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Je le redis encore une fois, mais, oui, définitivement, les années 80 furent difficiles pour pas mal de monde, et pour Bowie, notamment (exception fait de son premier album de la décennie, Scary Monsters (& Super Creeps), qui est génial). Si Let's Dance, en 1983, est écoutable, bien que trop fortement commercial et stérile, Tonight (1984) est à fuir à grandes enjambées. On se demande si Bowie peut faire pire que Tonight. Certains affirmeront oui, en citant le disque que je vais maintenant réaborder. Moi, je dirais non, Tonight est définitivement le pire. Certes, Never Let Me Down, l'album suivant, ce disque donc (1987), est mauvais, et comment, mais il ne l'est pas autant que Tonight. Pourtant, il est un cas unique dans la discographie bowienne en cela qu'il contient une chanson si mauvaise que, lors des rééditions CD, elle ne fut pas incluse avec les autres. La chanson est Too Dizzy, que l'on trouve donc sur les éditions vinyle et cassette et, sans doute, la toute première édition CD de l'album. L'album offrait donc 11 titres à la base, mais, maintenant, il n'y en à que 10 (pour 47 minutes environ) et on ne va pas s'en plaindre, Too Dizzy étant, effectivement, trop mauvaise pour être écoutable. Vous dire son niveau ! En 1986/87, au moment de la confection de l'album, Bowie va mal, Tonight s'est pris une flambée, le film de Jim Henson (Labyrinth) dans lequel il a joué et pour lequel il a écrit et interprété des chansons a pris un bide aussi (et est pour le moins médiocre)... Comme qui dirait refroidi, Bowie semble avoir fait peu de cas de cet album pour lequel collaborent Carlos Alomar (guitare, claviers, choeurs), Erdal Kizilcay (claviers, basse, batterie, trompette, choeurs), Peter Frampton (guitare principale), Philippe Saisse (claviers, piano), Carmine Rojas (basse), Stan Harrison (saxophone), Steve Elson (idem), Lenny Pickett (idem) et, sur une chanson, pour un petit rap infâme, Mickey Rourke (oui, vous avez bien lu). L'album est produit par Bowie et David Richards, et enregistré à Montreux, en Suisse, là même où en 1979, Bowie fera Lodger. Et où des groupes tels que Queen, Deep Purple ou AC/DC, pas des merdes donc, ont accouché d'albums. Qui, eux (les albums), étaient parfois des daubes : Fly On The Wall, Hot Space...

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Never Let Me Down (titre signifiant ne jamais me laisser tomber) sera suivi d'une tournée mondiale qui sera un assez beau succès, même si, artistiquement, elle sera assez coriacement critiquée, Bowie y livrant des prestations très théâtralisées (en même temps, ce fut le but de la tournée, revenir à des bases théâtrales comme ce fut le cas en 1974 pour la tournée Diamond Dogs, elle aussi critiquée), avec des décors assez moyens (aah, l'araignée métallique et de verre dans laquelle Bowie apparaissait en début de show...) et des versions revampées de chansons qui, parfois, ne méritaient pas tant de haine (Time, The Jean Genie, Sons Of The Silent Age, "Heroes" à la sauce 1987, parfois, c'est daubesque). La tournée porte le nom d'un des morceaux de l'album : Glass Spider. J'ai récemment abordé un double live enregistré en 1987 pendant la tournée, publiée plus ou moins officiellement 20 ans plus tard (Glass Spider Live). Revenons à l'album studio, maintenant (dont quatre titres sont sur le double live). Pour Bowie, c'est son nadir musical. Lors de ma précédente chronique, qui était par ailleurs bien nulle (sans doute la plus courte du blog à l'époque, plus courte que ce que vous venez de lire pour le moment de cette chronique actuelle, pour vous dire ; mais je n'avais vraiment pas envie de m'appesantir dessus à l'époque), j'en parlais comme d'un disque pire que Tonight. La réalité est toute autre. Never Let Me Down est meilleur, bien meilleur, que le précédent album de Bowie, mais il n'en demeure pas moins mauvais. Il sera un semi-bide commercial, la tournée Glass Spider ayant plus ou moins aidé aux ventes. Mais on suppliera intérieurement Bowie de ne jamais, jamais au grand jamais (jamais, tu m'entends ? Jamais !) récidiver. Deux ans plus tard, Bowie sort le premier disque (éponyme) de son groupe de rock minimaliste Tin Machine (avec les frangins Hunt et Tony Sales, et Reeves Gabrels), un changement de style radical, et son premier vrai groupe (pas un groupe d'accompagnement autour de Bowie, non : Bowie dans un groupe, tout simplement). Histoire de faire oublier le marasme de la période 1984/88. Puis, progressivement, il remontera la pente. Je ne sais pas si, depuis 1993 (année de son retour en solo, Tin Machine arrêté), il a souvent joué des morceaux de Never Let Me Down en live... Peu s'y prêteraient.

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Sur l'album, je dois avouer adorer (et vraiment !) quatre morceaux : la reprise du Bang Bang d'Iggy Pop ; la chanson-titre ; Time Will Crawl (inspirée par la catastrophe de Tchernobyl) ; et Beat Of Your Drum. Pourtant, rien de glorieux ici, Beat Of Your Drum étant même férocement pop FM, et je n'en voudrai absolument pas à la personne qui me dira que c'est de la grosse soupe commerciale sans âme et sans intérêt. Oui, mais voilà, j'aime bien, et je ne me l'explique pas. Les autres chansons citées sont du même acabit. Le reste de l'album est aussi du même acabit, mais là, en revanche, soit je n'aime pas trop (Zeroes, '87 And Cry), soit je conchie littéralement ce que j'y entend (Shining Star (Makin' My Love), New York's In Love avec la participation de Mickey Rourke, Day-In, Day-Out, Glass Spider, Too Dizzy). Bowie semble avoir fait peu de cas de l'enregistrement de l'album, ça s'est passé sans heurts, mais il ne s'est pas super impliqué dedans. Comme s'il sentait que ça ne volerait pas haut. Ou comme s'il avait été échaudé par l'insuccès de son précédent opus et du film dans lequel il s'était impliqué, Labyrinth. La production est épouvantable, bien dans son époque (la fin des années 80, vers 86/88, est redoutable pour ça), Frampton en fait des mégatonnes (et semble être le seul à s'être vraiment, sincèrement éclaté durant l'enregistrement de l'album et le Glass Spider Tour)... Niveaux textes, c'est parfois assez mauvais (Bowie a signé les chansons seul comme un grand dans la majeure partie des cas, sauf un titre en collaboration avec Alomar). Bref, dans l'ensemble, Never Let Me Down signe la fin de quelque chose, pour Bowie. Il a raison, quand il estime avoir atteint son point le plus bas avec ce disque, quelle dégringolade, cette période 1984/1987, franchement... D'ailleurs, une des chansons de l'album s'appelle Zeroes, une autre s'appelle '87 And Cry ('87 et pleurer'), comment ne pas s'étonner du médiocre, très médiocre niveau général de l'album ? Lequel est, pourtant, je le redis, mille fois meilleur que Tonight, ce qui n'était pas difficile à faire, en même temps. Mais ça ne veut quand même pas dire que l'album est correct, certainement pas ! A fuir, à moins d'être un Bowie-fan ultra qui désire tout posséder de lui (en même temps, si vous avez été suffisamment cons - comme moi... - pour acheter Tonight, vous le serez suffisamment pour acheter Never Let Me Down). C'est la seule raison valable pour acquérir ce disque, qui n'est généralement pas vendu cher, comme si les distributeurs savaient bien que personne le l'achèterait à prix d'or... Car acheter ce disque à 15 €... On a le droit d'être con, mais pas aussi con, quand même pas.

FACE A

Day-In, Day-Out

Time Will Crawl

Beat Of Your Drum

Never Let Me Down

Zeroes

FACE B

Glass Spider

Shining Star (Makin' My Love)

New York's In Love

'87 And Cry

Too Dizzy

Bang Bang