DB1

Je suis fan absolu de David Bowie, je ne place personnellement aucun autre artiste devant lui dans mon estime, même les Beatles et les Pink Floyd, que j'adore, seraient classés en-dessous de lui. Sa mort en janvier 2016, au moment de la sortie de Blackstar, fut un vrai traumatisme pour ses fans qui ne s'en sont probablement pas encore remis, en tout cas, je ne m'en suis toujours pas remis, difficile de me dire qu'il n'y aura plus aucun album studio de Bowie (sauf album posthume hypothétique un jour, qui sait ?), qu'il ne fera plus de films, et bien entendu, plus de concerts, même si c'était déjà le cas depuis 2004. Il y à des albums que je n'aime pas trop, chez Bowie, voire que je n'aime pas du tout. Pas fan de 'hours...' (1999), de Space Oddity (1969), de Diamond Dogs (1974), de ses débuts de 1966/1967 aussi. Pas super fan de Let's Dance dont j'ai reparlé récemment. Et je déteste viscéralement Tonight (1984) et Never Let Me Down (1987), comme tout fan de Bowie normalement constitué, après tout, lui-même détestait ces deux albums. Après, j'aime beaucoup Black Tie White Noise. J'adore la période Tin Machine (1989/1992). Je trouve que Blackstar est un de ses sommets, et le fait qu'il soit son album de testament y est pour quelque chose, mais pas en majeure partie. Je suis fan, depuis toujours, de Station To Station, Low, "Heroes", Earthling, Scary Monsters (& Super Creeps) et Young Americans. Et j'ai appris, mais alors bien appris, à aimer cet album sorti en 1995, 1.Outside, malgré ses défauts, car il y en à. 

DB4

Défaut principal : sa durée (c'est le plus long album studio de Bowie, de loin), il contient 19 titres pour une bagatelle de 74 minutes, presque 75. En vinyle, il serait double, mais j'ai bien dit serait, car s'il existe en vinyle, c'est dans une version abrégée, proposant environ 10 ou 11 titres. Je ne pense pas que la version complète de l'album ait à ce jour été éditée officiellement en vinyle, ça le sera probablement un jour, et ce jour-là, je l'achèterai, mais comme la version abridged a été rééditée il y à quelques années, au moment du début de la renaissance du vinyle, je pense que si l'album avait dû être enfin édité en entier sous ce format, ça aurait déjà été fait. Mais passons, c'est un détail. Autre défaut : son hermétisme. L'album est un concept-album qui raconte une histoire policière (une histoire de meurtres sordides, d'enlèvement d'enfant, de faux-semblants) et aurait dû être le premier volet d'une série (Bowie a bossé sur un second volet, mais il abandonnera rapidement le projet), ce qui explique le chiffre dans le titre. Cette histoire, avec ses différents personnages (Bowie y joue entre autres le détective Nathan Adler, mais aussi un vieillard du nom de Algeria Touchshriek, un loubard du nom de Leon, une femme étrange qui s'appelle Ramona A. Stone, et un tueur, le Minotaure), est d'autant plus difficile à suivre que les paroles manquent à l'appel dans le très étrange (et aux illustrations souvent glauques) livret CD. Une aberration, que de ne pas proposer les paroles pour un album conceptuel de la sorte ! Enfin, sauf quelques chansons, dont les paroles sont cependant très difficiles à déchiffrer dans le livret.

DB3

Et puis, musicalement, ce disque est du pur rock industriel à la Nine Inch Nails, le groupe de Trent Reznor qui, un an plus tôt, avait sorti le démentiel et traumatisant The Downward Spiral. NIN fera d'ailleurs la première partie des concerts américains de Bowie en 1995/1996 et on aura d'ailleurs une partie collective durant ces concerts. Si vous n'aimez pas le rock industriel, 1.Outside sera pour vous une écoute difficile. Elle l'a été pour moi pendant longtemps, car le rock industriel n'est pas mon genre préféré, j'ai mis du temps à l'apprécier, et le déclic, concernant cet album, fut long à intervenir. C'est désormais le cas, même si je continue de trouver le disque trop long et que je trouve ses différentes parties supérieures à son intégralité (traduction : des chansons géniales, mais l'ensemble est quand même pesant). On a tous ces (Segue), ces morceaux narratifs souvent très courts qui servent à avancer dans l'intrigue ou à passer à un autre aspect de l'intrigue, mais comme je l'ai dit, cette intrigue est complexe, tarabiscotée, un auditeur non-anglophone ou tout simplement ne comprenant pas l'anglais n'en aura strictement rien à foutre. Même un anglophone, je pense, s'en contrecarrera la sentinelle dans le pot d'échappement de son voisin. 1.Outside est encore plus difficile à suivre que The Lamb Lies Down On Broadway de Genesis (qui, pourtant, dans le genre histoire tarabiscotée, va loin, et même avec les paroles et un long texte explicatif en prime).

DB2

Donc, je vais être clair : je sais qu'il y à une histoire dans l'album, mais on s'en fout, OK ? On va parler du contenu musical. Ce disque marqua les retrouvailles entre Bowie et Brian Eno, ça faisait depuis 1979 et Lodger, le dernier volet de la trilogie berlinoise, que les deux hommes n'avaient pas bossé ensemble. Sauf erreur de ma part, ce disque marque aussi d'autres retrouvailles, celles avec le pianiste Mike Garson, qui avait joué avec Bowie entre 1973 et 1974. Les musiciens de Bowie, sinon, ici, sont notamment le guitariste Reeves Gabrels (présent depuis Tin Machine), le bassiste et claviériste Erdal Kizilcay, les batteurs Sterling Campbell et Joey Barron, le bassiste Yossi Fine, le guitariste Carlos Alomar (sauf erreur de ma part, il ne collaborera plus avec Bowie par la suite). Eno, en plus de la production (qui lu ia permis de ressortir ses Stratégies Obliques), joue des synthétiseurs. L'album a été enregistré à Montreux (Suisse), aux studios Mountain. La production est absolument tétanisante (Eno oblige) et 23 ans après, a très bien vieilli, bien mieux que la production synth/dance 90's de Black Tie White Noise ou que la production un peu dream/trip-hop de 'hours...'. L'album s'ouvre sur un court instrumental qui cède la place à un de mes morceaux préférés, Outside, morceau très peu connu mais vraiment remarquable. Notons d'ailleurs que le début d'album est tétanisant : The Hearts Filthy Lesson, digne du meilleur de NIN (et au clip glauquissime à la Closer), doté d'un riff de guitare sanguinaire, putride et entêtant, est un grand morceau ; A Small Plot Of Land, avec le piano free de Garson, la guitare écorchée, à la Fripp, de Reeves Gabrels, et le chant habité, façon muezzin, de Bowie, est un grand moment déconstruit, jazzy et expérimental, qui vous hantera jour et nuit ; Hallo Spaceboy (situé après un premier intermède) est un tube que Bowie ne cessera jamais de jouer live, un grand moment métallique ; The Motel (que Bowie jouera encore en live en 2003/2004) est une pure merveille amère, faussement douce (un piano cristallin) ; I Have Not Been To Oxford Town, plus 'pop' (si on peut dire) que la majeure partie des morceaux, est un autre morceau peu connu (ceux qui ont vu le film Starship Troopers reconnaîtront la chanson, qui y apparait, reprise par la fille du compositeur du film - Zoé Poledouris -, dans une scène de bal au début, un carnage musical soit dit en passant) et excellent.

DB5 

No Control, très sombre, est légèrement en-dessous pour moi, mais après un second (Segue) atmosphérique, Bowie nous revient en forme avec un morceau qui, si je ne m'abuse, est centré, pour le concept de l'album (oui, je sais, j'avais dit qu'on ne s'y attarderait pas, mais que voulez-vous...), sur le personnage du tueur artistique (un tueur qui veut faire de ses meurtres et de ses victimes des oeuvres d'art) : The Voyeur Of Utter Destruction (As Beauty). Morceau génial et sombre, violent. Encore un (Segue), plus long celui-là et couplé avec une chanson un peu moyenne et répétitive :  (Segue) - Ramona A. Stone/I Am With Name. Puis deux morceaux monumentaux, Wishful Beginnings et We Prick You. Le premier est un monument de terreur glaçante, un morceau flippant, glauque, la bande-son parfaite pour torturer quelqu'un dans une cave humide avec un fer à souder, du gros sel et des tenailles rouillées (ne me demandez pas, j'ai pas testé). L'ambiance est poisseuse, pesante, ce morceau parlerait du tueur que ça ne serait pas étonnant. We Prick You est un des titres les plus connus de l'album, et un des plus rock, un des plus rythmés. La petite voix narquoise (You show respect, even if you disagree, you show respect) que l'on entend tout du long est un peu énervante, mais rien de grave. Le morceau est juste super efficace malgré cela. Encore un intermède, puis on a le plutôt bon I'm Deranged (utilisé l'année suivante, il me semble, pour le Lost Highway de Lynch), morceau que je n'ai cependant, au contraire de pas mal de fans, considéré comme un des sommets de 1.Outside. Thru' These Architects' Eyes est un morceau un peu bof, un des rares titres de l'album que je n'aime pas trop et je n'arrive d'ailleurs quasiment jamais à me souvenir de sa mélodie. Encore un (Segue), très court, et ça sera le dernier. Et l'album se termine sur une pure splendeur, Strangers When We Meet, chanson que Bowie avait déjà proposée, dans une version différente, sur son album The Buddha Of Suburbia en 1993 (qui était l'album de la bande-son d'une mini-série britannique adaptée d'un best-seller de l'époque). La version 1993 était très belle, un peu dansante mais pas trop. Celle-ci est contemplative, plus lente, plus belle aussi, et elle achève bien l'album, même si certains pourront dire que son ambiance positive et mélancolique ne correspond pas forcément super bien à l'atmosphère de totale décrépitude glauque et dépressive (et violente) de l'ensemble de l'album. Elle n'en est pas moins une sublime chanson qui achève bien un disque très long, légèrement inégal, assez prétentieux (le concept narratif, rempli d'intermèdes, passe moyennement bien, tellement il est abscons et complexe), mais rempli de chansons mémorables. Bref, pas l'album idéal pour découvrir Bowie, ni pour découvrir la période la plus récente (années 90 à 2016) de Bowie, mais tôt ou tard, il vous faudra passer par ce 1.Outside certes difficile d'accès (il se mérite), mais ô combien attachant. 

Leon Takes Us Outside

Outside

The Hearts Filthy Lesson

A Small Plot Of Land

(Segue) - Baby Grace (A Horrid Cassette)

Hallo Spaceboy

The Motel

I Have Not Been To Oxford Town

No Control

(Segue) - Algeria Touchschriek

The Voyeur Of Utter Destruction (As Beauty)

(Segue) - Ramona A. Stone/I Am With Name

Wishful Beginnings

We Prick You

(Segue) - Nathan Adler

I'm Deranged

Thru' These Architect's Eyes

(Segue) - Nathan Adler

Strangers When We Meet