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On va, dès aujourd'hui, et pendant quelques jours (mais pas tous les jours, le cycle sera un peu plus étendu), parler d'un groupe que j'adore, dont j'avais déjà parlé ici autrefois (sauf d'un de leurs albums qui sera abordé ici pour la première fois), un groupe mythique des années 70 et 80, riche de plusieurs gros tubes, mais qui, tout comme Toto dont on a reparlé à plusieurs reprises ces dernières semaines, ne fait pas, loin s'en faut, l'unanimité. En fait, Foreigner, c'est son nom, groupe anglo-américain, est même très mal considéré par la presse. Ce groupe a été formé en 1976 par trois citoyens britanniques et trois citoyens américains, c'est ce qui a donné son nom ("étranger" dans le sens "d'un autre pays"), qui est aussi celui d'un album de Cat Stevens sorti en 1973 pour l'anecdote inutile, au groupe. Les trois membres britanniques sont le batteur Dennis Elliott, le guitariste (et maître d'oeuvre du groupe) Mick Jones et le guitariste, claviériste et saxophoniste Ian McDonald. Les trois membres américains sont le chanteur Lou Gramm, le claviériste Al Greenwood et le bassiste Ed Gagliardi. Sur la pochette du premier album, éponyme, sorti en 1977, ils sont représentés, dessinés, debouts en ligne sur le quai d'une gare, leurs valises au pied. De gauche à droite, c'est Gramm, Gagliardi, Jones, Elliott, Greenwood et McDonald. Si Elliott et les ricains du groupe ne sont pas très connus, on ne peut pas en die autant de McDonald et Jones. Le premier a fait partie de la première mouture de King Crimson (et a aussi joué sur leur Red en 1974). Mick Jones, lui, a notoirement accompagné, dans les années 60, Johnny Hallyday, mais aussi divers artistes français tels que Sylvie Vartan, Fraçoise Hardy (en musicien de studio pour ces dernières, surtout). Puis il a joué dans un Spooky Tooth reformé, à participé à des albums de Peter Frampton ou George Harrison (Dark Horse pour le deuxième cité), avant de fonder Foreigner. Ce Mick Jones n'a évidemment rien à voir avec le guitariste cofondateur des Clash et, ensuite, de Big Audio Dynamite. 

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Verso de pochette (ici une réédition CD avec bonus-tracks)

Foreigner est un groupe de rock à tendance un peu hard-FM (encore qu'à l'époque, on n'appelait pas encore ça du hard-FM), une sorte de power pop en fait. Leur premier album, Foreigner donc, est sorti en mars 1977 (et fut enregistré en novembre 1976 à New York, Atlantic Recording Studios, le groupe ayant été signé sur Atlantic Records, et Hig Factory Studio), et il offre dix titres (pour 38 minutes), parmi lesquels pas moins de quatre sortiront en singles. Et sur ces quatre singles, au moins trois seront de gros succès de l'époque. Le moins connu et sans doute vendeur de ces singles est Starrider, morceau interprété non pas par Lou Gramm (qui possède une voix parfaite pour ce genre de musique, aigüe mais pas trop, puissante et mélodique en même temps), mais par Mick Jones. De même que Keith Richards, Pete Townshend ou Joe Perry, Jones, de temps en temps, chantera une chanson sur les albums de son groupe. Ce Starrider est éminemment floydien, spatiard, un peu psyché, très à part du reste de l'album (et même, de Foreigner en général), il ne marchera pas aussi bien que les autres singles mais n'est pas une mauvaise chanson du tout. Les trois autres singles sont, eux, du pur Foreigner, du pur rock un peu hard mais pas trop, très commercial, très accessible, mais rentre-dedans tout de même. On a Feels Like The First Time, qui ouvre d'ailleurs l'album sur un riff mortel, la chanson possède un rythme génial, et le petit bridge ralenti, au centre du morceau, fonctionne parfaitement pour relancer l'action dans la seconde partie. On a Cold As Ice, et son piano entêtant, ses choeurs parfaits (tout le monde, sauf Greenwood, pose des choeurs) ; et on a Long Long Way From Home, morceau court et sans surprise, mais efficace, c'est tout ce qu'on demande. 

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De gauche à droite : McDonald, Elliott (en bas), Jones, Greenwood, Gagliardi, Gramm

Le reste de l'album est extrêmement réussi, impossible de ne pas citer le génial The Damage Is Done, le langoureux Fool For You Anyway ou les efficaces At War With The World et Headknocker. Mais le sommet de ce premier album de Foreigner, pour moi, est son morceau final, I Need You. En 5,10 minutes, ce morceau offre le meilleur du groupe : performance remarquable de tous les musiciens, un Lou Gramm en grande forme, un Mick Jones livrant un solo absolument dantesque, une ambiance pesante et rock, un final à tomber par terre, le seul regret, c'est que ça ne dure pas plus longtemps (c'est le plus long morceau de l'album, de loin ; les autres morceaux les plus long ne dépassent pas 4,20 minutes). Ce morceau remarquablement peu connu (il faut écouter l'album pour le connaître, ce n'est pas un tube) est vraiment le meilleur de ce premier opus super réussi, du bon pré-hard-FM bien produit (par John Sinclair, Gary Lyons, Jones et McDonald) et qui, donc, connaîtra un très très gros succès. Le groupe va devenir rapidement un des plus gros best-sellers du rock des années 70 et 80, ça ne fait, ici, que commencer. D'ailleurs, la suite, c'est pour bientôt...

FACE A

Feels Like The First Time

Cold As Ice

Starrider

Headknocker

The Damage Is Done

FACE B

Long Long Way From Home

Woman Oh Woman

At War With The World

Fool For You Anyway

I Need You