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Fin du petit cycle (qui, donc, n'aborde pas toute la carrière du chanteur, loin de là, mais uniquement ses premiers opus, de loin ses meilleurs pour moi) consacré à Sting. Les albums suivants ne seront, en effet, pas super convaincants pour moi (enfin, Mercury Falling, en 1996, l'est, j'aime beaucoup), comme Brand New Day, Sacred Love et ces deux albums étranges et baroques, sans parler de celui, abordé l'an dernier, avec Shaggy... On arrive ici à 1993. On l'a (re)vu récemment, Sting a, en 1991, sorti un disque assez intérieur, dédié à son père décédé en 1987 et qui, en filigrane, ne parle que de la mort de son père : The Soul Cages. Grand disque pas super accessible (il faut l'écouter plusieurs fois, mais All This Time et le morceau-titre sont cependant immédiatement accrocheurs), c'est une réussite totale qui impose, force le respect. On attendra pendant deux ans le successeur, qui sortira donc en 1993, sous une pochette jaunâtre montrant Sting, assis, pensif, menton dans la paume de la main, sur le rebord d'une fontaine, un cheval blanc en arrière-plan. L'album s'appelle Ten Summoner's Tales, ce qui est un jeu de mots entre son vrai nom (Gordon Sumner) et les Contes de Canterbury de Chaucer (un classique de la littérature médiévale), plus précisément un des pélerins du roman (le livre parle de pélerins en route vers Canterbury, ou Cantorbéry, et qui, sur le trajet, pour passer le temps, se racontent des histoires, souvent truculentes, des fabliaux), l'huissier ('summoner' en anglais). 

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Malgré son titre ("10 Contes de l'Huissier"), Ten Summoner's Tales n'offre pas 10, mais 12 chansons (mais la première est titrée Prologue et la dernière, Epilogue, donc on peut les mettre un peu à part, si on veut conserver le concept). Long de 52 minutes, ce quatrième album studio est une très bellle réussite qui offrira six singles pour Sting. Tous ne sont pas devenus des tubes, mais quatre le sont : It's Probably Me (ceci dit, pas dans cette version, plus calme ; la version qui sera un tube servira pour la bande-son de L'Arme Fatale 3, et bénéficie de la participation guitaristique d'Eric Clapton, qui brille, sur l'album, par son absence). Celle de l'album est tout aussi belle, moins connue, moins accrocheuse aussi, délicieusement jazzy. On a Fields Of Gold, magnifique, dont Paul McCartney dira à son sujet qu'il aurait adoré l'écrire ; on a Shape Of My Heart, sublime ; et on a la première chanson, Prologue (If I Ever Lose My Faith In You), dont la version single ne reprend pas la première partie du titre pour éviter sans doute des interrogations sur sa signification. Une chanson pop comme on aime, une totale réussite. Les deux chansons restantes sorties en singles sont Seven Days et Epilogue (Nothing 'Bout Me), même remarque concernant cette dernière, la version single est identique à l'album, sauf le titre qui est modifié, la première partie est volontairement omise. Deux bonnes chansons, mais moins cartonneuses, elles n'en ont pas l'envergure. 

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L'album offre aussi le très pop et remuant She's Too Good For Me (qui possède un petit côté swing), le remarquable Love Is Stronger Than Justice et Saint Augustine In Hell. Plus enlevé que le précédent, plus accessible aussi, et assez varié (selon les chansons, qui sont comme autant de petits contes, le titre de l'album est super bien trouvé d'ailleurs, on a des ambiances jazzy, bluesy, un peu recherchées ou tout simplement, de la pop), Ten Summoner's Tales n'est, cependant, pas aussi grandiose que les deux précédents opus, mais il est du niveau (déjà excellentissime) du premier album, et est meilleur que les suivants. J'ai un peu l'impression d'être vraiment méchamment dégueulasse en disant ça, que cet album n'est pas aussi grandiose que les deux précédents, parce que, franchement, dans l'ensemble, un album comme Ten Summoner's Tales, j'en veux bien tous les jours avec mon café au petit-déjeuner, tellement c'est réussi. C'est un fait, à l'époque, et jusqu'à l'album suivant inclus (Mercury Falling, moins réussi, mais tout de même très très bon), Sting aurait été incapable de faire de la merde même si sa vie aurait été en danger et sa famille menacée de mort. Par la suite, après Mercury Falling, je ne dis pas (Brand New Day, avec cette épouvantable chanson qu'est Desert Rose), même si ce n'est pas forcément nul (Songs From The Labyrinth n'est pas nul, du tout, mais ce disque baroque/médiéval est vraiment trop chelou pour plaire au grand public, Sting s'est un peu pauméé, là). Jusqu'à 1993 au moins, c'est du total sans-fautes. 

Prologue (If I Ever Lose My Faith In You)

Love Is Stronger Than Justice

Fields Of Gold

Heavy Clouds No Rain

She's Too Good For Me

Seven Days

Saint Augustine In Hell

It's Probably Me

Everybody Laughed But You

Shape Of My Heart

Something The Boy Said

Epilogue (Nothing 'Bout Me)