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En voilà un d'album atypique... Un de ces albums sur lequel tous les bobos s'amusent à se complaire.
Nous savons tous ici que John Zorn a toujours été attiré par les histoires extrêmes. Attiré par le vice, il l'est comme le témoigne ses pochettes. Cette fois-ci, il s'intéresse à cette fameuse torture chinoise (le leng tch'e pour ceux qui sont cons, comme le disait si bien mon professeur de physique) qui consistait à faire inhaler de grandes doses d'opiums à celui qui allait être torturé pour qu'ils ne sentent rien. Pendant ce temps-là, on le découpe lentement jusqu'à ce que l'effet de l'opium disparaisse et qu'il se réveille en sentant l'atroce douleur de la torture.
Un fou ce Zorn, moi je vous le dis.

Nous sommes en 1992, le fameux Heretic était sorti l'année d'avant et Grand Guignol, lui, est paru la même année que Leng Tch'e.
Grand Guignol est avec, par exemple, Heretic; Torture Garden ou encore Absinthe une des pièces maîtresses de naked city.
Leng tch'e est malheureusement très loin des albums précités... Il est d'un ennui, c'est carrément tuant!

L'album n'est composé que d'une seul pièce d'une trentaine de minutes.
La pièce est éponyme et son but est de retranscrire le déroulement de la torture...
Son principal souci vient de sa structure qui est trop linéaire, le plan est simple. Nous avons une longue intro comprenant riffs pachydermiques, saturation maximum et rythmes lents... On nage en plein doom metal (quitte à faire, je préfère écouter Thergothon, Esoteric ou Reverend Bizarre à cette chose) pendant 10 bonnes minutes. Ce passage est supposé recréer la sensation d'endormissement du torturé. Ensuite, nous avons un long crescendo de 20 minutes dont le moment central est censé être le passage où Eye chante (oui, m'enfin...) avec le saxo derrière.
Si le morceau durait 10 minutes de moins, cela aurait pu fonctionner! Mais non, c'est censé être un supplice pour l'auditeur, on doit revivre le calvaire de ceux qui se faisaient couper en 1000 morceaux!
Tout le long, on a l'impression d'entendre la même chose... Les même thèmes à l'infini pendant 30 minutes, bien sûr, ce n'est pas le cas. Mais le fait est que le groupe n'abreuve pas assez sa composition de sons nouveaux ou de nouveaux thèmes. L'ennui se fera vite rescentir si l'auditeur n'arrive pas à se plonger dedans. J'avoue qu'en plein moment de pur sadisme, je me suis amusé à découper ma professeur d'allemand, oh extase! Mais c'est le seul sentiment bénéfique qui pourrait vous venir à l'esprit à l'écoute de ce disque, c'est bien simple.
Le tout est mal proportionné en fin de compte. Un crescendo réussi  ne doit pas durer plus de 5-6 minutes (pas plus de 10 minutes en tous cas) après, il perd de sa saveur et par extension de son intêret. Un auditeur normal poirautera en attendant l'explosion fédératrice. L'explosion, l'apothéose est réussie... Seul bémol, on est tellement dégouté de ce qu'il y avait avant qu'on en profite à sa juste mesure!

john_zorn

Les musiciens ne sont pas au top... Eye et Zorn s'égorgent mutuellement (mais ils le faisaient en mieux sur Heretic ou sur Torture Garden), Frith n'apporte rien du tout. Sa basse se perd dans le marasme ambiant. Bizarrement, Horwitz est crédité, il a peut-être joué une note, toujours est-il que je ne l'ai pas entendu (pas la note, lui). Frisell est inexistant et, de la même manière que Frith, n'apporte rien. . Baron est celui qui s'en sort, je pense, le mieux. Son jeu reste dans l'ensemble assez frais et inventif et bien plus varié que le jeu de ses compères.Malheureusement, j'ai plus l'impression qu'il essaye d'imiter un marteau piqueur que réellement joué à la batterie... Déception, déception. J'en ai entendu tellement de bien de cet album notamment sur Guts Of Darkness où il a reçu 6 boules!

Après, évidemment, à vous de voir si vous accrochez au trip de Zorn... Un avis objectif est purement impossible pour cet album. Encore une fois, c'est une question d'accroche...
J'avoue que de temps en temps, après une dure journée avec du bosch... Un bon petit Leng Tch'e me fait du bien. Ah ah, couper ma prof' d'allemand en mille morceaux représente le summum de l'extase sadique.

Voilà, ma chronique ne pouvait être que subjective (vous me direz avec Naked City et tous les travaux de John, c'est obligatoire tant ce "idiosyncratique"). Je ne vais pas m'étendre plus sur cet album. Il a le mérite de posséder une ambiance soufreteuse, glauque, ultra-malsaine, mortifère qui donne un peu de piquant à cet album qui en a bien besoin!