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On poursuit gentiment notre cycle dans le merveilleux monde des albums du Band. Après nous avoir offert un premier album juste remarquable en 1968 et un deuxième album pour moi (et je sais ne pas être le seul à le penser) encore plus grandiose en 1969, le Groupe ne va, encore une fois, pas trop perdre de temps avant de nous offrir son successeur : en mai 1970, ils entrent en studio (leur propre studio, situé à Woodstock) et vont y accoucher de leur troisième opus, un opus qui, une première dans leur carrière, sera produit par leurs propres soins (c'est un certain John Simon qui avait produit les deux premiers albums) : Stage Fright. Il suffit cependant de regarder attentivement la pochette de l'album, visuel ci-dessus, pour y distinguer, presque paumé avec les autres noms dans les crédits, celui d'une personnalité du rock, ici crédité comme ingénieur du son (engineer) : Todd Rundgren. Ce dernier, à l'époque, a déjà lancé sa carrière solo (Runt), mais n'est pas encore celui qu'il deviendra quelques années plus tard (une sorte de croisement entre Elton John et Frank Zappa), et si on ne peut pas parler ici de production (c'est le Band qui produit, je le rappelle), il a quand même, sans doute, eu son mot à dire sur telle ou telle chose Et par la suite, il en viendra à produire Patti Smith, Meat Loaf, les New York Dolls, Grand Funk Railroad... J'ai parlé de la pochette de l'album ? Non, juste pour dire de bien regarder le nom de Todd parmi les crédits. Mais il va bien falloir en parler un peu, de cette pochette.

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Poster glissé dans la pochette

Ah, cette pochette... Designée par Bob Cato (qui continuera d'oeuvre avec le Band), elle est censée représenter un coucher de soleil abstrait. On y voit une succession de couches de couleurs, lignes épaisses et horizontales, rouge, jaune, bleu, vert. Aussi bien recto que verso, c'est exactement la même chose, et il n'y à, d'ailleurs, strictement aucune information au verso, vu que tout est indiqué au recto, comme au bon vieux temps des années 50/60, où on indiquait la liste des morceaux au recto. Dans la pochette était glissé un poster du groupe, posant (j'imagine) chez eux, photo ci-dessus. Wikipedia (anglophone) indique que la pochette multicolore était enveloppée dans ce poster, qui était, peut-être, sous le blister, placé en cavalier par dessus. Peut-être, je n'en sais rien ; j'ai certes le vinyle, mais en réédition, et en réédition, le poster est glissé, plié, dans la pochette. Pochette non ouvrante, au passage. Bon, et l'album, musicalement, il vaut quoi ? Rassurez-vous : si la pochette est criarde et peu réussie, le contenu, court (35 minutes ; les deux précédents dépassaient les 40 minutes, eux...), est une totale réussite. Stage Fright ('le trac'), qui aurait été enregistré dans des conditions un peu tendues, à cause de la présence de Rundgren, ils n'étaient pas habitués à bosser avec un mec aussi étonnant ; il fallait aussi faire quelque chose de mieux encore que le précédent opus ; la drogue, aussi, fait son apparition, et a compliqué les choses. Le résultat final semble moins 'souple' et 'old school' que les précédents opus, plus rock parfois. Pas moins réussi, en tout cas : l'album aligne les merveilles, le morceau-titre, The Shape I'm In, The W.S. Walcott Medicine Show, Time To Kill...

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On y trouve une très belle et touchante chanson signée du guitariste Jaime Robbie Robertson (mais interprétée par le batteur Levon Helm) sur la naissance de sa fille (à Robertson, pas Helm), All La Glory. On y trouve aussi, selon les morceaux, des thèmes tels que l'anxiété, la faiblesse, et une ambiance americana nettement moins palpable. Je ne vais pas dire que Stage Fright sonne moins Band que les précédents opus du Band, mais on n'en est pas loin. Ce qui ne gâche en rien l'écoute de ce disque vraiment remarquable, qui fut même considéré par certains, au final, comme leur meilleur album. C'est en tout cas un de mes préférés du Groupe, un album certes peu étendu, mais parfait, sublime, rempli de petites merveilles, comme l'ouverture Strawberry Wine, Daniel And The Sacred Harp ou ce The Rumor final. Alors on essaie d'oublier cette pochette hideuse qui ne donne vraiment pas envie, et on se rue sur ce disque qui compte parmi les meilleurs et les plus attachants d'un des meilleurs groupes de son époque, les mecs !!

FACE A

Strawberry Wine

Sleeping

Time To Kill

Just Another Whistle Stop

All La Glory

FACE B

The Shape I'm In

The W.S. Walcott Medecine Show

Daniel And The Sacred Harp

Stage Fright

The Rumor