RS1

Ils ont beau avoir usiné un album par an pendant des années, à partir de la fin des années 80, les Rolling Stones se feront de plus en plus attendre entre chaque livraison. Dirty Work le mal-aimé en 1986, Steel Wheels le sous-estimé en 1989, puis ça sera 1994 pour Voodoo Lounge, 1997 pour Bridges To Babylon...Et ensuite, pendant 8 ans, 8 longues années (au cours desquelles le groupe fera des concerts, sortira un best-of, un live, un coffret DVD, bref, ne chômera tout de même pas), on attendra en vain un nouvel opus, capable de faire totalement oublier le très fadasse et bordélique Bridges To Babylon. Ce successeur, il sera conçu entre novembre 2004 et juin 2005, et sortira en septembre de la même année. Et ça sera un putain de délire, disque du mois dans Rock'n'Folk, couverture du magazine, articles longs comme un jour sans pain, etc. A Bigger Bang fera d'autant plus parler de lui que l'on dira à peu près partout, et jusque dans les colonnes du Parisien, no shit, que c'est leur meilleur depuis Exile On Main St. (1972), parce que le plus long depuis ce même album. Oui, c'est le plus long album studio depuis 1972, en effet, il dure 64 minutes. Mais, euh, comment dire, les deux précédents opus faisaient chacun 62 minutes, ce qui est presque la même durée que le cru 2005, ce n'est pas une différence si importante (et Exile... fait 67 minutes). 

RS3

Trève de conneries, ce 22ème album studio du plus grand groupe de rock du monde encore en activité (sinon, pour moi, c'est les Beatles) est une totale réussite, il faut bien le dire haut et fort, fort et clair, clerc de notaire, terre brûlée, lait de vache, mais qu'est-ce que je raconte moi, aujourd'hui. Enregistré en intégralité dans la propriété de Mick Jagger à Pocé-sur-Cisse (le château de Fourchette) dans l'Indre-et-Loire (il a été mixé aux USA), A Bigger Bang peut être aussi comparé, pour ça, à Exile..., qui fut aussi fait en France dans une maison (qui fut louée par Keith Richards, à Villefranche-sur-Mer). Keith aurait d'ailleurs dit à un Jagger d'abord récalcitrant pour faire le disque chez lui je te rappelle qu'en 1971, on en a fait un chez moi, donc maintenant, c'est ton tour. Les Glimmer Twins définitivement bien rabibochés (Keith considère plus Jagger comme un frangin qu'un ami, disant qu'un lien fraternel est plus fort, plus intense qu'une simple amitié ; même en s'engueulant, on reste indéfectiblement lié l'un à l'autre) et leurs compères livrent ici un disque certes long - 16 titres, plus d'une heure - mais franchement passionnant, et leur dernier album de chansons originales à ce jour, Blue And Lonesome, sorti en 2016, étant un disque de reprises de vieux blues. L'album, qui a cartonné bien comme il faut et a définitivement prouvé que les Stones n'étaient pas morts, a été lancé par un single polémique : Sweet Neo-Con, la première chanson politisée du groupe depuis Highwire en 1991. La chanson se paie dans les grandes largeurs un George W. Bush qui n'avait pas besoin de ça pour se faire payer des costards à longueur de journée, mais une chanson qui en fait prendre plein le cul à pareil connaud est toujours bonne à prendre. 

RS2

L'album, sinon, aligne les tueries, que ce soit des rocks bien nerveux et éminemment stoniens comme Rough Justice, It Won't Take Long, Dangerous Beauty, Driving Too Fast, les plus délicats Streets Of Love (une vraie ballade à la Angie, leur première vraie ballade depuis Angie ou Fool To Cry), Biggest Mistake et Laugh, I Nearly Died, le terriblement bluesy Back Of My Hand, et deux chansons remarquables interprétées par Keith : Infamy, qui achève l'album, assez funky/disco, et le très touchant This Place Is Empty, qui ne parle pas de l'absence laissée par la mort de Brian Jones (il est mort en 1969, ça aurait été un peu tard pour en parler, et puis, Shine A Light, en 1972, le faisait déjà), mais par le vide laissé par l'absence de la femme de Keith, Patti, un soir qu'il était chez eux, seul, à se lamenter. A Bigger Bang offre aussi, il est vrai, une pincée, très faible, de morceaux secondaires : Look What The Cat Dragged In et She Saw Me Coming ne sont pas particulièrement mémorables, Oh No, Not You Again non plus, mais rien de grave. Dans l'ensemble, on s'éclate comme des ballons de baudruche dans une usine de punaises, c'est un excellentissime opus des Stones, leur meilleur depuis Tattoo You, et rien que ça, c'est déjà formidable. S'ils reviennent un jour avec un nouvel album studio (comme ils ont offert une - très très bonne - nouvelle chanson avant le confinement, tout est possible), il faudra faire au moins aussi bien que A Bigger Bang, et ça ne sera pas des plus facile !

Rough Justice

Let Me Down Slow

It Won't Take Long

Rain Fall Down

Streets Of Love

Back Of My Hand

She Saw Me Coming

Biggest Mistake

This Place Is Empty

Oh No, Not You Again

Dangerous Beauty

Laugh, I Nearly Died

Sweet Neo-Con

Look What The Cat Dragged In

Driving Too Fast

Infamy