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Quand la bande à Mark Knopfler (oui, je veux parler de Dire Straits) a sorti Brothers In Arms en 1985, ce fut quelque chose : cet album, leur premier album studio longue durée en trois ans, sera un tel triomphe commercial, auréolé de nombreux tubes FM, qu'on classera définitivement le groupe comme étant un des plus populaires, avec The Police (qui, en 1985, n'existaient déjà plus), de son époque. La tournée promotionnelle, de 1985 à 1986, sera un triomphe elle aussi. J'ai eu l'occasion, il y à quelques années, d'aborder ici un bootleg de la tournée, un concert de 1986, le dernier de la tournée, fait en Australie, et que ce soit la qualité sonore ou la qualité de l'interprétation (un Ride Across The River de 10 minutes en intro...rien que ça...mais le reste du live est génial aussi), tout était d'une telle qualité que le live pourrait sortir officiellement, tel quel. C'est d'ailleurs à se demander pourquoi ce ne fut pas le cas. Ce bootleg s'appelle The Final Oz' 86, pour les ceusses qui seraient intéressés. Bref. Après cette tournée, qui fut épuisante (près de 250 concerts en un an, dans 117 villes), Dire Straits annonce, en 1986, son intention de faire une pause. Knopfler veut travailler sur d'autres projets. En 1988, un best-of du groupe sort (fameuse pochette issue du clip de Money For Nothing montrant un Knopfler en homme invisible, noir sur noir, mais avec des vêtements fluos ; le best-of porte le nom de la chanson), et le groupe se produit live, la même année, avec Eric Clapton, pour un concert célébrant l'anniversaire de Nelson Mandela (ses 70 ans), au stade de Wembley (Londres). L'année suivante, 1989, Dire Straits se reforme officiellement. Entre novembre 1990 et mai 1991, aux AIR Studios de Londres, le groupe reformé, mais sans batteur (Terry Williams ne reviendra pas ; il est ici remplacé, selon les morceaux, par Manu Katché ou Jeff Porcaro), enregistre ce qui sera son sixième, et ultime, album studio.

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Sorti en septembre 1991 sous une pochette bleue et orange représentant, en agrandi (le bleu) et en plan normal (orange), une paire de chaussures croisées posées sur une console de mixage, l'album sera le plus long enregistrement studio du groupe, une heure environ (59 minutes !) pour 12 titres, et, produit par le groupe et Knopfler crédité séparément, s'appelle On Every Street. Initialement prévu pour sortir en 1990, c'est la Guerre du Golfe qui repoussera son enregistrement et, donc, sa sortie. L'album sera l'écrin de six singles, dont trois seront de gros succès commerciaux : Calling Elvis, qui multplie les références envers le King du rock'n'roll ; On Every Street, chanson mélancolique qui aurait parfaitement eu sa place sur Brothers In Arms, et qui semble être dédiée à un ami décédé ; Heavy Fuel, morceau très rock, même heavy rock, assez putassier, pas super réussi. Les trois autres singles sont The Bug (correct, sans plus), You And Your Friend (mélancolique, bluesy ; sorti uniquement en France et Pays-Bas en single) et Ticket To Heaven (très très bof). Des chansons qui, sincèrement, n'avaient que peu de chance de cartonner, elles n'ont pas l'envergure des précédents singles du groupe (je parle des trois derniers singles issus de On Every Street, hein, pas de l'ensemble des six singles). L'album en lui-même marchera très fort, il fut de toute  façon super attendu, espéré, Dire Straits n'avait rien fait depuis 1985 et si on met de côté un EP moyen en 1983, n'avait rien loupé de sa carrière. Hé bien, force est de constater que, sans être mauvais, On Every Street est clairement le moins réussi de leurs albums studio. On y trouve de très bonnes chansons (Calling Elvis, le morceau-titre, When It Comes To You, Fade To Black - entre parenthèses (c'est pas vrai, c'est entre tirets, par contre, ça, c'est entre parenthèses), il s'agit des quatre premières chansons de l'album - Planet Of New Orleans (plus de 7 minutes, le plus long ici) et How Long (le final), soit la moitié de l'album. 

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Pas mal, me direz-vous ? Surtout qu'en additionnant la durée de ces six titres, on arrive, grosso merdo, à 31 minutes sur 60. La moitié, quoi, dans tous les sens du terme. Oui, c'est pas mal. Mais compte tenu qu'il s'agit de Dire Straits, pas mal, c'est pas terrible. On est en droit d'attendre bien mieux d'un groupe de la carrure de la bande à Knopfler, surtout après deux albums aussi grandioses que Love Over Gold et Brothers In Arms, surtout après une si longue attente. Le reste de l'album alterne entre morceaux corrects, mais pas inoubliables (You And Your Friend, The Bug, Iron Hand) et chansons vraiment pas bonnes du tout (My Parties, Heavy Fuel, Ticket To Heaven). La production est, dans l'ensemble, excellente, il faut bien le dire, et si l'album est long, il aurait pu être encore plus long.

A ce sujet, notons que le vinyle d'époque, je l'ai, est, malgré la durée de l'album, simple, et notons qu'il offre tout le disque, sans perdre un titre ou une minute ; deux faces de 30 minutes donc. Quand on sait que le précédent opus, Brothers In Arms, fut en 1985 raboté, en vinyle, de 8 minutes (passant de 55 à 47 minutes), alors que On Every Street dure 60 minutes quel que soit le format, on se dit qu'il n'y à pas vraiment de logique...

Pour en revenir donc à cet ultime album studio du groupe (sincèrement, je ne crois pas que Dire Straits se re-reformera un jour, Knopfler est clairement et définitivement passé à autre chose (quand le groupe, en 2018, fut introduits dans le fameux Rock'n'Roll Hall Of Fame, Knopfler ne viendra pas à la cérémonie, pas par rancoeur ou quoi que ce soit, mais parce qu'il est vraiment passé à autre chose et n'a pas envie qu'on lui reparle de ce groupe qu'il ne regrette pas, mais qui, selon lui, l'a un peu trop envoyé dans la lumière, trop de succès, et il semble être vraiment timide, introverti de nature). Après On Every Street, le groupe entrera en tournée, immortalisée par un live que je réaborde demain. Un excellent live, histoire de bien finir leur discographie, parce que s'il avait fallu se contenter uniquement de cet album studio, ça aurait été un peu douloureux, quelque part, pour le fan, de voir une telle discographie se finir sur un album aussi frustrant...

FACE A

Calling Elvis

On Every Street

When It Comes To You

Fade To Black

The Bug

You And Your Friend

FACE B

Heavy Fuel

Iron Hand

Ticket To Heaven

My Parties

Planet Of New Orleans

How Long