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On l'a vu récemment, Life In A Day, le premier album des Simple Minds, sorti en 1979, est vraiment un bon album, en dépit de deux morceaux un peu anodins (Sad Affair, No Cure) et d'une production qui, sans être mauvais, est tout de même un peu frustrante, mais le groupe n'avait pas encore de gros moyens. Mais sinon, entre Pleasantly Disturbed, Chelsea Girl, Someone et le morceau-titre, que dire ? Ce croisement entre du Velvet Underground et du Roxy Music, imprégné de post-punk, était vraiment très efficace, très réussi, ce premier album est un de mes préférés du groupe, et ce groupe, un de mes groupes préférés. Mais il se vendra à peu près aussi bien que des sorbets sur la banquise. Et cet insuccès commercial ne sera pas, hélas, le seul dans la carrière du groupe, qui ne commencera à connaître le succès qu'à partir de leur...quatrième album, en 1981 (et plus encore dès l'année suivante). Bref, quand le groupe de Jim Kerr (chant) et Charlie Burchill (guitare, violon) entre en studio (Rockfield) au cours de 1979 afin d'y enregistrer leur deuxième album, ils ne sont, encore, rien, médiatiquement parlant (deux singles seront tirés de Life In A Day, et si Chelsea Girl, un des deux singles, marchera bien, ça ne sera tout de même pas un tube), et si on avait dû les informer, à l'époque, de l'insuccès qu'ils continueront de connaître pendant deux ans, je ne sais pas s'ils auraient continué avec la même fougue. 

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Car ce deuxième album, Real To Real Cacophony, soti sous une pochette bleu foncé sans motifs (recto comme verso), sorti en fin d'année 1979, est probablement encore moins enclin à cartonner que le précédent ! Long de 40 minutes, cet album offre 12 titres souvent courts (la face A en contient 7). J'ai dit que sa pochette était uniforme, sans motif, c'est presque vrai : pour le vinyle original (dont le grain de pochette est un peu pelucheux, et l'intérieur de la pochette principale est également coloré) on a des stries horizontales en léger relief (gaufré, donc), quatre colonnes de six barres. C'est tout. Ces barres ne sont pas visibles sur la photo principale de l'article, qui est celle d'une édition CD ou d'une réédition vinyle récente, rien que le titre le prouve, et pour comprendre ce que je dis, lisez ce qui va suivre. Pour ce qui est du CD, l'album n'a pas eu de bol dans la vie : non seulement la réédition CD la plus récente est d'un bleu bien flashy, absolument pas celui de la pochete initiale, mais le titre de l'album (et du premier morceau, qui à la base s'appelle Real To Real) a été, dès la première édition CD (dont la couleur reproduisait, elle, bien la teinte de la pochette vinyle), victime d'une erreur : l'album est, en CD, baptisé Reel To Real Cacophony, et le premier morceau, donc, Reel To Real. Le vrai titre est celui indiqué en titre d'article, donc : deux fois le mot 'real'. Sinon, l'album est moins accessible que le précédent (et que les suivants), mais c'est incontestablement le sommet de la première période (1979/1981) du groupe, ce qui en dit long, car cette période est incroyable. L'album offre 6 titres qui figurent parmi mes grands préférés du groupe (Factory, Carnival (Shelter In A Suitcase), Premonition, Changeling, Calling Your Name, Scar), tout comme le précédent opus, mais je dois dire que, Pleasantly Disturbed mis à part, aucun de mes morceaux préférés de Life In A Day n'est aussi cher à mon coeur que ceux de Real To Real Cacophony

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Marrant que Jim Kerr, le chanteur, soit, tout au fond (chemise à rayures), le moins visible

Par exemple, Factory, morceau monumental, un authentique chef d'oeuvre. Après une intro quasi puérile (un synthé qui ne semble pas sonner super bien), le morceau part sur les chapeaux de roue, jusqu'à un refrain imparable : courts riffs acérés et glaciaux de guitare, rythmique martiale (la basse, tout du long de l'album, est divine, envoûtante), chant saccadé de Kerr (I-mi-ta-tioooon of liii-fe) et cette mélodie enfantine, entêtante, de synthés par-dessus, c'est parfait. En live, encore plus (5X5 Live). On peut aussi citer Carnival (Shelter In A Suitcase), faussement anodin avec cette mélodie entêtante et presque horripilante de synthés qui démarre le morceau. Mais cette  guitare tronçonneuse, ensuite... On peut également citer cette face B totalement parfaite (avec un instrumental atmosphérique au centre, Film Theme). De Premonition (qui, en live, explosera tout, cette batterie...cette montée en puissance...) à l'atmosphérique et glauque (on y parle d'accident de voiture mortel, Car passenger, fate at the wheel, quick kiss of death, il n'est pas interdit de penser au roman Crash de Ballard) Scar final, dont les synthés, dans l'intro, font penser à une cornemuse (le groupe est écossais), en passant par le monumental et trépidant Changeling (qui n'a rien à voir avec la chanson du même nom par les Doors), dont le riff de guitare me fait penser à celui du A Legal Matter des Who, c'est inoubliable. Et la face A ? Elle offre des morceaux souvent courts (les quatre premiers n'atteignent pas 3 minutes, Cacophony, instrumental atmosphérique de guitare acérée et saccadée, n'en fait pas 2), que l'on devra écouter souvent, car ils ne semblent pas très accueillants au premier abord (Real To Real et son chant désincarné, Citizen (Dance Of Youth) et sa batterie inhumaine), le pompon allant au morceau achevant la face, Veldt, quasi instrumental étrange. Au final, ce deuxième cru des Minds est un de leurs albums les plus importants, et un des plus forts d'une année 1979 totalement éclatante, pour tous les genres musicaux. Et rien que pour la new-wave, ou post-punk à l'époque, on peut citer, en 1979, la Metal Box de PiL, 154 de Wire, Entertainment ! de Gang Of Four, Fear Of Music des Talking Heads, Drums & Wires d'XTC et Unknown Pleasures de Joy Divison. Et, donc, à mettre clairement avec eux, Real To Real Cacophony, chef d'oeuvre des Simple Minds. 

FACE A

Real To Real

Naked Eye

Citizen (Dance Of Youth)

Carnival (Shelter In A Suitcase)

Factory

Cacophony

Veldt

FACE B

Premonition

Changeling

Film Theme

Calling Your Name

Scar