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J'ai parlé un peu d'Andy Summers récemment via sa participation à quelques albums de Kevin Coyne. Pourquoi ne pas reparler un peu de ce pour quoi Summers rete vraiment connu : The Police ? Qui a dit je ne connais pas ce groupe, que je lui botte le cul avec des chaussures de sécurité ? The Police, dont Summer n'est pas un membre d'origine (à la base, la guitare était tenue par Henry Padovani, un Corse, qui fera avec eux quelques concerts et un single, Fall Out, avant de partir et d'être remplacé par Summers), est un trio britannique formé en 1977 et constitué, sinon, du batteur américain Stewart Copeland (frangin de leur manager Miles) et du bassiste et chanteur Gordon Sumner, alias Sting, mais j'espère que je ne vous apprends rien, les mecs, parce que c'est connu, tout ça. The Police s'appellerait ainsi parce que Copeland est le fils d'un agent de la CIA, et aussi parce que son nom de famille contient 'cop', 'flic'. Du moins, c'est ce qu'on raconte, mais il y à peut-être d'autres raisons (de même, mais ça, c'est avéré, Sting est surnommé ainsi ('le dard') parce qu'il avait l'habitude de porter des pulls à rayures jaunes et noires le faisant ressembler à une abeille). Toujours est-il qu'en cette année punk, se baptiser The Police est faire preuve d'un joli sens de la provocation. Car The Police est un groupe punk, si si. Certes, la sensibilité de Sting a toujours été jazzy, certes le style de Copeland est proche de celui des batteurs de jazz, certes Summers a notamment oeuvré chez Kevin Coyne (folk/blues), certes, dès le deuxième sinon le troisième album, The Police sera un groupe plus pop/rock qu'autre chose, mais en 1977/1978, clairement, ils sont punks.

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Il suffit de regarder la pochette de leur premier album, Outlandos D'Amour, sorti en 1978 sur ce qui restera leur label (et pendant longtemps, celui de Sting), A&M. Photo retouchée, volontairement crade, d'un trio déguenillé plus proche des Clash ou Saints que ce qu'ils seront quelques années plus tard. Le titre est étrange, multilingue, et traduit en anglais pur jus de fruits, il serait Love Outlaws. Bien tassé (38 minutes), ce premier opus, produit par le groupe, offre, déjà, des classiques. Trois singles, tous cartonneurs, tous encore diffusés à la radio en 2021, en sont tirés : Can't Stand Losing You (qui fera scandale à cause de la pochette du 45-tours, Copeland juché sur un gros cube de glace posé près d'un réchaud, et la corde au cou, attendant que la glace fonde pour se suicider lentement), au rythme très reggae/punk, sur un homme prêt à tout pour reconquérir sa belle ; Roxanne (dont l'intro est mythique, cette note de piano suivie du rire de Sting, qui, accidentellement, avait posé son cul sur le piano alors qu'il s'apprêtait à enregistrer le morceau), sur une prostituée, chanson que l'on ne présente plus ; et So Lonely, monumental reggae-rock qui laise pantois, notamment la batterie. A quiconque ne le saurait pas encore, Stewart Copeland est un des plus grands batteurs de tous les temps (les trois membres du groupe, de toute façon, sont des virtuoses), écoutez sa manière de jouer, ses silences, ses ruades, sur ce morceau, c'est effarant. L'album offre aussi le très punk Next To You, ma préférée ici, un morceau trépidant, frénétique, jubilatoire, qui ouvre le bal (avoir placé So Lonely juste après donne une très bonne idée de la palette musicale du groupe) et Masoko Tanga, morceau de plus de 5 minutes achevant le disque, première tentative world du groupe, efficace. 

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Outlandos D'Amour offre aussi Be My Girl - Sally, morceau assez ska/punk agrémenté d'un passage central en spoken-word interprété par Andy Summers ; Born In The 50's, Hole In My Life et Peanuts, trois morceaux un peu secondaires, mais très sympathiques , et le furieux Truth Hits Everybody, vraie réussite méconnue, très punk aussi. Ce premier cru de The Police est une belle réussite, je ne dirai pas qu'il s'agit d'un de leurs meilleurs albums, parce que les cinq albums studio du groupe sont tous, dans leur genre, des réussites, tous sont orientés différemment (reggae pour le suivant, world pour le troisième, ska et new-wave pour le quatrième, pop/rock pour le cinquième et ultime) mais aucun n'est, à mes oreilles du moins, supérieur aux autres. Ceci dit, tout en étant un excellent album, ce premier cru de The Police est celui que j'aime le moins, malgré que la moitié des chansons soient parmi mes préférées du groupe, c'est paradoxal, mais c'est ainsi. C'est celui que j'écoute le moins souvent, tout en l'écoutant quand même de temps en temps, mais l'autre moitié de ses chansons ne me procurent pas grand chose, c'est pour ça qu'il me plaît un peu moins que les autres. Il n'empêche, c'est une réussite, un album à écouter absolument si on aime Sting et The Police et que l'on ne le connaîtrait pas encore. 

FACE A

Next To You

So Lonely

Roxanne

Hole In My Life

Peanuts

FACE B

Can't Stand Losing You

Truth Hits Everybody

Born In The 50's

Be My Girl - Sally

Masoko Tanga