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Tiens, ça faisait un bail qu'on n'avait pas parlé de David Bowie ici, non ? Et avec cet album, sincèrement, on a de quoi faire. Il existe plein d'albums live mythiques : Made In Japan de Deep Purple, Live/Dead du Grateful Dead, Live At Leeds des Who, Wings Over America des Wings, Live After Death d'Iron Maiden, Live At The Star-Club de Jerry Lee Lewis, Get Yer Ya-Ya's Out ! des Rolling Stones... Ce live fait assurément partie de la même joyeuse troupe. Il est sorti tardivement en album par rapport à sa captation, et encore plus tardivement dans une version définitive et convaincante, mais l'essentiel est qu'il soit sorti. Aussi bien en album qu'en DVD, car il faut savoir que ce live est à la base, aussi un film musical. Tout comme l'album des Wings que j'ai cité, et celui de Maiden aussi, je crois bien. Ce live, datant de 1973 pour le concert, de 1983 pour la première édition en album, et de 2003 pour la définitive (CD et DVD, avec un nouveau mix pour l'album) que j'aborde ici, c'est bien évidemment Ziggy Stardust & The Spiders From Mars - The Motion Picture Soundtrack. Je ne sais plus trop pour quelle raison les fans durent attendre 10 ans pour l'album (officiel), mais c'est le cas. En tout cas, celles et ceux qui étaient, ce soir-là (le 3 juillet 1973), à l'Hammersmith Odeon de Londres, pour la dernière date de la tournée de Bowie, s'en souviennent encore 40 ans plus tard, pour ceux qui, évidemment, sont toujours en vie (et pourquoi seraient-ils morts, d'ailleurs ? A moins d'avoir déjà 40 ans et plus quand ils ont assisté au concert...). Filmé par D.A. Pennebaker (Don't Look Back, sur Dylan, 1967), le film jure par ses images vieillies, aux teintes criardes, et a pris un coup dans l'aile. Le live, lui, reste ce qu'il est : une buterie.

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Bowie achevait, ici, sa tournée promotionnelle d'Aladdin Sane, dont quatre titres (la reprise des Stones Let's Spend The Night Together en fait partie) sont présents ici. Il a 26 ans, les cheveux rouges, et ne va pas tarder à entrer en studio (et ça sera en France, au mythique Château d'Hérouville) pour enregistrer Pin Ups, son album de reprises qui mettra un point final à sa période glam. Mais en fait, c'est cet ultime concert de la tournée qui mettra un point final à sa période glam, et ça, seules quelques personnes (en plus de Bowie, évidemment) le savaient au moment de monter sur scène : sa femme Angela, Mick Ronson (guitare), Tony Visconti (ami producteur, auteur aussi du nouveau mix 2003, mais n'ayant pas produit le live original), sans doute aussi le patron de MainMan (maison de production hébergeant Bowie, conçue spécialement pour lui), Leee Black Childers, quoique pour ce dernier, ça ne soit pas certain qu'il savait. Savait quoi, au fait ? Hé bien...ça : Everybody...This has been one of the greatest tours of our life...First I'd like to thank the band...I'd like to thank our road crew...And I'd like to thank our lightning people...Of all the show of this tour, this particular show will remain with us the longest, because...not only is it...not only is it the last show of the tour, but it's the last show that we'll ever do. Thank you. Voilà. Ce que vous venez de lire dans la langue de Shakespeare est ce que l'on entend juste avant le dernier morceau, Rock'n'Roll Suicide (lequel morceau, déjà anthologique dans sa version studio, est ici totalement transcendé, Bowie le chante avec une force...). En gros, Bowie explique aux spectateurs que ce concert, en plus d'être le dernier show de la tournée (ce qu'ils savaient déjà : en annonçant My Death, Bowie dit que, compte tenu que c'est le dernier concert de la tournée, il voulait interpréter ce morceau, une reprise en anglais de La Mort de Brel, pour marquer le coup), est aussi le dernier, tout court. Stupeur affligée chez les spectateurs, et même chez deux des musiciens, Trevor Bolder (basse) et Mick 'Woody' Woodmansey (batterie), qui ignoraient que Bowie allait faire une telle déclaration (Ronson, lui, savait, et le pianiste Mike Garson devait aussi s'en douter un peu). Le lendemain, les journaux titraient "Bowie Quits", etc...

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Pochette originale 1983

En fait, Bowie n'avait pas spécialement l'intention de mettre un terme à sa carrière ou à des concerts. Ou alors, il s'est rapidement repris, car, en 1974, pour promouvoir Diamond Dogs, il lancera une tournée internationale (mais surtout américaine), immortalisée par ce qui sera alors son premier live officiel commercialisé (David Live, très critiqué). Mais, en tout cas, c'est clair : les Spiders From Mars, son groupe glam, c'est fini. D'ailleurs, le batteur, Woodmansey, ne participera plus jamais à rien avec Bowie. Ce dernier, quand il convoquera des musiciens pour enregistrer Pin Ups peu après dans le même mois de juillet 1973, ne le prendra pas, il choisira Ainsley Dunbar (qui participera à Diamond Dogs aussi). Ronson sera de la partie sur Pin Ups (et ensuite, plus rien jusqu'à Black Tie White Noise en 1993, peu de temps avant la mort, par cancer, de Ronson), Garson le sera aussi, ainsi que sur Diamond Dogs et Young Americans (puis, plus rien jusqu'à The Buddha Of Suburbia, en 1993). Quant à Trevor Bolder, il quitte le groupe peu après le concert, écoeuré, et n'acceptera de revenir que pour enregistrer ses parties de basse pour Pin Ups, Bowie ayant essuyé des refus de la part d'autres bassistes tels Jack Bruce, et n'ayant d'autre choix que de le reprendre. Ambiance. Mais retour au concert de l'Hammersmith Odeon, on est là pour ça. Le concert est de ceux qui ne s'oublient pas. Seul petit reproche : il est sauvagement court, chacun des deux CD dure en gros 41 minutes... Le tout, pour 20 titres, dont 17 chansons (on a aussi deux Intro instrumentales utilisant des bribes de la bande-son d'Orange Mécanique, une intro par CD, et le fameux Farewell Speech). Mais on se console en se disant que rien n'y est à foutre en l'air. Le show démarre du feu de dieu par Hang On To Yourself et Ziggy Stardust. Je ne suis pas fanatique du premier morceau dans sa version studio (quoique, avant, je l'aimais encore moins que maintenant), mais en live, ça déchire son slip avec le dentier de papy. Punk avant l'heure, limite ! Watch That Man, premier extrait d'Aladdin Sane (un album reprenant la formule gagnante de The Rise And Fall Of Ziggy Stardust And The Spiders From Mars en l'abrutissant de gros son glam ricain - l'album a été enregistré essentiellement là-bas -, production saturée et sans subtilité dans sa majeure partie, mais album très efficace et sympa quand même), assure aussi pas mal, puis on a droit à un petit melting-pot en trois titres : Wild-Eyed Boy From Freecloud, issu de Space Oddity (1969), All The Young Dudes (Oh, I need TV when I got T-Rex...) que Bowie composa pour Mott The Hoople sur leur album du même nom (qu'il a produit) en 1972, et Oh ! You Pretty Things, trois chansons souvent dans des versions courtes (1,40 minute pour chacune des deux dernières, autrefois réunies sur une seule plage audio), et sublimes. Après, arrive la grosse viande du premier disque : Moonage Daydream. Autant le dire, c'est une version totalement dantesque, étendue (6,30 minutes) et encore plus aboutie que la pourtant grandiose version studio. Bowie y chante avec toute ses tripes, le solo de guitare de Ronson est à tomber du haut de l'échelle vers le Paradis... Changes, qui suit, remet du calme relatif dans tout ça, suivi par un Space Oddity remarquable et, en guise de final du premier disque, My Death, adaptation anglophone, donc, de Jacques Brel, une des idoles de Bowie. Un Bowie qui n'hésite pas à demander à son public bien excité de se calmer, be quiet...thank you, avant de commencer à chanter, c'est que Brel, ça se respecte et se mérite, ah mais. On en pleurerait presque tellement c'est fort. Logiquement, après ce morceau assez long (7 minutes en comptant la présentation par Bowie), il y à un temps à prendre, on ne peut enquiller direct sur la suite ; le CD 1 se termine là.

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Après une autre Intro d'une minute reprenant un des thèmes d'Orange Mécanique (William Tell Overture, en accéléré), on repart avec Cracked Actor, aux paroles bien salaces (Suck baby suck, give me your head) , issu d'Aladdin Sane, et refoutant bien la patate malgré son évident manque de subtilité. Time, aussi issu du même album, avec son ambiance cabaret de Weimar, est une belle montée en puissance (We should be on by now), glam et décadente tout en étant très précieuse. Le choc arrive ensuite, Bowie déterre The Width Of A Circle, morceau de 1970 (album The Man Who Sold The World) et le morceau, déjà long dans sa version studio, atteint ici quasiment le double en durée, soit 15, 45 minutes de folie pure, entre ambiance heavy et glam. Turn around, go back ! Après ça, difficile de passer à autre chose, et Let's Spend The Night Together, reprise des Cailloux et chanson aussi issue d'Aladdin Sane, fait très simpliste. Le passage rajouté par Bowie (...Do it, let's make love) est inutile et ridicule, et cette reprise est pour moi le morceau le moins bon et du live, et de l'album studio dont il est issu à la base, voilà c'est dit, et sans honte. Suffragette City remet les pendules à l'heure, puis une autre reprise, White Light/White Heat (du Velvet Underground), dévastatrice. Arrive enfin le moment de la Grande Révélation, le Farewell Speech cité plus haut dans le texte. Cris, lamentations du public, Bowie tue Ziggy. Puis... Time takes a cigarette, puts it in your mouth... La voix de Bowie semble quelque peu frémissante, tremblante, ou bien est-ce moi ? On sent, en tout cas, quelque chose se passer, durant les 5 minutes du dernier morceau, on sent vraiment un truc, impossible de ne pas frissonner, les yeux me piquent même, des fois, plus encore que dans la pourtant anthologique version studio... Et ce final, You're not alone ! Give me your hands, 'cause you're wonderful, oh give me your hands... KAPOW, c'est fini. Rock'n'Roll Suicide. Pas de rappel supplémentaire, il n'en est nul besoin, tout le monde est mort dans la salle, mort avec Ziggy, parti en poussière d'étoile au-dessus du public ému de l'Hammersmith Odeon. 41 ans après, ça garde tout son impact. Le 3 juillet 1973, Bowie a probablement donné le concert de sa vie, en tout cas, un de ses plus grands concerts (ça, au moins, c'est clair). Vous avez dit mythique ?

CD 1

Intro

Hang On To Yourself

Ziggy Stardust

Watch That Man

Wild-Eyed Boy From Freecloud

All The Young Dudes

Oh ! You Pretty Things

Moonage Daydream

Changes

Space Oddity

My Death

CD 2

Intro

Cracked Actor

Time

The Width Of A Circle

Let's Spend The Night Together

Suffragette City

White Light/White Heat

Farewell Speech

Rock'n'Roll Suicide