MG1

Marvin Gaye...oui, moi aussi je me suis dit que ça faisait trop longtemps depuis la dernière fois que ce génial artiste a été abordé ici. C'était avec Midnight Love, son dernier album (1984), et c'était en 2014. Putain, un septennat à l'ancienne depuis le temps, oui, ça faisait vraiment un bail. Alors, que faire pour marquer son retour (le temps d'une chronique, j'en ai peur) ? J'aurais pu aborder un de ses premiers opus, mais sincèrement, ils ne me branchent pas des masses. Ce sont typiquement des albums conçus autour d'un hit ou deux par Motown, sans envergure, sans identité propre, des disques faits à la va-vite et qui, au final, sont décevants. On les trouve souvent en rééditions vinyle récentes pour moins de 10 euros par tête de pipe, d'ailleurs. Alors que pour les albums de la période 1971/1984, il faut payer le prix classique pour un vinyle. J'aurais pu aborder In Our Lifetime, son album de 1981, très peu connu, et je le ferai sans doute un jour ; ou un des albums posthumes (Dream Of A Lifetime, Romantically Yours...), mais ceux-là, par contre... Non, mieux vaut reparler d'un disque déjà abordé, mais depuis longtemps, et dont la chronique mériterait un bon dépoussiérage. En l'occurrence, un album au final peu connu, coincé entre des merveilles, sorti en 1976 : I Want You

MG2

Cet album, sorti sous une pochette reprenant (en la modifiant quelque peu : le nom de Gaye et de son album y apparaissent, ce n'est évidemment pas le cas à la base) une peinture d'Ernie Barnes du nom de "The Sugar Shack" et datant de 1971, cet album, donc, fut mon deuxième album de Gaye, après l'inévitable chef d'oeuvre de 1971 What's Going On. En fait, tout ça remonte à loin, mais il me semble bien avoir acheté I Want You genre une semaine après What's Going On. Imaginez : vous découvrez What's Going On (le genre d'album qui offre toujours quelque chose à découvrir, un monument dont on ne se lasse pas) et une semaine après, I Want You, lequel est radicalement différent. L'album de 1971 est de la soul sociale, engagée (écologie, religion, ghettos, violences faites sur les enfants, drogue, guerre, racisme, inégalités sociales, tout y passe), avec des arrangements luxuriants. Ce disque, c'était, pour l'époque, le futur de la soul. Et il y à l'album de 1976, celui-ci, qui est, lui, de la pure funk sensuelle, sans prise de tête inutile, un peu comme Let's Get It On (1973), sauf que pour ce dernier, c'est plus que sensuel, c'est carrément sexuel. I Want You, son premier album depuis 1973 justement, a été produit par Leon Ware, et sa production, avec moult synthétiseurs et avec son ambiance très lente, sera un peu critiqué à sa sortie, on le trouvera ennuyeux et filant trop vite (trois morceaux font moins de 2 minutes, on en a même un de 20 secondes), il dure d'ailleurs seulement 37 petites minutes. Ne vous plaignez pas, Let's Get It On, lui, en dure moins de 32. L'album se fera un peu critiquer dans la presse, donc, mais il marchera assez bien. Pas aussi cartonneur que les deux précédents, mais il se vendra mieux que les suivants, et notamment que le suivant direct, Here, My Dear (1978), double album pharaonique sur le pénible divorce de Marvin et Anna (soeur du patron de la Motown, maison de disques ayant signé Gaye).

MG3

L'album mérite amplement mieux que sa réputation (d'ailleurs, l'album a été réhabilité depuis pas mal d'années, donc c'est tant mieux) et offre quelques chansons assez climatiques et vraiment remarquables, comme, évidemment, I Want You (dont on retrouve par la suite, sur le disque, deux courtes versions instrumentales sur la face B), After The Dance, présent en version instrumentale (excellente) et en version chantée en final (curieusement, la version chantée me branche moins), Come Live With Me Angel, Since I Had You...Il est en revanche clair que la minute de I Wanna Be Where You Are qui achève la face A ne sert pas à grand chose. L'album s'inspire de la relation que Gaye avait, à l'époque (et ce, alors qu'il était encore marié avec Anna, même s'ils étaient séparés depuis 1973 et qu'en 1975, elle demandera le divorce, accordé en 1977), avec celle qu'il épousera en 1977, Janis Hunter, et qui lui donnera une fille en 1974, Nona. La vie personnelle de Gaye était en effet assez compliquée. On a envie de dire qu'épouser la soeur du patron de sa maison de disques, déjà, c'est risqué, et que la tromper, ça devient encore plus compliqué. Un de ses autres enfants, Marvin III, né en 1966, a pour mère la nièce d'Anna. Avec qui Gaye était déjà marié (Anna, pas la nièce, Denise). Pour compliquer encore les choses, la fin de vie de Gaye fut aussi tragique que compliquée aussi : abattu par son père, le jour de son anniversaire, au cours d'une violente engueulade entre les deux. Son père, qui était, il me semble, pasteur ou révérend. Pourquoi je raconte tout ça, moi ? Parce que dissocier l'artiste de son oeuvre est, pour Gaye, impossible. I Want You respire le cul par tous ses pores, tout en étant un disque assez curieux, presque calme, l'air de dire j'arrive, chérie, mais chut, pas de bruit, ma femme dort à côté. L'album suivant parlera du divorce, impossible dès lors de s'en étonner. 

FACE A

I Want You (vocal)

Come Live With Me Angel

After The Dance (instrumental)

Feel All My Love Inside

I Wanna Be Where You Are

FACE B

I Want You (intro jam)

All The Way Around

Since I Had You

Soon I'll Be Loving You Again

I Want You (intro jam)

After The Dance (vocal)