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Le blog est à l'heure actuelle en pleine période Années 90 Revisited, il semblait donc logique et même fatal que, tôt ou tard, on se remette ici à parler de Nirvana. Plutôt de remettre une couche sur Nevermind, leur album best-seller de 1991, j'avais vraiment envie de reparler des albums de la fin de 'vie' du groupe (et de Kurt Cobain, et là, pas besoin de mettre des '' pour le mot vie), à savoir In Utero et le mythique live acoustique MTV Unplugged In New York. J'aurai sans aucun doute l'occasion, bientôt, de reparler ici de ce dernier album, mais en attendant, place à In Utero. C'est un disque important pour le groupe, et pourtant, à sa sortie, il ne sera pas un aussi beau succès commercial que Nevermind (qui fut leur précédent opus), et on semble l'avoir (sauf les fans de rock) quelque peu oublié depuis le temps (2013 est tout de même l'année des 20 ans de ce disque). Il faut dire que Nevermind fut un tel succès, un tel chambardement musical, que le groupe était attendu au coin du bois avec des machettes et des fléchettes au curare, en cas d'échec pour le successeur de l'album au bébé aquatique. De même que Nevermind (et plus encore, d'ailleurs), In Utero souffre de son époque, il est long (69 minutes, soit 9 de plus que Nevermind) à cause d'un titre bonus situé en final, après plusieurs minutes de silence, du dernier titre. Pour Nevermind, c'était Endless, Nameless, situé après une quinzaine de minutes de silence à la fin de Something In The Way. Là, c'est Gallons Of Rubbing Alcohol Flowing Through The Strip, situé à la fin de All Apologies, après pas moins de 20 minutes de silence. Ce qui fait, en tout et pour tout, un peu plus d'une demi-heure pour la dernière plage audio ! Au dos du boîtier et dans le livret, il était dit que ce morceau bonus était un titre rajouté pour les éditions externes aux USA, afin de contrebalancer la perte sèche occasionnée par une dévaluation du dollar... et mon cul, il sent le tien ? Ca semble en effet assez facile, comme explication, le groupe voulait juste mettre un titre de plus, épicétou (le clip plus bas offre tout l'album, ce morceau bonus en plus, mais sans le silence) !

nirvana

Nevermind (album qu'au demeurant je n'ai jamais trouvé si génial que ça, même s'il offre, il est vrai, des chansons mémorables) était produit par Butch Vig ; In Utero, lui, sera produit par Steve Albini. La différence est énorme : là où Nevermind possédait un son assez glacial, métallique, limite inhumain, très surproduit, In Utero sonne plus humain et crade, raw, brutal...bref, grunge. De là à ce que l'on dise qu'il est meilleur que l'album de 1991, il n'y à qu'un pas, et ce pas, je le franchis claude-allègrement, d'ailleurs. Sous sa pochette polémique montrant un ange écorché (au recto) et des bouts de foetus, poupées de bébés et autres os sur fond de fleurs (verso ; tout ce qu'on voit au verso est évidemment truqué, des foetus, os et organes en plastique...), l'album aligne des vraies merveilles, brutales (Scentless Apprentice, Serve The Servants), calmes (Dumb, All Apologies) ou alternant joyeusement entre les deux (Rape Me, Heart-Shaped Box, Pennyroyal Tea). On peut trouver certains titres de la dernière partie un peu anodins, je pense à Radio Friendly Unit Shifter, Very Ape, Milk It, mais dans l'ensemble, l'album détonne totalement. Kurt Cobain, à qui il reste moins d'un an à vivre au moment de la sortie de l'album, chante comme jamais, la production en rajoute sur le côté désespéré de sa voix (Frances Farmer Will Have Her Revenge On Seattle, Rape Me qui, sur certaines éditions, sera retitré Waif Me sur la pochette, en guise de censure), et sa guitare est destructrice (Tourette's, instrumental court et frappadingue). La section rythmique (Krist Novoselic - basse ; Dave Grohl - batterie) est encore meilleure que sur Nevermind...que sur l'ensemble du reste de la discographie studio du groupe, en fait. Mes morceaux préférés de Nirvana, Come As You AreSmells Like Teen Spirit et Lithium exceptés (qui sont sur l'album précédent), sont tous ici : Frances Farmer Will Have Her Revenge On Seattle, All Apologies, Serve The Servants, Heart-Shaped Box, DumbRape Me. Et le morceau que j'aime le moins de Nirvana n'est pas ici, en plus (il s'agit, vous allez trouver ça bizarre vu que je sais que c'est un des préférés des fans - mais je ne suis pas un fan de Nirvana - de Territorial Pissings), j'écoute donc ce disque sans problème, m'arrêtant cependant toujours à la fin de All Apologies (qui dure un peu moins de 4 minutes), n'écoutant jamais le morceau bonus, ayant toujours la flemme de sauter (ce qui n'est pas pratique sur certaines chaînes hi-fi comme la mienne) toutes ces putain de minutes de vide inutile. Ce n'est pas que Gallons... soit mauvais (non), mais, comme Endless, Nameless, je le trouve inférieur aux morceaux officiels de l'album. Ceci dit, contrairement à Nevermind, le morceau bonus est, sur la pochette, officiellement crédité (pour le CD, en tout cas ; le visuel plus bas est le verso de l'édition vinyle, qui ne contient pas ce bonus-track).

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Bref, voici un disque sale, putride, violent (quand Cobain passe du 'calme' à la nervosité dans Rape Me, notamment...frissons !), dépressif, jusquauboutiste, bref, grunge, que cet In Utero, titre inspiré par un poème de Courtney Love (Cobain dira que bien qu'il deviendra père au moment de la sortie de l'album, il n'y à pas de liens entre le titre de l'album, le verso de pochette, et sa paternité nouvelle, c'est une coïncidence). A la base, l'album devait s'appeler I Hate Myself And I Want To Die, titre que les deux autres zigotos du groupe trouveront quelque peu excessif (qu'ils attendent quelques mois, alors...), ils n'avaient pas envie de ramasser à la fourche et au camion-benne des légions de fans se tuant pour illustrer le titre de l'album. Puis, le titre fut Verse Chorus Verse, allusion ironique à la structure des chansons en règle générale, et titre qui, à la base, était celui de la chanson Sappy (chanson qui sortira officiellement sur un coffret commémoratif en 2004 ou 2006). Et, enfin, In Utero. A sa sortie, il sera moins commercialement cartonneur que Nevermind (difficile de faire mieux, en terme de ventes, que ce disque ayant littéralement traumatisé 1991/92), mais sera bien accueilli par la presse, dans l'ensemble, et les fans l'achèteront et en feront assez rapidement un objet de culte au même titre que Nevermind. Personne ne pouvait se douter que ça serait le dernier opus de Nirvana sorti du vivant de son leader torturé. Quelques mois plus tard, le groupe se produit, en acoustique, à New York, pour un concert de la série des MTV Unplugged (l'album sortira en posthume), livrant des versions ahurissantes de certains des morceaux de l'album, d'autres de Nevermind, plus des reprises à couper le souffle. En prenant In Utero et le live acoustique, on a les deux facettes de Nirvana, le grunge violent et la mélancolie acoustique, Cobain assurait dans les deux. Les deux meilleurs albums du groupe. Et en terme d'album studion In Utero est nettement, mais alors nettement supérieur, en tous points, à Nevermind. Ce n'est que mon avis, mais je suis totalement sincère. I Missed the comfort in being sad...

Serve The Servants

Scentless Apprentice

Heart-Shaped Box

Rape Me

Frances Farmer Will Have Her Revenge On Seattle

Dumb

Very Ape

Milk It

Pennyroyal Tea

Radio Friendly Unit Shifter

Tourette's

All Apologies

[Gallons Of Rubbing Alcohol Flow Through The Strip]