Noir_desir_Tostaky_front

Là, on aborde clairement une nouvelle étape pour Noir Désir. Vous connaissez tous l'expression il y à un 'avant 'et un 'après' [...] , n'est-ce pas ?Et bien, pour Noir Désir, il y à un 'avant' et un 'après' Tostaky. Aussi simple que ça. J'ai même envie d'arrêter ma chronique là, car tout est dit en deux lignes. Mais non, je vous rassure, je vais continuer, longuement, d'en parler, de ce disque sorti en 1992, le quatrième opus du groupe (et leur troisième album ; rappelons que leur premier disque est un EP de 6 titres). Pour les Bordelais, au line-up toujours inchangé (Bertrand Cantat au chant et à la guitare, Serge Teyssot-Gay à la guitare, Frédéric Vidalenc à la basse, Denis Barthe à la batterie), l'époque est rude : leur précédent opus, Du Ciment Sous Les Plaines, sorti en 1991, ne marcha pas fort (et de fait, quand on regarde l'ensemble de leur discographie, c'est probablement leur album le moins connu, l'EP excepté, et celui ayant connu le moins de succès, là aussi l'EP excepté), on y trouve de grandes chansons comme The Holy Economic War, En Route Pour La Joie, No No No, mais dans l'ensemble, c'est un coup d'épée dans l'eau. Ce n'est vraiment pas un album foiré, loin de là, mais le groupe n'a pas réussi à transformer l'essai de Veuillez Rendre L'Âme (A Qui Elle Appartient), leur premier 'vrai' album, de 1989, qui est, malgré sa production, anthologique ou peu s'en faut (faut-il rappeler le nombre de grandes chansons qui s'y trouvent ?). Il convient donc de se sortir les doigts, et c'est à Londres, sous la houlette du producteur Ted Niceley, qu'ils vont y parvenir, après un petit hiatus d'environ un an (au cours duquel Bertrand Cantat écumera l'Amérique du Sud, il en ramènera des idées pour l'album).

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En 46 minutes (et 12 titres), Tostaky, dont le titre est un raccourci de l'expression espagnole todo esta aqui ('tout est ici'), sort en fin d'année 1992. Il va ramoner la face et les oreilles de la France durant une année 1993 qui sera clairement l'année Noir Désir. La tournée de l'album sera prodigieuse et immortalisée, en 1994, par un double live tout simplement furieux, Dies Irae, sur lequel quasiment tout l'album, sauf un titre (coïncidence qui n'en est peut-être pas une, c'est justement le morceau le moins bon qui n'a pas été joué, ou en tout cas, proposé sur le live), est présent. Autant le dire tout de suite, même si 666.667.CLUB (1996, l'album suivant par ailleurs) reste à vie mon préféré du groupe parce que celui avec lequel je les ai découverts et parce qu'on y trouve Fin De Siècle (ma préférée du groupe), Tostaky est une claque qui, d'écoute en écoute, me conforte dans mon opinion que non seulement Noir Désir était le plus grand groupe de rock français, toutes générations confondues, mais que ce disque de 1992 est assurément leur meilleur, et, par logique donc, le plus grand disque de l'histoire du rock hexagonal, point-barre-à-la-ligne. Que dire qui n'a déjà été dit, aussi bien à l'époque qu'en 2012, année des 20 ans de ce cataclysme (Rock'n'Folk en fera sa couverture pour commémorer l'évênement) ?

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Amateurs de gros son guitaristique, Tostaky va vous combler, si vous ne le connaissez pas encore (et si c'est le cas, vous ne faites pas, je l'espère, partie de ces gens qui ont décidé de ne jamais écouter ce groupe depuis ce dramatique accident de 2003 au cours duquel Cantat a mortellement frappé Marie Trintignant ? Certes, c'est dramatique, con, et il a déconné - même si c'était un accident, pas un assassinat prémédité - mais il ne faudrait pas tout mélanger quand même, ce n'est pas Noir Désir qui a tué Marie, mais son chanteur...enfin bref). Ca commence dans la langue de Tony Blair avec un Here It Comes Slowly au titre bien trompeur ('voilà que ça démarre lentement'), le morceau étant pour le moins féroce. Quelle guitare ! La voix de Cantat, hargneuse, un chien enragé, un renard encerclé de chasseurs ! Au fur et à mesure que les 3 petites minutes de ce morceau se déploient, la voix devient de plus en plus féroce, le morceau, de plus en plus violent, et ça se termine en furie, littéralement, avant de laisser place à Ici Paris, probablement mon morceau préféré de l'album (oui, devant le morceau-titre !). On passe au français ici (sur les 12 titres de l'album, seuls 4 sont anglophones), langue qui, d'ordinaire, ne convient pas trop au rock, mais Cantat étant ce qu'il est (un putain d'auteur de chansons, au style poétique et/ou engagé), les paroles assurent, frappent fort, prenez-ça dans la gueule les fascisants autour de 15% : Marianne rebelle me disait qu'elle est plus jolie métissée... Un riff tronçonneuse, du genre qui vous rentre dans le crâne et n'en sort plus, des choeurs (de Vidalenc et Barthe...et Cantat) efficaces, une rythmique tuante (quel batteur !)... Deuxième morceau, et déjà deuxième uppercut. Oublié, qui suit, est un tempo lent, bluesy, sur lequel Cantat semble imiter Johnny Hallyday, ça fait un peu caricature volontaire (J'ai ouuuuuuuubliiiiié), c'est en tout cas très réussi. Je ne t'en veux pas, je ne te voie pas, et j'ai oublié qui tu étais. Alice, un des morceaux les plus violents de l'album, déboule pour remettre les pendules à l'heure.

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One Trip/One Noise, hypnotique (encore plus en live), est une bombe hallucinante, lente et majestueuse, dont le titre sera par la suite celui d'une compilation de remixes de DJs que le goupe sortira quelques années plus tard. J'ai mis du temps à aimer ce morceau qui détonne trop par rapport au reste de l'album (enfin, Marlène aussi détonne pas mal, dans son genre, j'en reparle plus bas), mais au final, c'est assurément un des meilleurs de Tostaky. A découvrir si vous ne connaissez pas encore, je préfère ne pas trop en parler. Le morceau suivant est le morceau-titre, soit Tostaky (Le Continent), 5.30 minutes de pur bordel sonore, une tuerie totale et totalement heavy, au riff cyclique et immense (trouvé par Cantat alors qu'il se trouvait en Amérique du sud et centrale, principalement Guatemala, Mexique, Cuba), aux paroles hargneuses et engagées sur la situation politique désastreuse de certains pays sud-américains. Tout a été dit ici, tout. Commençant à peu près normalement (le riff, entêtant ; la voix, engagée, froide, de Cantat : Nous survolons des villes/Des autoroutes en friches/Diagonales perdues/Et des droites au hasard), le morceau culmine dans ses refrains, à moitié en espagnol (pas la première fois que le groupe utilise cette langue, brièvement à chaque fois, pour ses chansons : Le Fleuve) : Para la queja mexica/Este sueno de America/Celebremos la aluna/De siempre, ahorita... Le morceau, au fur et à mesure, plonge dans le chaos, s'achevant en totale apocalypse, Cantat braillant littéralement le mantra de la chanson (Soyons désinvoltes, n'ayons l'air de rien), poussant des cris terrifiants, pendant que derrière lui, Teyssot-Gay, Vidalenc et Barthe font tout péter, jouant comme un TGV en plein record de vitesse. Ca se termine par une explosion sonique qui laisse l'auditeur (et les musiciens) K.O. debout. Comme de bien entendu, le morceau suivant ne pouvait être que calme. Marlène, en effet, est une petite douceur (aux paroles un peu amères sur une 'fille à soldats'), un morceau qui détonne de part son ambiance plus proche de Des Visages Des Figures (2001, l'ultime album) que de Tostaky. Très belle chanson, que je n'aimais pas avant ; ceci dit, vraiment pas ma préférée de l'album et du groupe.

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Johnny Colère est un rock burné, martial, d'à peine 2,15 minutes (le morceau le plus court), et ce n'est pas une chanson signée du groupe, contrairement au reste de l'album, mais une reprise d'un obscur groupe de rock rennais, les Nus, qui furent apparemment une référence, un modèle, pour Noir Désir. Excellent morceau interprété avec fougue, qui ne va pas loin, mais au moins, il y va, ça c'est clair. On arrive ensuite au petit ventre mou, pas vraiment un ventre mais vraiment mou en revanche, de l'album : 7 Minutes. Long non pas de 7, mais de 6 minutes (c'est le morceau le plus étendu), ce qui fait que je ne m'explique pas vraiment le titre du morceau, c'est le seul de l'album que le groupe ne proposera pas sur Dies Irae, et qu'ils n'ont peut-être même pas joué en live, qui sait. Et comme je l'ai dit plus haut, le seul morceau de Tostaky qui ne se trouve pas sur le double live Dies Irae se trouve être le moins bon, ce qui est peut-être une coïncidence, après tout. Assez bruitiste (Teyssot-Gay a toujours aimé le rock noisy), interprété en anglais, c'est un morceau assez chiant au final, il dure trop longtemps par rapport à ce qu'il a à offrir. Sober Song, aussi en anglais, qui suit, n'est pas meilleur, mais plus court, une chanson assez calme, mais électrique quand même, sur la (recherche de la) sobriété, I'll drink water 'till I die. C'est un bon morceau, meilleur en live qu'en studio. It Spurts, très virulent (cette guitare dans le refrain !!!), est une claque qu'autrefois, je n'appréciais que modérément, mais c'est un de mes préférés de l'album désormais. Enfin, l'album se finit sur le sublime Lolita Nie En Bloc, à la fois calme (les couplets) et féroce (le refrain : Un ange...passe puis de grosses giclures de guitare bien noisy et grunge), un morceau à la fois angélique et brutal, qui achève idéalemnt un album tout simplement quintessentiel, malgré une chanson un peu moyenne (7 Minutes) et une autre meilleure, mais pas transcendante (Sober Song). Soyons désinvoltes, n'ayons l'air de rien...

Here It Comes Slowly

Ici Paris

Oublié

Alice

One Trip/One Noise

Tostaky (Le Continent)

Marlène

Johnny Colère

7 Minutes

Sober Song

It Spurts

Lolita Nie En Bloc