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After The Gold Rush, sorti en 1970, est le troisième album de Neil Young. Après deux albums qui, en plus d'être réussis (surtout le deuxième, Everybody Knows This Is Nowhere, son premier album avec Crazy Horse, on en a reparlé ici récemment), offraient des pochettes très belles, After The Gold Rush, lui, entame la catégorie des pochettes ratées, qui seront quasiment l'apanage du Loner pour les décennies à venir. Soit il n'y est pour rien, soit c'est volontaire, mais Neil a eu droit à pas mal de pochettes vraiment hideuses. Celle-ci n'est pas la pire (rien que l'album suivant...mais aussi Zuma, American Stars'n'Bars, Silver & Gold...enfin bref), mais il faut reconnaître qu'elle serait vraiment pas mal si le visage du Loner n'était pas outrageusement maquillé pour paraître grisâtre, comme en négatif. On le voit, sinon, marcher, l'air pensif (voire même ombrageux, faudrait pas lui demander une p'tite pièce pour manger, m'sieur) devant un mur surmplombé d'une grille, croisant une vieille dame (au visage totalement normal, elle) sans porter de masque en ces glorieux temps pré-Covid. Au verso, le verso du jeans du Loner. L'intérieur de pochette le montre étendu, pensif, près de sa guitare, en coulisses d'un concert ou en studio. 

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Court (35 minutes), ce troisième opus du Loner, coproduit par le Loner et David Briggs, est assez éloigné du précédent opus. Le précédent opus était très rock (avec notamment de grandes envolées de guitare sur deux titres à rallonge qu'on ne se lasse jamais d'écouter en boucle), celui-ci est très folk. Un peu country aussi, parfois. Ses 11 titres sont rarement électriques, ou électrisants. Il paraît qu'à sa sortie, l'album n'a pas été particulièrement bien accueilli, ce ne  fut pas un désastre dans les colonnes de critiques de disques, mais disons que si l'album est devenu bien plus réputé par la suite (il n'est pas rare de le croiser dans les listes du genre 'meilleurs albums'), à l'époque, c'était du genre le précédent était meilleur. En ce qui me concerne, je pense en effet que le précédent est meilleur, il a ma préférence en tout cas, mais bon, ce sont deux albums radicalement différents, donc difficile de les comparer. After The Gold Rush est, vraiment, un exceptionnel album, bien supérieur à Harvest (le suivant) en tout cas, je le dis haut et fort, je ne changerai pas d'avis sur la question. J'ai cependant mis un certain temps à pleinement aimer ce cru 1970. Certains morceaux (Birds, Oh, Lonesome Me, qui est une reprise, et les deux fins de faces, très courtes, Till The Morning Comes et Cripple Creek Ferry, chacun durant moins de 2 minutes) ne me plaisent pas des masses, en fait. 

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Mais le reste, oh putain... C'est un vrai festival de classiques loneriens en pagaille, de Tell Me Why (d'une douceur et d'une pureté presque douloureuses) à I Believe In You (beau à chialer dans sa bière d'abbaye), en passant par les deux grands moments rock de l'album, Southern Man et When You Dance I Can Really Love. La première, de même que le futur Alabama de l'album suivant, énervera quelque peu les futurs Lynyrd Skynyrd qui répondront avec Sweet Home Alabama (mais les sudistes et le Loner s'estimaient ; Neil voulait offrir Captain Kennedy à Ronnie Van Zant, qui mourra avant dans le crash aérien qui fut fatal aux Skynyrds), et la seconde sera, en live (Live Rust), un modèle de petite fureur. L'album offre aussi Don't Let It Bring You Down, Only Love Can Break Your Heart, et le morceau-titre, tous d'une réussite tellement totale qu'ils en paraissent hors de ce monde. C'est un fait, avec After The Gold Rush, le Loner entre définitivement dans la cour des grand, on savait alors, en 1970, qu'il fallait attendre son album suivant comme on le faisait pour Dylan (qui, en cette même année, n'est pas dans sa meilleure forme). Immense album, donc. 

FACE A

Tell Me Why

After The Gold Rush

Only Love Can Break Your Heart

Southern Man

Till The Morning Comes

FACE B

Oh, Lonesome Me

Don't Let It Bring You Down

Birds

When You Dance I Can Really Love

I Believe In You

Cripple Creek Ferry