John_Lennon___1969___Unfinished_Music_No_2_Life_with_the_Lions

 Hier, j'ai pris sur moi (personne ne m'en voudra, je crois) de défenestrer Unfinished Music #1 : Two Virgins. Du 30ème étage, chute sur du verre pilé imprégné de tabasco, le tout dans une cage à lion dépourvue de toit, mais avec bel et bien un lion dedans. Quoi, j'en fais un peu trop ? Donc, après avoir, hier, démantibulé le premier album solo de Lennon (et son premier disque avant-gardiste fait avec Yoko), il est temps de parler un peu du deuxième album de la trilogie, sorti en 1969. En mai. Il a été enregistré entre novembre 1968 (mois de sortie du précédent ; ils perdent pas de temps, hein ?) et mars 1969, et il dure la bagatelle de 50 (quasiment 51) minutes, pour 5 titres. Aïe donc. Il s'appelle Unfinished Music #2 : Life With The Lions, et les pontes d'EMI ont du pousser un grand ouf de soulagement en constatant que l'idée de Lennon et Yoko, pour la pochette, était sobre : une photo couleurs du couple à l'hôpital (Yoko venait de faire une fausse couche, elle était enceinte de John, mais le bébé, qui se serait appelé John, n'a pas survécu). Au dos, une photo n&b du couple à leur sortie du tribunal ou d'un poste de police, ils avaient été arrêtés pour détention de marijuana (expression apeurée, désemparée de Yoko, dans les bras de son amoureux). Le titre de l'album (allusion à Life With The Lyons, un programme de la BBC) est au dos, et on a aussi une phrase de George Martin qui résume bien l'ensemble : No comment. Oui, en effet... L'album sortira sur Zapple, le sous-label expérimental d'Apple Records. Il sera, tout comme le précédent, et sans doute même plus encore, assassiné par la presse et les fans (qui commenceront sans doute à se poser des questions sur la santé mentale de Lennon...), et son succès commercial sera inversement proportionnel à la courbe d'audience de The Voice. Faut dire que si ...Two Virgins était fort de café dans son genre (une petite demi-heure de bruitages divers, sans intérêt, musicalité zéro), ...Life With The Lions fait plus fort encore, ce qui signifie forcément pire. N'importe laquelle des deux faces est presque aussi longue que le précédent album dans son intégralité (à trois-quatre minutes près) !

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Unfinished Music #2 : Life With The Lions est le seul album avant-gardiste du couple que je possède en CD. Celui-là, j'ai tenu à l'avoir (je n'ai pas l'intention de claquer mon flouze à acheter les deux autres, merci bien). Je l'ai sans doute acheté par accès de masochisme (le vrai accès de masochisme serait de dépenser une somme assez folle pour se le payer, d'occasion, en vinyle, car vous vous doutez bien qu'on le trouve peu fréquemment à un bon prix sur le Net ou en magasins spécialisés, et ce, quand on le trouve, d'ailleurs - sur le Net, ça va, de ce côté-là, on trouve de tout...). L'album est interminable, une cinquantaine de minutes. Dont 26 minutes pour le morceau occupante toute la face A, Cambridge 1969, morceau enregistré à Cambridge (Université) en 1969, son titre ne ment évidemment pas. On y entend John Stevens (percussions), John Tchicai (saxophone), Mal Evans et le couple. 26 minutes insupportables. On y entend notamment Yoko brailler comme une fourmi géante lentement écrasée par un tank (comment ça, l'image est abracadabrantesque ? Oui, et alors ? Je ne vais pas ressortir du tiroir l'image du chat qu'on étrangle à chaque fois, non ? Pauvre chat, laissez-le se reposer un peu...). L'idée générale, c'est d'avoir envie de tuer Yoko. Mark Chapman s'est trompé de cible, apparemment. Non, j'exagère, mais ce qui est sûr et absolument pas exagéré, c'est qu'avoir envie d'écouter tout le morceau est vraiment impossible, même si j'y suis arrivé une fois (je ne sais toujours pas comment, mais j'y suis arrivé), de même que j'ai réussi à écouter tout Wedding Album (l'album suivant du couple, le dernier, le pire) une fois, et Metal Machine Music de Lou Reed deux fois (en revanche, Christophe Maé, vraiment, j'arrive pas, c'est au-delà de mes forces - faut dire aussi que, malgré qu'il y ait des paroles et de la musique, c'est pire que LennOno).

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Le reste de l'album ? Oh, vous tenez vraiment à le savoir ? Vous me décevez (et vous me rassurez, aussi, car je ne ferai pas la suite et fin de cet article pour rien)... La face B s'ouvre sur...une...chanson ! Oui, mais chantée par Yoko (épaules qui se rabaissent en un geste éloquent de consternation). No Bed For Beatle John dure 4,40 minutes et parle des soucis que le couple a eu en faisant ses bed-in (séances de presse où le couple recevait les journalistes dans un lit). C'est plutôt moyen, mais par rapport au reste de l'album, c'est un parfum de roses fraîchement coupées dans une fosse septique qui dégorge. Puis on arrive à un passage réellement eerie (ça veut dire sinistre dans la langue de Tony Blair), qui, en deux morceaux, dure 7,10 minutes. D'abord les 5,10 minutes de Baby's Heartbeat, puis les 2 minutes de Two Minutes Silence. Que dire ? On entend, sur le premier 'morceau', le bruit d'une échographie, celle de Yoko. Les bruits, monstrueusement amplifiés au point d'en devenir insupportables, sont ceux de John Ono Lennon, de John Jr, le bébé mort-né du couple, quand il vivait encore, in utero. Savoir que c'est la preuve de vie, aussi éphémère soit-elle, du bébé rend ces bruits encore plus insoutenables. Puis, après ce 'morceau', on passe à 2 minutes de silence total, absolu et endeuillé. Je n'exagèrerai pas en disant que ces 7 minutes et 10 secondes sont totalement bouleversantes et insoutenables, dans leur genre. Le dernier morceau est Radio Play, 12,35 minutes de bidouillages de fréquences radio par Lennon. Con comme un enregistrement de bidouillages de fréquences radio, que dire de plus ? Ah si, le CD rajoute deux titres, faisant passer le tout à une petite heure : Song For John (1,30 minute de chant de Yoko avec la musique de Sun King en fon sonore, médiocre) et les quasi-9 minutes de Mulberry, je préfère pas en parler, merci bien. A l'arrivée, on a un disque totalement chtarbé, plus encore que le précédent, et moins que le suivant. Un disque imprégné de l'atmosphère lugubre qui planait alors autour du couple qui n'allait pas tarder à se marier, mais passait, à l'époque, par des moments difficiles : arrestation pour usage de drogues, fausse couche de Yoko, cure de désintox du couple... A noter, mais on s'en fout quelque part, que la face B de l'album fut enregistrée à l'hôpital Queen Charlotte's de Londres.

FACE A

Cambridge 1969

FACE B

No Bed For Beatle John

Baby's Heartbeat

Two Minutes Silence

Radio Play