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On ne va pas se mentir, on se connaît trop pour ça : cet album est le sommet de Sting. Pourtant, ce n'est que son deuxième album solo (enfin, troisième en comptant le live Bring On The Night sorti en 1986). Le moins que l'on puisse dire, c'est que Sting a démarré sa carrière solo sur les chapeaux de roue, après un The Dream Of The Blue Turtles magique et sublime en 1985 et un double live renversant et audacieux (assez jazzy, et les tubes de son premier album solo ne s'y trouvent pas) l'année suivante. Hé bien encore l'année suivante, et on arrive donc à 1987, Sting nous offre ce disque sorti sous une sublime pochette d'une sobriété et d'une classe éclatantes : une simple photo de lui, en noir & blanc, la tête reposant dans une de ses mains, regard perçant fixant l'objectif, pas de sourire. Le tout avec un grand cadre blanc. Au dos, une autre photo de lui, mêmes teintes, il est pensif, debout dans son imper devant une statue de la Vierge. L'édition vinyle (la mienne, d'époque, est double, pochette non-ouvrante, avec un poster de Sting en tenue de violoniste, violon en main, et un insert avec les paroles des chansons, plus les traductions des paroles, en français et en allemand, sur les deux sous-pochettes) propose, au verso, autour de la photo, des paragraphes explicitant chaque chanson. L'album s'appelle ...Nothing Like The Sun (les paroles viennent du Sonnet 130 de Shakespeare, et sont reprises dans la chanson Sister Moon) et offre 54 minutes (que l'album soit double en vinyle est donc limite, tout de même) de splendeur.

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Sting, ici, abandonne les atmosphères jazzy/calypso de son précédent album. Il passe, ici, tout simplement, à de la pop. Mais en genre adulte. Au même titre que le The Joshua Tree de U2, de la même année, ...Nothing Like The Sun est un album mûr, adulte, sérieux. Certes, des morceaux sont très directs, faciles et sans prétention (We'll Be Together, Englishman In New York, Rock Steady), toute la face  C, d'ailleurs, et j'ai cité deux des trois morceaux de cette face à l'instant, est directe, des morceaux simples, pop/rock, sans message. Si tout l'album avait été de la sorte, l'album aurait bien marché (au lieu de ça, il a littéralement cartonné), mais Sting aurait été, sans doute, accusé de faire dans la facilité à la Phil Collins. Mais une partie des morceaux, surtout dans la première moitié de l'album, sont engagés, à message. Fragile est une splendeur acoustique latinisante que l'on ne présente plus, sur la fragilité humaine. They Dance Alone (Cueca Solo) est une chanson qui parle des Madres de la Plaza de Mayo, ces femmes chiliennes qui, devant le palais gouvernemental, dansent pour protester contre la dictature de Pinochet (que Sting nomme dans la chanson), et qui veulent savoir ce qu'il est advenu de leurs maris, enfants, pères, frères, cousins...disparus, enlevés par la milice dictatoriale, vraisemblablement torturés et sommairement exécutés, desaparecidos. La chanson, longue (7 minutes), bénéficie de la participation amicale de deux immenses guitaristes, Mark Knopfler et Eric Clapton. Un autre excellent gratteux apparaît sur les deux premiers titres, The Lazarus Heart et Be Still My Beating Heart (deux splendeurs), j'ai nommé Andy Summers, compère de Sting au sein de The Police. Si Stewart Copeland avait été présent, ça aurait été la reformation, éphémère, du groupe ici, mais non, la batterie, sur l'ensemble de l'album, est signée Manu Katché, qui signe ici sa première, et pas la dernière, collaboration avec Sting. 

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L'album offre aussi une reprise, touchante, de Little Wing, morceau de Jimi Hendrix que le guitariste avait écrit en hommage à sa mère. Sting, lui, a dédié son album entier à la sienne, de mère, qui venait vraisemblablement de décéder, le choix de cette reprise, même si Sting ne le précise pas dans le paragraphe concernant la chanson, semble assez évident. Autre splendeur, History Will Teach Us Nothing, chanson à message encore une fois, sur la violence dans notre histoire, notre société et le fait qu'il faille se reprendre. Sting ne cite pas George Santayana (philosophe et écrivain espagnol du début du XXème siècle) qui, en 1905, disait, fameuse phrase, Ceux qui ne peuvent se souvenir de leur passé sont condamnés à le répéter, mais c'est, grosso modo, le sens de la chanson. Plus légèrement, l'album offre aussi Englishman In New York, tube mondial que l'on ne présente plus, probablement la plus connue des chansons de Sting en solo (et on peut même virer le 'probablement' de la phrase, en fait), ce n'est pas ma préférée de lui et de l'album, loin de là, mais c'est de la bonne, on ne va pas se mentir encore une fois. Tout l'album, de toute façon, hormis un Rock Steady assez moyen, est d'une grande qualité, un disque souvent sombre, intérieur, parfois incrongrûment enlevé (cette face C, dans l'ensemble...mais aussi Englishman In New York, jazzy et pop, coincé entre deux chansons plus lentes et intérieures), un bon résumé de la musique de Sting, artiste entier et engagé (dès cette époque, il milite en faveur d'Amnesty International, ira bientôt rencontrer les tribus indiennes en Amazonie et luttera contre la déforestation), qui ne se gêne heureusement pas, comme Peter Gabriel à la même époque, pour le dire dans ses chansons. Grand album, en attendant le suivant, qui sera loin d'être à négliger lui aussi !

FACE A

The Lazarus Heart

Be Still My Beating Heart

Englishman In New York

FACE B

History Will Teach Us Nothing

They Dance Alone (Cueca Solo)

Fragile

FACE C

We'll Be Together

Straight To My Heart

Rock Steady

FACE D

Sister Moon

Little Wing

The Secret Marriage