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On continue notre périple stingien. En 1987, l'ex-Police sort ...Nothing Like The Sun, chef d'oeuvre de pop adulte, rempli de classiques, un album intemporel, abordant parfois des sujets sérieux (la dictature en Amérique du Sud, la fragilité humaine), un des meilleurs albums de son époque. La tournée est triomphale. Sting commence aussi, à l'époque, à apparaître dans les médias pour autre chose que sa musique (ou ses rôles, de temps en temps, au cinéma), il milite contre la déforestation en Amazonie, en faveur d'Amnesty International aussi... A la même époque, son père décède. Désormais orphelin (il avait dédié ...Nothing Like The Sun à sa mère et à ceux qui l'ont connue, j'en conclus qu'elle était alors déjà décédée), il subit le contrecoup, un blocage, il ne peut plus rien écrire ou composer. Il ne parviendra à vaincre ce blocage qu'en 1990. Entre avril et septembre, il entre en studio (Studios Guillaume Tell à Paris, mais aussi en Italie, à la Villa Salviati, à Migliarino) afin d'y enregistrer les neuf titres de son futur nouvel album studio, son troisième : The Soul Cages. Long de 48 minutes, cet album a été enregistré avec le guitariste Dominic Miller, c'est la première fois que Sting collabore avec lui, et loin d'être la dernière. On y trouve aussi David Sancious et Kenny Kirkland aux claviers, Manu Katché à la batterie, Branford Marsalis au saxophone, Ray Cooper (notamment) aux percussions), Paola Paparelle au hautbois, Kathryn Tickell à la cornemuse... Sting, quant à lui, tient la basse, la mandoline et des synthétiseurs en plus du chant. L'album est produit par Hugh Padgham et sortira en janvier 1991 sous une pochette représentant un dessin de l'Arche de Noé, et était à la base commercialisé dans un boîtier cartonné dépliant. Les rééditions seront bien plus classiques.

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Verso de pochette CD ; on ne le voit pas, mais sur la gauche se trouve le tracklisting, en beige très clair sur fond blanc

 The Soul Cages, qui récoltera un Grammy Award de la meilleure chanson rock en 1992 (pour le morceau-titre de l'album), est un disque que Sting dédie entièrement à son père. L'album marchera très bien, grâce à quatre singles, dont une des plus connues chansons de Sting : All This Time. Une chanson pop, à la fois entraînante et recherchée, relativement éloignée de l'atmosphère générale de ce troisième opus studio. L'album est en effet assez sombre, triste dans l'ensemble, Sting a construit ici, via les neuf morceaux (tous sont remarquables ; à noter que le court Saint Agnes And The Burning Train est instrumental), un concept-album centré sur la mort de son père, sur son deuil, sur des souvenirs relatifs à son père. Entre des allusions récurrentes à l'eau, à la mer (son père aurait aimé naviguer), comme sur Island Of Souls ou The Wild Wild Sea, ou d'autres à Newcastle, ville où Sting a grandi (mais pas là où il est né en revanche), l'album est assez introspectif et autobiographique par moments. When The Angels Fall parle de religion, du catholicisme, de spiritualité, des croyances de son père, des siennes à lui aussi. Mad About You est centrée sur un épisode de la Bible (le seul morceau, quasiment, sur l'album, qui est éloigné du concept), All This Time raconte l'envie du personnage central de plusieurs des chansons, Billy (il apparaît sur les trois premiers morceaux, notamment), de faire un enterrement maritime à son regretté père récemment décédé, Why Should I Cry For You possède un titre sans équivoque...

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On le voit, ce disque est intérieur, pas joyeux (malgré le faussement pop All This Time) pour un sou, est du genre à écouter plusieurs fois, calmement et attentivement, ce n'est pas une collection de chansons gaies et insouciantes que l'on mettra en fond sonore. C'est un disque remarquablement bien charpenté, produit à la perfection, très original aussi bien dans ses mélodies (on y entend de la cornemuse, du hautbois, les arrangements sont parfois peu conventionnels) que dans ses textes, heureusement insérés dans le livret et/ou sur la pochette (pour le vinyle, sur le verso). C'est probablement le sommet de Sting avec son précédent opus, en tout cas à la fois un hommage magnifique à son père et une progression admirable après un ...Nothing Like The Sun sublime. Le moins que l'on puisse dire, c'est qu'avec The Soul Cages, Sting prouve définitivement qu'il est un artiste sur qui il faut compter. Dire, aussi, qu'à l'époque on attendra avec impatience l'album suivant de Sting est évident. Surtout que non seulement l'album est totalement adulte et maîtrisé, mais il offre aussi des singles à succès malgré tout, All This Time, The Soul Cages, Why Sould I Cry For You, Mad About You, c'est, dans le genre, une pure perfection...mais c'est le cas des neuf morceaux ici, de toute façon. 

FACE A

Island Of Souls

All This Time

Mad About You

Jeremiah Blues (Part 1)

Why Should I Cry For You

FACE B

Saint Agnes And The Burning Train

The Wild Wild Sea

The Soul Cages

When The Angels Fall