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En 1960 sortait Sketches Of Spain, Miles Davis puisait son inspiration dans la musique espagnole. Pour moi, l'essai ne fut pas concluant outre mesure. Néanmoins, on ne pouvait qu'applaudir l'oeuvre de Davis pour sa grande originalité et ses sonorités innovantes. Olé est bien différent de l'oeuvre de Davis car beaucoup plus sombre et bien plus mystique! Quiconque aura entendu le titre éponyme comprendra parfaitement ce que je veux dire. Commençant sur de la contrebasse, le sax ténor de Coltrane vient vite s'imposer. La messe commence... Anecdote amusante, à chaque écoute de ce titre, je ne peux m'empêcher de penser au communisme. Tout simplement parce que chacun des musiciens à une part de jeu égale. Coltrane ouvre la cérémonie et la termine en bon gourou. Les musiciens s'en donnent à coeur joie, Dolphy suit la trace de Coltrane à la flûte en débutant sa partie juste après Coltrane. Olé fait figure d'oeuvre testamentaire dans l'oeuvre de Coltrane... C'est le dernier album qu'il enregistra pour Atlantic avant de se diriger vers Impulse qui sera sa période la plus intéressante mais aussi la plus controversée.

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Dès le titre d'ouverture (Olé), l'auditeur comprend que c'est la fin du Coltrane qu'il avait connu. Ce titre est en effet bien plus intense que tout ce que Coltrane avait pu faire auparavant. Sa quête spirituelle va s'intensifier, ce titre éponyme en est la preuve. Sorte de messe noire, orgie instrumentale pour atteindre l'inconnu et toucher au divin... L'auditeur n'est pas en reste car la suite est elle aussi de grande facture... Ainsi, l'auditeur ne se sent pas lésé comme il avait pu l'être avec My Favorite Things. Ainsi le titre Dahomey Dance est un titre propice aux interventions des solistes. Interventions toutes plus délicates les unes que les autres. Aisha est le seul titre de ce disque qui n'a pas été composé par Coltrane. Cette petite perle a été écrite par McCoy Tyner et je ne dois pas être le seul à qui ce titre fait penser à Naima sur Giant Steps ! Cette perle me fait pleurer à chaque écoute !

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Olé est un album court (36 minutes pour trois titres) mais est sans nul doute l'album le plus définitif de toute la période Atlantic. Sombre, mystique et mélancolique, cet album ravira les fans du saxophoniste ainsi que les autres ! Chaque album de Coltrane faisait figure d'OVNI (mis à part Coltrane Jazz éventuellement et My Favorite Things), Olé ne déroge pas à la règle. On y trouve le côté mystique qui feront des albums A Love Supreme et Crescent, leurs grandeurs respectives ! Il n'est peut-être pas aussi puissant que le Free Jazz de Coleman, sorti durant la même année, à savoir 1961. Néanmoins, il serait tout de même idiot de passer à côté !

Chronique complémentaire de ClashDoherty :

John Coltrane est un dieu du jazz, et du saxophone. Il a signé, tout du long de sa relativement courte (il est mort en 1967) carrière, des albums essentiels : My Favourite Things, Giant Steps, Interstellar Space, Crescent, Stellar Regions, et l'inoubliable A Love Supreme en 1964, son cadeau pour Dieu. En 1961, 'trane offre un album court (36 minutes, seulement 3 morceaux) mais parfait, un disque sous influence hispanique et arabe, sorti sur le label Atlantic (peu après, il partira de ce label pour rejoindre Impulse) et sous une pochette nettement moins réussie que son contenu. L'album s'appelle Olé. C'est un des trois grands (selon moi, en tout cas) disques de jazz inspirés par l'Espagne, ou les pays hispaniques, avec le Tijuana Moods de Charles Mingus (enregistré en 1957, sorti en 1962, inspiré par la très louche ville-frontière du Mexique, Tijuana) et le Sketches Of Spain (1960) de Miles Davis, le seul de ces trois albums à être vraiment inspiré par l'Espagne (Olé de Coltrane étant plus inspiré par les ambiances mauresques, en fait). Trois albums que j'adore et que je conseille à tout prix. Mais on est là pour parler de Olé, ou Olé Coltrane, c'est selon. Trois morceaux seulement, donc (le CD rajoute un bonus-track, un titre très joli, mais l'album original se suffit à lui-même ; le clip plus bas contient tout l'album plus le bonus-track, soit 45 minutes), dont un de 18 minutes, Olé, occupant toute la première face. Comme KingStalker, dans sa chronique ci-dessus, le dit, ce morceau est une vraie messe, un rituel, une expérience sensorielle qui en dit long sur les futures expérimentations de Coltrane dès son arrivée sur Impulse Records. On notera une particularité, Eric Dolphy (flûte) est crédité sous un autre nom, pour ce morceau (en fait, il n'est crédité sous son nom véritable que pour Aisha, le dernier morceau de l'album), en l'occurrence, George Lane !

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Décortiquer l'album est trop, pour moi ; Dahomey Dance, long de 10 minutes, est probablement mon morceau préféré ici, mais Olé, dans sa globalité, est un album grandiose. Il se dégage de ces trois morceaux une atmosphère assez troublante, sorte de mélange entre influences arabiques, mauresques et espagnoles (le titre de l'album est sans équivoque, pas vrai ?), ambiances qui, par la magie du saxophone de 'trane, font de ce disque un vrai jalon et de la discographie du bonhomme, et du jazz en général. En un mot comme en cent mille deux cent quatorze, c'est un chef d'oeuvre. Highly recommended !

FACE A

Olé

FACE B

Dahomey Dance

Aisha