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Avec sa pochette bleue représentant un ciel un peu nuageux, 666.667.CLUB est mon album préféré de Noir Désir, fameux groupe de rock français ayant malheureusement baissé dans l'estime de pas mal de gens à cause d'un faits divers sans relation (à part qu'il implique Bertrand Cantat, leader/chanteur du groupe) avec leur musique et leur carrière. D'ailleurs, comme nous ne sommes pas là pour parler de ça, merci de ne pas faire d'amalgame entre Noir Désir et ce drame, comme certains connards, à l'époque (et à la TV, notamment), ont pu le faire. Retour à la musique. Noir Dèz', au moment de l'enregistrement de l'album, est constitué donc de Cantat (chant, guitare, harmonica), de Serge Teyssot-Gay (guitare, orgue), Denis Barthe (batterie) et Jean-Paul Roy (basse), qui remplace le précédent batteur, Frédéric Vidalenc (crédité à la musique sur Septembre, En Attendant).

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L'album possède un titre nébuleux qui fera sourciller certains (les plus cons), persuadés que l'allusion satanique (666, pas besoin de vous faire un dessin) signifie que Noir Désir est un groupe dangereux. Ah les cons. En fait, 666.667.CLUB est un album on ne peut plus mélodique, de son morceau inaugural éponyme (et instrumental) aux accents world-music à Septembre, En Attendant, dernier morceau crédité (mais pas le dernier de l'album, car Song For JLP suit sur une treizième piste cachée, hommage bluesy et très réussi de Cantat au chanteur de Gun Club, Jeffrey Lee Pierce, mort peu de temps auparavant). Septembre, En Attendant, d'ailleurs, me fait un peu penser au fameux J'Ai Demandé A La Lune d'Indochine (c'est à dire, s'il y à une ressemblance, que ça serait Indochine qui aurait plagié Noir Dèz'), en ce qui concerne le son de guitare, superbe. Mais la ressemblance, pas flagrante, s'arrête là, et encore, je ne suis pas sûr que vous aussi vous remarquerez ce son assez semblable.

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L'album offre deux tubes qui passeront souvent en radio (et continuent d'être diffusés de temps en temps) : L'Homme Pressé, et son rythme disco-funky, est une diatribe édifiante sur le pouvoir, les businessmen sans vergogne, les golden boys. Le clip était hilarant, avec le groupe se foutant de la gueule des boys-bands, alors déjà une menace pour la musique internationale. Les paroles sont terribles : J'connais le tout-Paris/Et puis le reste aussi/Mes connaissances iniques/Et leurs femmes que je...fréquente, évidemment. Autre tube, le très hargneux Un Jour En France, avec sa guitare tronçonneuse empruntant à Black Sabbath (hé oui, ça sonne doom, sur cette chanson !) et son clip super en forme de manga. Sur cette chanson, Cantat et ses p'tits potes défoncent sans vaseline le Front National et les fachos de tous poils, on imagine qu'un certain JMLP, alias Neuneuil de St-Cloud, n'a pas du bien rigoler en l'écoutant (FN, souffrance, qu'on est bien en France). La voix de Cantat est tellement enragée qu'un toubib l'embarquerait directement pour le premier Institut Pasteur du coin. Guitares saturées, agressives, solo final déchirant et trippant.

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Mais ce n'est pas le sommet de l'album, non (même si, franchement, Un Jour En France, et L'Homme Pressé, font partie des sommets de 666.667.CLUB). L'album est encore plus farci de merveilles qu'une dinde le serait de marrons à Noël (pauvre dinde). Je cite le très envoûtant Ernestine, sur lequelle la voix de Cantat monte haut, très haut, avec cette musique un peu tzigane derrière. Comme Elle Vient, aussi court et speedé qu'une chanson des futurs Libertines, jubilatoire. Le plus long et classique Lazy, en anglais. A Ton Etoile, merveille absolue et mélancolique qui est, je crois, dédiée à la soeur de Cantat (rythmique, guitares, voix, tout est merveilleux ici). Et mon préféré de l'album, Fin De Siècle, deuxième morceau (et premier à être chanté, car le premier morceau est instrumental). Ouvrez les royaumes, et crevez les plafonds mais il y à des chances pour qu'on nous expédie au ciel. Chanson sur le monde qui fout le camp (Même les shérifs, ceux qu'on achète, on les distingue mal des bandits). Pur chef d'oeuvre engagé et mélodique, hargneux comme une teigne, virulent, speedé, énergique, avec une fin dantesque (je sais que c'est rien, mais j'adore le son de guitare en réverb, en final, qui va en diminuant, dans la coda).

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D'autres chansons valent le coup, comme le bluesy et anglophone Prayer For A Wanker, le très Louise Attaque A La Longue (superbe) ou Les Persiennes. 666.667. CLUB, en gros, c'est plus de 50 minutes de grandeur rock, le disque qui, avec Tostaky (1992), permet vraiment à Noir Désir d'être qualifié, non pas de grand groupe de rock français, mais tout simplement de grand groupe de rock tout court, en oubliant les nationalités qui vont avec. Avec 666.667.CLUB, qui sera un gros succès, Noir Désir entre dans la légende.   

666.667.CLUB

Fin De Siècle

Un Jour En France

A Ton Etoile

Ernestine

Comme Elle Vient

Prayer For A Wanker

Les Persiennes

L'Homme Pressé

Lazy

A La Longue

Septembre, En Attendant

Song For JLP