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Üdü Wüdü est une des pierres angulaires de la longue discographie de Magma, groupe de jazz français crée par Christian Vander.
Un être bien singulier qui est aussi le créateur d'une langue dérivée des langues germaniques: le kobaïen. Il est aussi un des meilleurs batteurs de toute l'histoire de la musique, son jeu aux forts accents martiaux ainsi qu'à ses nombreux contre-temps légendaires ont écrit son mythe!
C'est aussi un artiste à la langue bien pendu qui a accusé Notre ami Oldfield de lui avoir fauché (en quelque sorte) ses partitions...
Il se revendique aussi, homme le plus créatif de l'univers ( je pencherais plus pour John Zorn bien qu'il soit des fois inégal!), pourquoi pas, cela reste à prouver quand même... Quand on voit ce qu'a pondu John Coltrane ( dont Vander est le plus grand fan ) ou encore Miles Davis (et pourquoi pas Robert Fripp tant que nous y sommes).
On ne peut pas retirer une chose à Vander, c'est qu'il a une vraie patte, une petite touche qui nous fait comprendre sans même avoir entendu un morceau entier que c'est du Magma!
D'une part, toutes ces influences jazz, rock et avant-garde, le fort côté martial propre à la musique de Magma ainsi que ses chants! Des chants choraux assez lointain.

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Magma c'est tout ça et Üdü Wüdü (sans être mon préféré, la palme revient à Kohntarkosz album studio extraordianire) représente à lui seul toute la musique de Magma. Il est sorti 2 ans après Kohntarkosz où la musique de magma se faisait plus souterraine, plus lente, plus morbide.
Magma revient plus au style des débuts à savoir un jazz très dansant... En fait, Üdü Wüdü est une synthèse, on reconnait le côté pachydermique typiquement Kohntarkoszien sur De Futura (morceau légendaire s'il en est!) ainsi qu'une plus forte présence jazz sur le morceau titre.

Le morceau qui m'intéresse surtout ici et évidemment le long (17 minutes) De Futura qui est sûrement la meilleure chose qu'ait écrite Magma... Sombre, fluide, des chants aérients sublimes (ce qui contraste avec le côté très souterrain de la partie instrumentale)...
La mélodie est pourtant assez simple, la basse est prédominante mais la montée tout en crescendo est hallucinante. La batterie s'entrechoc avec la basse et on assiste à un véritable duel, jusqu'à la chute finale... C'est grandiose, c'est Magma!
Bien sûr, le côté visuel du titre n'est pas en reste, on est dans l'amazonie, une pyramide s'offre à nous, on y rentre et on assiste à un rite païen, les sacrifices font bien sûr parties intégrantes du titre et de son ambiance glauque...

Ce serait néanmoins idiot de ne pas parler du reste de l'album qui mérite, lui aussi, un paragraphe...
Les autres titres sont moins "jusqu'au boutiste" et représentent un certain retour au jazz notamment sur le morceau titre mais cela reste assez proche des travaux précédents en plus aéré toute fois que Kohntarkosz et en plus inspiré que Mekanik Destrucktiw Kommandoh, mais je m'égare
Un jazz peut-être plus avant-gardiste que modal ( sur l'éponyme, j'entends), un tempo plutôt rapide, des choeurs féminins... Des cuivres aériens mais pas trop... Udü Wüdü est un voyage agréable, pas franchement terrifiant ( avec ses temps forts et sans coup de mou!) plus reposant (relatif) qu'harassant.
Oui, un beau retour aux sources (plus proche de 1001° centigrades que de kobaïa).

Sinon, effectivement l'ambiance est souvent lourde et pachydermique comme sur Troller Tanz ( qui rappelle le fameux passage du bar dans le film "Calvaire"), plus moderne et léger sur Soleil d'Ork (on dénote un fort beau travail au niveau de la basse ici).
Un piano jazz jusqu'au bout des ongles (avec ses envolées et son tempo enlevé) sur zombies mais une basse et une batterie lourde, qui écrase et  oppresse.
Voilà, j'aurai pu parler de Weidorje aussi mais je la trouve assez moyenne et je n'ai pas envie de la casser.


Voilà, Üdü Wüdü est la synthèse d'un magma jazz ( 1001° Centigrades), d'un magma martial (Mekanik Destrucktiw Kommando) et d'un magma souterrain, terrifiant et pachydermique ( Kohntarkosz).
Lesmusiciens assurent comme s'ils allaient mourir juste après et jamais Magma n'avais sonné autant comme un opéra. Parce que oui, ces choeurrappellent vraiment le monde de l'opéra et c'est d'autant plus vrai qu'on a un film devant nous durant l'écoute.
Dans le genre indispensable, Üdü Wüdü est une putain de référence   mais référence tour à tour terrifiante, violente et souterraine, à vous de voir!

Chronique complémentaire de ClashDoherty :

Terrifié à l'idée de parler de cet album, je ne sais, en vérité, que dire. Comment expliquer à quel point De Futura a accompagné ma vie pendant des mois, de longs mois hivernaux, en l'écoutant à pleine bourre très tôt le matin (dans les, oh, genre 06h30/07h00, sur le chemin du boulot) ou tard le soir ? Que les tétanisantes lignes de basse (une basse fretless jouée par Jannick Top), les vocaux gutturaux de Klaus Blasquiz et la batterie martiale de Christian Vander, sans parler de ces claviers, m'aient à ce point traumatisé qu'aujourd'hui encore je peux me passer, dans la tête, sans l'écouter, l'intégralité du morceau ou peu s'en faut, et il dure quand même 17 minutes. De Futura est un joyau brut, pur et dur, le meilleur morceau de Magma, meilleur encore que toute la suite Kohntarkösz (1974) ou Horst Für Dehn Stehken West (1973). En fait, ce morceau est tellement gigantesque, tellement immense, tellement fort qu'il en est indescriptible : la collision basse/batterie, les deux instruments jouant de plus en plus vite, c'est à qui parviendra à détrôner l'autre (en tout cas, ils parviennent à détrôner les autres instruments, qui n'arrivent pas à suivre), offrent une atmosphère d'un glauque, d'une oppression absolu(e)s. Ecouter ce morceau à fond, au casque, de préférence dans l'obscurité, et seul, pour vraiment savoir ce que c'est qu'une musique qui fout les jetons. Messieurs, vous sentirez vos couilles se rétrécir pour ne devenir plus que des raisins de Corinthe dans votre boxer Calvin Klein. Mesdames, vous en perdrez les eaux même sans être enceintes. Les gamins seront traumatisés et direct vous clameront j'ai jamais cru au Père Noël, bande de ringards, les chiens s'entre-enculeront sans répit jusqu'à ce que mot s'en suive, le lait tournera dans le frigo, Vincent Niclo sortira un disque de reprises de chansons de M. Pokora reprenant du Cloclo et Hollande se représentera quand même, voilà tout ce qu'en filigrane, De Futura semble présager comme dommages collatéraux et prémisses de la terreur pour toute personne ayant, il faut le reconnaître, une sacrée bonne dose d'imagination. Qui a dit un peu comme ClashDoherty, bande de salauds ?

Accessoirement, ce morceau achevant l'album et qui en occupe toute la face B est une putain de réussite musicale à faire passer n'importe quoi d'autre de Magma pour de la rigolerie.

Tout aussi accessoirement, le reste de cet album du nom d'Üdü Wüdü n'est pas mal non plus.

Sorti en 1976, long de 36 petites minutes, Üdü Wüdü est sorti sous une pochette assez glauque elle aussi, représentant une sorte de temple à la gloire de Magma, surmonté de deux statues gargouilles, temple pyramidal sous un fond nocturne. La pochette de l'album suivant (Attahk, 1978, que j'aborderai ici bientôt, je pense) est, dans un sens, assez similaire. Les deux albums ont pas mal de choses en commun, mais concentrons-nous sur l'album de 1976, donc. 6 morceaux, dont De Futura qui occupe toute la face B, ça signifie donc que la face A en contient...5. Vous me trouez le Q. Comme KingStalker, dans sa chronique principale (en haut de cet article), l'a dit, le morceau-titre, que j'ai la flemme de nommer parce que taper les trémas, putain, ça va cinq minutes, est assez jazzy dans l'âme, et assez ensoleillé, aussi, avec ses trompettes glorieuses et ses choeurs (féminins et masculins) qui semblent presque...gais. Autant le dire tout de suite, le reste de l'album est d'une noirceur telle qu'à côté une chanson réaliste des années trente ressemblerait au dernier crime musical de Patrick Sébastien. Je ne parle pas des paroles, Magma chante en kobaïen, et vous comprenez le kobaïen, vous ? Ben tiens. Non, je parle de la musique. Entre la basse terrifiante de Jannick Top (sauf sur Weidorje, morceau génial - je ne suis donc pas du tout du même avis que dans la chro' principale là-dessus - où c'est Bernard Paganotti qui en joue), la batterie incroyable de Vander, les vocaux de Blasquiz ou Vander (sa voix haut-perchée, parfois à la limite de l'hystérie, fait merveille), je ne sais que choisir... A noter, au sujet de Weidorje, que ce morceau, co-écrit par Paganotti, sera, dans la même année 1976, le nom du groupe que Paganotti fondera juste après être parti de Magma (au moment de la sortie d'Üdü Wüdü, Paganotti était déjà parti), groupe qui ne sortira qu'un album éponyme, et qui, musicalement, est du pur Magma, de la zeuhl quoi... de la très très bonne zeuhl d'ailleurs. Paganotti, par la suite, et c'est toujours le cas, collaborera notamment avec Francis Cabrel, c'est son bassiste attitré depuis près de 25 ans. Un sacré grand écart !

Le reste de l'album (Troller Tanz, Zombies...) est d'un grand niveau, même si certains morceaux se ressemblent un chouïa parfois dans leurs mélodies, mais ça en rajoute au côté conceptuel de l'ensemble. Voyage sensoriel dans la terreur pure et l'oppression véritable (aucun des morceaux de la première face n'arrivera à vous préparer moralement et psychologiquement au choc ultime de De Futura), ce disque, probablement le meilleur de Magma ou en tout cas un de leurs TRES grands disques, est un des meilleurs albums de musique française, oui je sais que ça fait lourd et exagéré d'écrire ça, mais franchement, je le pense. Une baffe absolue qui, dans sa version vinyle originale (mais aussi sa réédition), offre, en cadeau, sur un feuillet, une...recette de cuisine, le Vander-Top, du nom des deux inventeurs de la recette (Christian Vander et Jannick Top, donc), recette à base de fromage, de riz, d'oignons et d'huile, une sorte de brouet que le groupe se tapait, sur la route, pendant leurs tournées, afin d'être assurés d'avoir quelque chose de bien calorique et consistant à se carrer entre les gencives, la vie sur la route n'étant pas toujours synonyme de repas dans des restaurants, plutôt de sandwiches avalés en rapidité... Je n'ai jamais essayé cette recette qui, selon les dires de Vander sur le feuillet, a probablement sauvé la vie des membres du groupe (et donc, le groupe lui-même)... Ca me semble en tout cas plus consistant qu'un vulgaire sandwich-club, ça c'est clair ! Ca ne me semble pas avoir un fol rapport avec la musique proposée sur cette noire galette sortie en 1976, mais ça peut sembler être une sorte de petite bouffée de fraîcheur dans cet océan de noirceur brute, de terreur aveugle et lovecraftienne (lire du Lovecraft, disons L'Appel De Cthulhu ou La Couleur Tombée Du Ciel, en écoutant De Futura au casque et à fond : je pense sincèrement que ça peut rendre fou...) qu'est Üdü Wüdü.

FACE A

Udu Wudu

Weidorje

Troller Tanz

Soleil d'Ork

Zombies

FACE B

De Futura