Byrne se voit proposer une production par le grand, l'illustre, le légendaire Brian Peter George St John Le Baptiste De La Salle Eno. Alias Brian Eno pour faire plus court et carrément Eno pour aller droit au but, comme on le dit dans le 1-3.

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Verso de pochette

Oui, Eno, le grand Eno, le pionnier de la non-musique (selon ses propres termes), le musicien génial (Roxy Music, ses propres albums), le producteur tout aussi génial (ses propres albums, Bowie, Devo, Robert Calvert, U2...), a décidé d'aider les Talkings Heads. Il va le faire le temps de trois albums de folie pure, entre 1978 et 1980 (et collaborera avec Byrne, notamment pour un My Life In The Bush Of Ghosts monumental mais étrange en 1981), et si les Heads parviendront parfaitement, une fois cette collaboration achevée, à continuer à faire de la grande musique, le moins que l'on puisse dire, c'est que les trois albums produits par Eno sont légendaires. Celui-ci se paie le luxe de ressembler au précédent (même formatage de 11 titres, durée presque équivalente) tout en allant plus loin. Il offre un putain d'aréopage de gros classiques du groupe : sur les 11 titres, pas moins de 8 sont de la trempe des squatteurs de best-ofs, tous ne se trouvent pas sur les best-ofs du groupe, mais tous le mériteraient. Comme cette incroyable, insensée (et en live, ça sera plus fort encore, voir Stop Making Sense) du Take Me To The River d'Al Green, ligne de basse qui vous vampirisera tout le reste de votre vie, que vous mouriez en 2019 ou 2099 (heureux veinard). Ou comme ce génialissime morceau achevant la face A, Found A Job, quintessence des Talking Heads première période (jusqu'à 1979 ; à partir de Remain In Light en 1980, dernier album produit par Eno, le groupe va passer à la vitesse supérieure et à des sonorités de plus en plus afro-world-funk), chant hystérique, rythme saccadé (la guitare ! la basse élastique, qui semble rebondir sur les murs comme une balle de squash !), paroles hilarantes (Damn that television ! What a bad picture !/Don't get upset, it's not a major disaster !) sun un couple qui tente de redonner un sens à sa vie car ils sentent bien qu'ils partent en couilles de castor portugais en moins de temps qu'il n'en faut pour le dire...tout ce morceau est si infernalement génial qu'il en est probablement illégal. 

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Le reste est globalement du même fût : The Girls Want To Be With The Girls et sa mélodie carillonnante, le très speedé morceau inaugural Thank You For Sending Me An Angel que Byrne semble littéralement chevaucher comme un palomino en furie, Stay Hungry et son final majestueux et très talkingheadien, le final The Big Country, tentative (totalement réussie) de country new-wave, le sombre et incroyable Warning Sign... C'est un fait, tout ce disque, même les morceaux les (sans doute) moins grandioses que sont The Good Thing et I'm Not In Love (mais bien nombreux sont les groupes de seconde catégorie pour qui ces titres seraient les sommets  de leur répertoire, ça vous pose le niveau général), est immense. Dire qu'à la base, il y à longtemps (ma précédente chronique datait de 2010 !), j'aimais ce disque, mais comme ça, sans plus... Clairement, More Songs About Buildings And Food est de la trempe des classiques, mais aussi des albums qui se révèlent avec le temps, progressivement. Un pur essentiel, rien de moins ! 

FACE A

Thank You For Sending Me An Angel

With Our Love

The Good Thing

Warning Sign

The Girls Want To Be With The Girls

Found A Job

FACE B

Artists Only

I'm Not In Love

Stay Hungry

Take Me To The River

The Big Country