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My God ! What have I Done ? (Once In A Lifetime).

Ayant entrepris récemment de réaborder les deux premiers opus des Talking Heads, je me suis rendu compte qu'il me faudrait aussi réaborder celui-ci, l'ancienne chronique, qui commençait à sérieusement sentir le moisi, datant de la même année que les anciennes chroniques (désormais enterrées sous six cent mètres de ciment à prise rapide, après avoir été scrupuleusement découpées en trois mille six cent quinze morceaux parallélépipèdes et recouvertes du contenu de trois sacs de chaux vive...bref, désormais effacées et remplacées), c'est à dire 2010, putain neuf ans. Il me fallait donc réaborder Remain In Light pour rester dans la lumière (ah ah ah, le jeu de mots pourri avec le titre de l'album ! Vous n'étiez pas obligés de rire, rassurez-vous, je vous aime bien quand même). Remain In Light, sorti sous une pochette assez, euh, particulière (quatre photos individuelles à la Let It Be des membres du groupe, bleutées, et consciencieusement dégradées avec du rouge pixellisé sur le visage, bouche, nez et yeux exceptés), est donc le quatrième album des Talking Heads, et il date de 1980. C'est un disque absolument important, aussi bien pour le groupe en question que pour le rock, tout simplement. On parlera de ce disque comme du premier album important, crucial, vital, des années 80, et des Talking Heads comme du groupe majeur de son époque, excusez du peu. 

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Verso de pochette vinyle

Ce disque fait suite à, dans l'ordre, un album très réussi (le premier opus, 1977) ; un album incroyable, intellectualisant et pop en même temps (le deuxième opus, 1978) ; un chef d'oeuvre total qui est à la fois dans le ton des deux premiers opus tout en commençant à aller un peu au-delà (le troisième opus, 1979). Les deux précédents opus étaient produits par Brian Eno, celui-ci l'est également, et c'est d'ailleurs la dernière fois que le producteur/compositeur/musicien de génie collaborera avec les Heads (il fera en revanche un disque ou deux avec le leader du groupe, David Byrne). Eno, ici, produit, arrange, et co-écrit même deux titres (les deux premiers de l'album), il pose aussi des voix de choeurs, assez reconnaissables (Eno ayant une voix assez atone,volontairement plate), et il joue de la basse, des claviers et percussions (en complément, pas en joueur principal). Remain In Light (qui dure 39 minutes, pour 8 titres) est presque un album des Talking Heads avec Eno qu'un album des Talking Heads produit par Eno ! On notera un invité de marque, qui joue de la guitare sur certains titres (et participera à la tournée), Adrian Belew, ancien musicien de Frank Zappa (Sheik Yerbouti) et David Bowie (le live Stage, Lodger), futur membre de King Crimson quand ce groupe se reformera en 1981 (et fera une musique fortement influencée par Talking Heads : Discipline). Il livre une prestation éblouissante sur The Great Curve, nous offrant deux soli de guitare totalement dingues vu qu'il fait sonner sa guitare comme...un éléphant qui barrit (milieu et fin du morceau) ! Ce morceau de plus de 6 minutes est un des régals de l'album, qui n'offre que du lourd. Certains diront probablement de Seen And Not Seen (interprété par le claviériste et guitariste d'appoint Jerry Harrison, seule fois qu'il chante seul sur un album du groupe) qu'il est le morceau le moins bon. Certes. Mais qu'est-ce qu'il est bien, tout de même, ce morceau !

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Pub d'époque

L'album offre le tube ultime du groupe (enfin, un des, avec les futurs Burning Down The House et Slippery People) : Once In A Lifetime. Légendaire, ce morceau, au clip hilarant (il faut voir la tronche totalement à côté de la plaque d'un Byrne exténué, fringué en costume de boulot, en sueur, gesticulant comme un taré), est un des plus accessibles d'un album qui entremêle avec passion et succès le rock, la pop et les rythmes afrobeat et funky. Houses In Motion aurait très bien pu être enregistré par Funkadelic. Born Under Punches (The Heat Goes On), qui ouvre l'album, en est le résumé parfait, avec son rythme frénétique, ses effets sonores (la guitare de Belew, les bidouillages d'Eno, apportent une touche totalement cheloue et géniale au morceau), son double refrain, aussi, d'abord l'un, puis ensuite l'autre, puis, à la fin, les deux en même temps (All I want is to be... d'un côté, chanté par Byrne et sans doute Eno, d'une manière très soul, et de l'autre Goes on ! And the heat goes on ! The heat goes on ! And the heat goes on !, chanté par les autres membres, dont Eno, d'une manière très funky et énergique). Ce double refrain, dans le final de l'album, ne devrait pas fonctionner, ça devrait faire bordélique, cacophonique (dans The Great Curve aussi, on a ce système du double refrain), mais c'est tout l'inverse qui se produit. C'est juste féérique, et entraînant, impossible d'écouter ça sans se remuer le pertuis, immepossibeul, je vous dis. Le reste de l'album ? Un Listening Wind très aérien, un Crosseyed And Painless monumental, un The Overload aussi pesant que son titre, mais d'une manière très volontaire, hypnotique et qui achève parfaitement (mais curieusement) un album majeur... Remain In Light est un joyau, un des meilleurs albums du groupe, un essentiel à toute discothèque qui se respecte. 

FACE A

Born Under Punches (The Heat Goes On)

Crosseyed And Painless

The Great Curve

FACE B

Once In A Lifetime

Houses In Motion

Seen And Not Seen

Listening Wind

The Overload