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Sorti en 1987 sous le label Geffen Records, Permanent Vacation est un des albums les plus réussis d'Aerosmith, un des plus intéressants sortis après l'Âge d'Or (1974-1976) du groupe. L'album sera un très gros succès commercial et est très apprécié des fans, il contient une reprise des Beatles (I'm Down, chanson méconnue qui était la face B du single Help !, en 1965) et surtout Dude (Looks Like A Lady), chanson mythique du répertoire des Duponts Volants, que l'on trouve dans le film Wayne's World 2 (film de 1993). Permanent Vacation fait suite à quelques albums franchement moyens pour le groupe (Done With Mirrors, Rock In A Hard Place) et offre, en 50 minutes (presque 51), un condensé de ce qu'Aerosmith, toujours sous leur mythique line-up (Tyler, Perry, Hamilton, Whitford, Kramer) d'origine, pouvait faire. L'album a été produit par Bruce Fairbairn.

Aerosmith

Peu de chansons anodines ici : je n'ai jamais été fan de Simoriah, Hangman Jury et de la reprise du I'm Down des Beatles, mais le reste est totalement bonnard : Permanent Vacation, Angel, The Movie, Magic Touch, Hearts Done Time, l'album aligne les merveilles comme des perles sur un collier. La production est excellente, le son est d'enfer (malgré que l'album ait 23 ans dans les dents, le son reste franchement plus que correct : efficace), Steven Tyler hurle comme jamais, et la guitare de Joe Perry (et celle, bien entendu, de Brad Whitford) est remarquable et trippante. Rag Doll, Dude (Looks Like A Lady) et Angel sortiront en singles et marcheront fort.

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Par la suite, le groupe sortira encore deux très très bons albums (Pump et Get A Grip), mais ces trois disques, Permanent Vacation compris, sont l'exception qui confirme la règle : Aerosmith, en fait, est devenu un gros barnum, un groupe de cirque qui, entre participations animées dans les Simpsons, participations à une attraction de Disney Studios ("Rock'n'Roll Roller Coaster") et albums médiocres (Just Push Play), n'auront de rock que le style de musique qu'ils font. Entre ça et les drogues dures qui ont bien miné le groupe (Tyler et Perry, surnommés les Toxic Twins) et une perte d'inspiration musicale, c'est peu dire qu'Aerosmith, excepté pour trois albums entre 1987 et 1993, sont devenus franchement ridicules. Mais Permanent Vacation, comme le seront Pump et Get A Grip, est franchement réussi.

Chronique complémentaire de Super Coton Tige

Ce disque là mon vieux, il est jouissif ! Steven rigole à tout va, Joe fait la gueule, comme d'hab, et surtout ils sont vivants ! "Permanent Vacation " : ou comment des stars du rock qui ont connu presque une décennie de la déchéance la plus noire reviennent sur le devant de la scène. Avec ce skeud, Tyler, Perry & Cie nous livrent un grand moment de rock n' roll. Un disque qui marque le grand retour d'Aerosmith qui, il faut bien l'avouer, n'était plus attendu à ce niveau à l'époque, avec un Tyler en très grande forme. L'album précédent, "Done With Mirrors " était déjà prometteur, une sorte d'album de transition et de reformation qui mettait fin à la série noire mais sans vraiment décoller. C'est ici que la résurrection a lieu, le 31 août 1987. Et pourtant à la lecture des crédits, les inconditionnels de "Toys " et de "Rocks ", du grand Aerosmith des 70's quoi, pourraient s'étrangler : Aux manettes, Bruce Fairbairn (hmm...), Jim Valance (grrr) et cet affreux Desmond Child (arrgggghhhh !!!) crédités sur de nombreux titres. Oui, parmi eux, le songwriter mercenaire le plus racoleur, le plus putassier, le plus commercial et aussi le plus efficace de sa génération. Vous avez tous aimé Desmond Child mais vous ne le savez peut être pas. Vous avez, comme tout le monde, braillé sur "Livin' on a Prayer" de Bon Jovi en faisant "Waaaaaw haw !" sur le refrain, vous avez hurlé avec les chœurs pour accompagner Alice Cooper sur "Poison". Les plus pervers (ou plus jeunes, au choix) d'entre vous ont appris l'espagnol en gueulant "Livin' La Vida Loca" avec... Ricky Martin. Il est venu au secours d'un nombre incalculable de carrières musicales stagnantes, enlisées et erratiques. Pour les vieux hard rockers en quête de renouveau, pour les jeunes aux dents longues mais en panne d'inspiration : un seule solution : Desmond Child. Un couplet nerveux, un gros refrain étiré et répétitif, et le tour était joué. La porte des charts s'ouvrait en grand. On parla même à une époque d'un syndrome Desmond Child, tant les artistes concernés étaient ensuite parfois complexés et vexés de devoir une partie de leur réussite à un pur requin des studios qui alignait les tubes avec une précision chirurgicale, mécanique et industrielle. Et ils passaient alors le reste de leur carrière à tenter de prouver que, eux aussi, savaient écrire des chansons (coucou Bon Jovi). Tout ça pour dire que, ça sent le sapin et la variétoche FM à plein nez. Et pourtant à l'écoute de l'album, même pas ! C'est miraculeux ! Car oui, si on peut dire que cette musique est bien faite (calibrée diraient certains) pour s'étalonner sur les ondes, on rêverait n'entendre à la radio que de la came de cette qualité-là, quel que soit le style proposé.

Je vais probablement en surprendre quelques uns, mais je trouve que ce disque fait surtout la part belle à la rythmique écrasante du batteur Joey Kramer. Le titre d'ouverture "Heart's Done Time" nous le confirme, avec son intro bizarroïde sur fond de cris de baleines. L'explosif "Magic Touch" est survitaminé, avec un refrain super-accrocheur. Le groupe a clairement retrouvé sa bonne humeur, en témoigne les deux hits "Rag Doll" et "Dude (Looks Like A Lady)" ainsi que leurs clips barrés. "Simoriah" nous livre un Steven Tyler excellent, le blues "St. John" avec sa rythmique groovy est digne d'un affrontement épique entre deux bandes de gangsters dans un ghetto de Boston, alors que l'intro de "Hangman Jury" nous donne l'impression d'être dans un ranch au Texas, dépaysement garanti. Harmonica, guitare sèche, servi par la voix bluesy de Steven Tyler, tout y est. "Girl Keeps Coming Apart" est la chanson pop de l'album, une de celle qui j'aime le moins avec "I'm Down", reprise des Beattles, mais ça reste deux morceaux corrects. Aerosmith n'a rien perdu de son côté fun et ajoute quelques conneries par ci par là. Le morceau titre notamment, contient des sonorités très "hawaïennes", on imagine un Steven Tyler en chemise orange à fleurs en train de danser sur une plage pendant qu'un Joe Perry sirote une Margarita sur une chaise longue. "Angel" est la ballade de l'album, et on constate tout de suite que  celle-ci est bien plus orchestrale que les ballades des albums précédents. Peut être un peu trop, mais cela reste un très bon titre, où Tyler fait bien plus de manières mais chante fichtrement bien. En générique de fin, l'ovni "The Movie", un instrumental assez sombre, mais très réussi, et toujours avec cette batterie très en avant. Sans aucun doute l'un des sommets du groupe, sans être comparable avec "Toys In The Attic " ni avec "Rocks " tant le style est différent.

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"Permanent Vacation " est un album entraînant qui maintient un équilibre quasi parfait entre les racines Boogie/Blues/Hard Rock du groupe et le désir de séduire le plus grand nombre grâce à l'apport de mélodies imparables, d'arrangements musicaux ayant recours aux claviers, aux percussions et aux cuivres ainsi qu'à une production lissée et typée blockbuster fin 80's des plus efficaces. Pas vraiment de faiblesse ici ("Girl..."  et dans une moindre mesure "I'm Down" sont des titres de remplissage honorables), une seule ballade, le groupe n'est pas encore atteint par le syndrome Scorpions, et c'est pourtant largement suffisant pour retrouver le sommet des charts (le disque 2x platine en 1988, soit à peu près autant de ventes que les 3 albums précédents réunis). Ce flot de chansons aguicheuses et faciles est ainsi transformé par le groupe pour obtenir ce cocktail dont l'extraordinaire énergie n'a d'égale que sa totale adéquation à l'air du temps. Là où Desmond Child ne peut écrire que des tubes épars et impersonnels, Aerosmith donne au disque son identité, son ambiance et sa cohérence. Cet album sent la fête et le soleil, et il marque le début d'un des plus grand come-back de l'histoire du Rock, et aussi d'une trilogie d'albums de grande classe. L'essai sera transformé 2 ans plus tard avec le phénoménal "Pump ", plus roots, plus blues, et aussi plus équilibré et meilleur que cet album qui vaut pourtant son pesant d'ecsta.

Heart's Done Time

Magic Touch

Rag Doll

Simoriah

Dude (Looks Like A Lady)

St John

Hangman Jury

Girl Keeps Coming Apart

Angel

Permanent Vacation

I'm Down

The Movie