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Le deuxième album de Chicago, Chicago (ou Chicago II ; je ne vais pas revenir sur l'histoire du nom du groupe, relisez les deux précédentes chroniques de ce petit cycle qui prend, aujourd'hui, sa fin), sorti en 1970 (un an après le premier opus), est un double album, un double album bien court (une grosse heure), mais un double quand même, et leur deuxième d'affilée. Il sera, comme le premier album, un retentissant succès, faisant de ce groupe de jazz-rock produit par James William Guercio et constitué de 7 membres un des jalons du rock (et de la pop) du tout début de la décennie. Aussi, un troisième album sera attendu comme le Messie par les premiers fans (surtout qu'en live, ils déchiraient). Ce troisième album est le premier à avoir un titre numéroté, de manière officielle : Chicago III. Par la suite, quasiment tous les albums seront numérotés de la sorte. Le suivant sera un live, mais aura un IV dans le titre. Le N°IX sera, lui, une compilation. Ce troisième opus est sorti sous une pochette qui, recto comme verso, est strictement identique (c'était déjà le cas du précédent album et, dans une moindre mesure, du premier) : le logo du groupe, fameux lettrage, en rouge, sur fond de drapeau américain usé (la partie étoilée). Pochette ouvrante avec, d'un côté, les crédits, et de l'autre, les paroles d'un des morceaux de la suite Elegy, qui achève le disque (et précisément, les paroles de la première sous-partie, When All The Laughter Dies In Sorrow). Avec l'album était proposé un poster représentant les sept membres du groupe (aucun changement de personnel) posant dans un décor de cimetière militaire, en tenues de soldats américains des différentes guerres auxquelles les USA ont participé (il me semble que sur le poster, que je n'ai hélas pas, figurait aussi le nombre de pertes de soldats par guerre, au moment de la sortie de l'album), ce poster est là pour rendre hommage aux morts du Vietnam, guerre encore en cours en 1971.

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Car c'est en 1971 qu'est sorti ce Chicago III qui, encore une fois, sera un triomphe commercial (ils squatteront les classements pendant un moment). L'album dure la bagatelle de 71 minutes, ce qui signifie qu'il est, encore une fois, double, leur troisième d'affilée, une performance inégalée, il me semble, dans l'histoire du rock. Sachez que leur album suivant, Chicago IV - At Carnegie Hall, un live, sorti en 1971 aussi, sera, lui, un coffret de quatre vinyles avec posters (oui, au pluriel, le mot 'posters'), on se dit que les petits gars de Chicago n'y allaient pas par quatre chemins. Quand, en 1972, leur cinquième album, Chicago V, sortira, il ne sera que simple, leur premier album simple. Concernant le live, c'est, pour moi, un des plus grands de tous les temps, pas en raison de sa qualité (le son est un peu étouffé), mais en raison de sa grandeur pharaonique. Mais on n'est pas là pour parler du live, mais de Chicago III, qui, donc, encore une fois, est sur deux disques. Et tout comme le précédent, il est en partie constitué de suites (il y en à trois, comme sur le précédent album) découpées en plusieurs sous-parties. En CD, encore une fois, le découpage a été fait à l'extrême : on a, en tout, 23 plages audio (pareil que sur Chicago II). En vinyle, si on considère les suites d'un seul tenant, il n'y en à, en tout, que 9, des morceaux. A vous de voir, je vous renvoie (sans indemnités) à ma remarque sur l'écoute en MP3 que j'ai faite dans ma précédente chronique du groupe : elle est tout aussi valable concernant cet album. Les suites sont Travel Suite (l'ensemble de la face B), 7 morceaux et 22 minutes en tout ; An Hour In The Shower sur la face C, qui contient 5 sous-parties et dure 5,30 minutes, c'est très rapide ; et Elegy, sur la face D (toute la face D), qui offre 6 sous-parties pour 15,25 minutes. Encore une fois, comme pour le précédent opus, seule la face A n'offre que des titres indépendants. 

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Si on prend en compte l'agencement en 23 titres, on en a, ici, 9 qui ne durent pas 2 minutes (3 font même moins d'une minute). Les 71 minutes passent d'autant plus vite que Sing A Mean Tune Kid, le (monumental) premier morceau, interprété par le bassiste Peter Cetera, dure 9 minutes, c'est le morceau unitaire le plus long. Une fois passé ce premier morceau, il reste une heure de musique, et 22 titres, aussi, ça file like a thief in the niiiiight, comme le chantera Keith en 1997. Musicalement, ce troisième opus marque une sorte de stase, je trouve ; il est, en fait, malgré de très grands moments car il y en à bézef ici (Sing A Mean Tune Kid, Mother, Lowdown, la Travel Suite - Happy 'Cause I'm Going Home, Free... - et I Don't Want Your Money), moins rentre-dedans que les deux précédents albums, moins définitif. On sent une sorte de fatigue, et en effet, le groupe, après l'enregistrement de leurs deux premiers albums et les concerts promotionnels incessants, était fatigué, ça se sent. On ne s'étonnera pas que le suivant soit un live, et que le disque studio suivant ne soit que simple (et un peu anodin, dans l'ensemble, bien que plutôt correct quand même). Le groupe a, j'ai l'impression, pour ce troisième album, tiré sur la corde pour faire encore une fois un double, peut-être par excès de confiance, par prétention, pour se faire remarquer ("hé, les mecs, le nouveau Chicago est encore une fois un double !"). Le résultat est clair : bien que comprenant de très grands moments que j'ai cités plus haut, ce troisième opus est inégal, un peu. La suite Elegy, par exemple, ne va nulle part, est un peu pompeuse, frise le ridicule parfois (Progress ? et ses marteaux-piqueurs). An Hour In The Shower est anodine. En tout, ça représente 20 minutes. Virez-les et Chicago III serait un simple album assez généreux et pour ainsi dire parfait. Des trois premiers Chicago (à partir du cinquième album, je lâche le groupe, hormis un Chicago VII - encore une fois double ! - réussi en 1974 et un Chicago X très sympa, avec  le hit If You Leave Me Now, en 1976), c'est celui que j'aime le moins, que j'écoute le moins. C'est tout sauf raté, mais on ne saurait nier qu'il y à une petite baisse de niveau après deux albums impériaux. 

FACE A

Sing A Mean Tune Kid

Loneliness Is Just A Word

What Else Can I Say

I Don't Want Your Money

FACE B

Travel Suite :

a) Fight 602

b) Motorboat To Mars

c) Free

d) Free Country

e) At The Sunrise

f) Happy 'Cause I'm Going Home

FACE C

Mother

Lowdown

An Hour In The Shower :

a) A Hard Risin' Morning Without Breakfast

b) Off To Work

c) Fallin' Out

d) Dreamin' Home

e) Morning Blues Again

FACE D

Elegy :

a) When All The Laughter Dies In Sorrow

b) Canon

c) Once Upon A Time...

d) Progress ?

e) The Approaching Storm

f) Man Vs. Man : The End