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Tout amateur de jazz vous le dira : il y à de très mauvais mois, ceux au cours desquels on n'écoute pas John Coltrane. En partant de ce principe, je peux d'ores et déjà dire que décembre ne sera pas un mauvais mois me concernant. J'ai par ailleurs constaté avec quelque effroi mêlé de stupeur que peu d'albums de 'trane avaient été abordés ici, et que seul cet album, que je réaborde donc pour la première fois depuis 2009, avait été abordé ici par mes soins (KingStalker ayant abordé Olé et Giant Steps notamment). Il y a aussi un ou deux articles de clips, mais  je n'ai abordé aucun autre album de Coltrane mis à part A Love Supreme, et je peux vous annoncer que, putain, ça va changer. J'envisage d'aborder un ou deux autres de ses albums ici, Olé notamment. Mais avant d'aborder ces disques en chronique complémentaire, il me faut réaborder un album légendaire, un disque immense, culte, un des albums les plus quintessentiels non pas du jazz, mais de la Musique en général. Le genre d'album sans défaut aucun, enfin si, pour chipoter, disons que son seul défaut réside dans sa très courte durée : 33 minutes. Mais mis à part ça, A Love Supreme, c'est Byzance, Shangri-La, Xanadu, le Paradis, le Nirvana, le Walhalla, le Youkoun-Koun, la Tapisserie de Bayeux du jazz. C'est aussi un des albums les plus spirituels, sacrés qui soient, John Coltrane (saxophone) l'ayant composé dans un état second, et l'ayant imaginé comme un cadeau qu'il faisait à Dieu. Non pas un cadeau qu'il recevait du Divin, mais quelque chose de magnifique qu'il espérait pouvoir envoyer Là-Haut en remerciement de toutes les belles choses dûes à Dieu, de tout l'amour (pardon : l'Amour, A majuscule) que Dieu, selon lui (Coltrane était très croyant), donnait aux Hommes. Qui, pourtant, au vu et su de toutes les saloperies type guerre, génocides, etc qui se sont produits depuis la nuit des temps, ne méritent pas forcément autant d'amour et de compassion, en général.

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A Love Supreme, un amour suprême, donc, n'est pas n'importe quel disque de jazz. Si certains albums de jazz sont intemporels, comme Kind Of Blue et In A Silent Way de Miles Davis (pour ne citer qu'eux), ou Time Out de Dave Brubeck, le Concert By The Sea d'Erroll Garner, Oh Yeah de Charles Mingus ou un autre opus de Coltrane, Giant Steps (et encore, je n'ai cité ni Ornette Coleman, ni Thelonious Monk, ni Duke Ellington...), A Love Supreme, c'est la classe internationale. Cet album ne brille pas par l'originalité de sa pochette, recto comme verso étant occupés par la même photo noir & blanc, impériale photo ceci dit, d'un Coltrane de profil, concentré sur sa mission (à l'intérieur de la pochette dépliante, un texte de Coltrane sur son album, une longue prière pour Dieu, ainsi qu'un dessin le représentant jouant de son saxophone. Extrait, traduit en français, du texte : Pendant l'année 1957, j'ai connu par la grâce de Dieu un réveil spirituel qui allait me conduire à une vie plus riche, mieux remplie, plus productive. À cette époque, en signe de gratitude, je Lui ai humblement demandé qu'Il me donne les moyens et le privilège de rendre les autres heureux à travers la musique. J'ai le sentiment que cela m'a été accordé à travers Sa grâce. Louange à Dieu ![). Musicalement, en revanche, un seul sentiment ressort de l'écoute des 33 minutes de l'opus : admiration. Fierté d'avoir écouté un tel disque. On en ressort grandi, c'est sans doute un peu exagéré de dire ça, me direz-vous, mais si tel est le cas, c'est que vous ne connaissez pas encore A Love Supreme. Ou Coltrane, un des plus grands parmi les plus grands, mort tragiquement, en 1967, à un âge ridiculement jeune (40 ans), d'une infection du foie, assimilable à un cancer foudroyant. Christian Vander, batteur et futur leader de Magma, ne s'en remettra jamais, de la mort de celui qui fut, qui est toujours, son idole absolue. Trois ans plus tôt, il ('trane, pas Vander, ah ah ah) livrait A Love Supreme, et ses 3 ou 4 morceaux (3 ou 4 ? Disons que la face A est constituée de deux morceaux, et que sur la face B, on a les deux autres morceaux, mais généralement placés sur la même plage audio ; ces quatre morceaux sont en fait les quatre mouvements de l'album, album qu'il ne faut pas écouter en mode shuffle, donc). Sur ce disque, il est entouré de McCoy Tyner (piano), Jimmy Garrison (contrebasse) et Elvin Jones (batterie), et il tient, donc, le saxophone ténor. C'est aussi sa voix que l'on entend répéter, en litanie, A love supreme, a love supreme, à la fin d'Acknowledgment, la première partie (7,47 minutes) de l'album.

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Coltrane et sa femme et veuve, Alice

Les autres parties s'appellent Resolution (la partie la plus classique, dirons-nous, de cet album très avant-gardiste dans l'ensemble), Pursuance et Psalm. N'attendez pas de moi que je les décortique, ça serait faire preuve de la plus totale infâmie à l'encontre de ce disque. Et puis, c'est au-delà de mes forces. Tout ce que je peux dire, c'est que j'adore tout, ici, tout me bouleverse totalement, des premières notes du premier mouvement (cette impression que la musique surgit d'une épaisse brume ! Je ne sais pas trop comment l'expliquer clairement, mais les premières notes, le saxophone qui surgit comme ça, me donne l'impression d'arriver en Terre Promise après des heures, des jours, des siècles de tâtonnements dans la pénombre ; quand je vous disais que cet album est sacré, qu'il confine au sacré, au religieux, et moi qui ne suis, dans l'ensemble, franchement pas attiré par la religion - quand je rentre dans une église, c'est pour la visiter, pas pour prier !) aux dernières du dernier. Je suis toujours attristé de constater que 33 minutes, ça passe trop vite, mais je me console en me disant que l'album est parfait, et qu'avec 10 minutes de plus il ne l'aurait peut-être pas été (ou peut-être que si, peut-être que si...on ne le saura jamais). Voilà. A Love Supreme, cadeau de Coltrane, ce géant de 'trane, à Dieu. L'histoire ne dit pas si Dieu a accepté le cadeau, s'il y à des platines ou des chaînes hi-fi Là-Haut, mais dans tous les cas, nul doute que depuis 1967, 'trane offre son récital en personne au principal intéressé, y'en à des qu'ont de la chance, moi, je vous le dis.

FACE A

Acknowledgement

Resolution

FACE B

Pursuance

Psalm