BS4

Sorti en 1973, le premier opus de Bruce Springsteen, Greetings From Asbury Park, N.J., sera bien accueilli par une presse enthousiaste, mais se vendra à peu près aussi bien que des photos dédicacées de Donald Trump à Pyongyang. Le Boss ne méritait pas encore son fameux surnom qui lui colle à la peau, mais plusieurs chansons de l'album seront souvent interprétées live (en 2009, Springsteen interprètera même l'intégralité de l'album en concert !), comme Spirit In The Night, Growin' Up ou Blinded By The Light. Quand Bruce entre en studio (le même studio que pour le premier opus : le studio 914 de Blauvelt, à New York, qui ne coûtait pas très cher) en mai 1973 pour accoucher de son deuxième album, toujours sous la houlette de son manager Mike Appel à la production (et de Jim Cretecos), il a enrichi son groupe, qui s'appellera dès lors le E Street Band, d'un nouveau membre : l'accordéoniste Danny Federici (qui, par la suite, jouera aussi des claviers). Les autres sont toujours là : Clemons, Tallent, Sancious, 'Mad Dog' Lopez. Ce n'est cependant qu'à partir de l'album suivant, Born To Run, que le E Street Band trouvera, peu à peu, sa structure. En attendant, il trouve déjà son nom, rapport au titre de l'album : The Wild, The Innocent & The E Street Shuffle. Un disque bien plus généreux que le précédent, qui durait 37 minutes. Ce deuxième album, avec seulement 7 titres, en dure quasiment 10 de plus ! Et parmi les 7 morceaux, trois immenses classiques, dont une chanson qui sera le final de pas mal de concerts pendant une dizaine d'années : Rosalita (Come Out Tonight). La pochette représente, sobrement, Springsteen, avec son look de l'époque (barbu), main sur la bouche, regard vers sa gauche, comme pensif. Au verso, une photo du groupe, assis ou debout devant un porche de maison, en tenue décontractée (beaucoup sont nu-pieds, Springsteen ne l'est pas mais arbore un marcel du plus bel effet chômeur de longue durée qui profite de la vie). 

BS5

The Wild, The Innocent & The E Street Shuffle se vendra à peu près aussi bien que le précédent album... et sera tout aussi bien accueilli. Dans un sens, c'est vraiment rassurant de savoir que malgré le bide commercial, on ait, à l'époque, su distinguer ces deux albums dans la production assez pléthorique de l'époque. Les rock-critics seront encore une fois emballés. Les morceaux de cet album sont bien plus longs (quatre titres dépassent les 7 minutes, New York City Serenade en fait même 10), ce qui pourrait être un point faible si les morceaux étaient ratés. Mais des 7 titres de cet album, aucun, je dis bien aucun n'est mauvais ou moyen, faisant de ce deuxième opus un chef d'oeuvre. Un disque enregistré dans le doute et sorti le 11 septembre 1973 (une date désormais fatidique, le 11 septembre, associé à 2001 ; mais le 11 septembre 1973 est la date du coup d'état au Chili, le renversement du gouvernement de Salvador Allende et la chute de deux tours de radiocommunication, oui, deux tours tombées un 11 septembre, l'histoire se répêtera, dans un sens ; fin de la digression). Cet album montre Bruce prendre un peu plus d'assurance, vocalement déjà, et musicalement. La durée des morceaux en est une preuve. Il y à un souffle épique tout du long des 46 minutes, quasiment 47, de cet album. Pourtant, ça démarre normalement avec The E Street Shuffle, mais le délicat 4th Of July, Asbury Park (Sandy), avec le sublime accordéon de Federici, met tout le monde à genoux, et Kitty's Back, qui suit, enfonce le clou. Ces morceaux, voir le Live 1975/1985 (coffret de 5 vinyles, ou 3 CD, sorti en 1986) ou le live Hammersmith Odeon 1975 sorti au cours des années 2000, seront des classiques scéniques absolus dès cette époque. 

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De même que Rosalita (Come Out Tonight) qui se trouve sur la face B, d'ailleurs. Et les autres morceaux auraient eux aussi mérité d'être des classiques intemporels. Ce n'est pas le cas, ni Incident On 57th Street, ni Wild Billy's Circus Story ni New York City Serenade ne sont entrées dans la légende, elles ne sont connues que des fans du Boss, mais franchement, elles auraient mérité. On notera cependant que cet album est surtout écouté par les fans du Boss, et encore : je connaissais un mec, grand fan de Springsteen, qui n'avait, avant que je ne lui en parle, jamais écouté les deux premiers albums du Boss, ne pensant pas qu'ils étaient dignes d'écoute. La tronche qu'il a fait en écoutant cet album (j'étais présent), c'était comme la pub pour Eurocard Mastercard : il y à des choses qui ne s'achètent pas ! Cet album est un de mes préférés du Boss, je le préfère nettement au pourtant remarquable album suivant, Born To Run (dont la production très spectorienne - mais pas signée Spector - est un peu usante, le disque est grandiose, toutes les chansons assurent, mais il est surproduit). The Wild, The Innocent & The E Street Shuffle, c'est quelque part le début de la légende springsteenienne. Et malgré des faux-pas de temps en temps, quelle légende !!!

FACE A

The E Street Shuffle

4th Of July, Asbury Park (Sandy)

Kitty's Back

Wild Billy's Circus Story

FACE B

Incident On 57th Street

Rosalita (Come Out Tonight)

New York City Serenade