PS1

C'est Noël !

Oui, je sais, en fait, c'est dans 6 mois et une semaine (environ), mais on ne va pas chipoter pour si peu. Trêve des confiseurs de plaisanterie, j'avais envie de reparler de ce disque, ça dérange quelqu'un ? Non ? Bien, merci. Surtout que ce disque fut enregistré en plein été, en Californie, faut imaginer le truc, des chansons de Noël couchées sur bande en plein cagnard. Oui, mais comme il fallait que l'album sorte dans les temps (et sa sortie, tiens, je vais bien en reparler plus bas, car parler de cet albums sans parler de ce détail, c'est passer à côté de plein de choses), il fallait bien le faire hors période. Bon, sinon, ce disque est une date, un monstre sacré. On peut dire de ce disque, qui était le préféré, apparemment, de Johnny Thunders (New York Dolls, Heartbreakers, pas ceux de Tom Petty, mais les siens propres), et est aussi le préféré de Brian Wilson (Beach Boys), qu'il est LE disque de chants de Noël à retenir. Oubliez les autres, même si certains sont sûrement bien (il paraît que celui de Dylan, Christmas In The Heart, est bien). Bon, en même temps, je suis obligé de le dire d'entrée de jeu : je n'aime pas les chansons de Noël. Je les trouve mièvres, sirupeuses, j'aime bien Noël (on y mange bien, on a des cadeaux, un beau sapin, de belles décorations, etc), mais la musique qui va avec, merci, non, j'en ai marre d'entendre parler de Rudolphe au nez rouge, de mon beau sapin, de la douce nuit sainte nuit et de ce putain de petit papa Noël de Tino Rossi. Surtout cette chanson, d'ailleurs. Mais il y à un quelque chose, ici, sur cet album, qui change la donne, en ce qui me concerne. Ce disque, sorti en 1963, ce sont des chansons de Noël arrangées à la sauce pop par Phil Spector, qui fait chanter ici ses artistes-phares de l'époque. 

PS2

Phil Spector ! Actuellement en taule (et je pense que vu son âge et les raisons de son incarcération - il a tué sa petite amie, et pas par accident, il lui a tiré dessus -il mourra en prison), le mec est du genre qu'on ne peut pas adorer...mais qui, nez en moins (ah ah ah), suscite de l'admiration. De l'admiration pour son boulot de producteur. Inventeur du fameux 'wall of sound' (on empile des couches, des couches, des strates, de pistes sonores pour aboutir à du wagnérisme pop ; le seul souci, le son est assez écrasé, à la longue, vu l'empilement...), le mec, un peu beaucoup parano sur les bords et qui avait des méthodes d'enregistrement douteuses (il lui arrivait de menacer, de son flingue, un artiste pour en arriver au résultat escompté ou l'empêcher d'accéder aux masters...seul maître à bord après Dieu, le Phil !), est une légende dans le genre. Il a produit les plus grands, pas forcément pour des résultats immenses d'ailleurs (Leonard Cohen, Ike & Tina Turner, Ramones - même si leur album spectorien, End Of The Century, fait polémique chez les fans, certains l'adorent vraiment -, Beatles - Let It Be - auront bien du mal à dire de lui), mais souvent (Dion - pas Céline, mais le chanteur pop américain d'origine italienne -, Lennon, Harrison, j'en passe), c'est du lourd. Ici, avec ce disque nommé A Christmas Gift For You From Philles Records (renommé A Christmas Gift For You From Phil Spector en CD), c'est du méga lourd, 34 immenses minutes sur lesquelles on entend 12 chansons de Noël (dont un morceau original). Enfin, 13 titres en tout, mais le dernier, Silent Night, reprend la mélodie du fameux chant traditionnel, mais ce que l'on entend, c'est un speech de Spector, qui remercie les acquéreurs de l'album et tous ceux qui ont participé à l'album. Les chansons sont signées Darlene Love (alias Madame Murtaugh dans la saga L'Arme Fatale, oui, c'est elle), The Ronettes, Bob B. Soxx & The Blue Jeans et The Crystals. 

PS3

Phil Spector (en arrière-plan, Darlene Love et Cher, qui ne chante pas du tout sur le disque - mais son mari, Sonny Bono, est aux percussions) qui semble s'emmerder

Tous ces artistes sont connus, sauf Bob B. Soxx & The Blue Jeans, qui avaient, à l'époque, sorti une chanson de Disney (Zip-A-Dee-Doo-Dah, du film maudit Mélodie Du Sud) et, mis à part ce single et les deux chansons interprétées sur l'album de Noël, ne feront plus rien. Ici, ils chantent The Bells Of St. Mary (excellent) et Here Comes Santa Claus (le morceau le moins percutant de l'album). Ils sont la portion congrue de cet album, avec seulement deux chansons, mais ce sont les moins connus, les moins vendeurs, c'est logique. Les Ronettes (Ronnie, la chanteuse principal de ce trio vocal, sera longtemps la femme de Spector) chantent Frosty The Snowman, Sleigh Ride et I Saw Mommy Kissing Santa Claus. Sleigh Ride, avec ses ring-a-ling-a-ling-a-ling-a-ding-dong-ding ! en choeurs, est intouchable, absolument. Une chanson éternelle qui respire à fond la magie de Noël. Les Crystals (vous vous souvenez de Da-Doo-Ron-Ron, version originale ? C'est elles !), autre trio vocal mené par LaLa Brooks, chantent, ici, Rudolph The Red-Nosed Reindeer, Parade Of The Wooden Soldiers et surtout l'inusable Santa Claus Is Coming To Town, autre vrai intouchable maintes fois refait (dans ce genre d'arrangements), jamais égalé. Enfin, Darlene Love chante, elle, quatre titres, dont un original. C'est apparemment elle que Spector voulait mettre en avant. Elle nous offre d'entrée de jeu un classique inusable, White Christmas. Puis le sublime Marshmallow World. Puis Winter Wonderland. Enfin, l'original Christmas (Baby Please Come Home), qui servira en 1984 de générique au film Gremlins de Joe Dante. D'ailleurs, souvent, on utilisera, dans des films américains se passant à Noël, des morceaux issus de cet album prodigieux et culte. Album qui a failli être totalement oublié : il sort, en effet, le 22 novembre 1963, afin d'être dans les bacs un mois avant Noël, quand on commence gentiment à se préparer. Mais le 22 novembre 1963, JFK se fait assassiner à Dallas. Spector fait, en signe de deuil et de respect, retirer le disque quasi immédiatement. L'album n'existe plus, il sera réédité, sous un autre titre (Phil Spector's Christmas Album) et une autre pochette (Spector en Père Noël !) en 1972, sur le label Apple, des Beatles. Puis en CD, via un coffret (Back To Mono) et en CD séparé. Destin étrange, donc, collé à l'Histoire des USA (dans le genre date de sortie malheureuse, c'est le pompon, mais c'est surtout une terrible coïncidence, comme le "Love And Theft" de Dylan et le Des Visages Des Figures de Noir Désir, sortis le 11 septembre 2001 ou le De L'Amour de Hallyday, sorti le 13 novembre 2015, jour des attentats du Bataclan et République, et dont le contenu (l'album) propose une chanson en hommage aux victimes des attentats de Charlie-Hebdo et de l'Hyper Cacher en janvier de la même année... On n'y peut rien, évidemment. Reste que cet album malchanceux mais devenu culte est, dans son genre, et notamment pour moi, le seul disque de Noël qui, du début à la fin, vaille le coup, et que l'on écoutera aussi bien à l'époque concernée que n'importe quand dans l'année. Même en juillet sur la plage, ça fonctionne, parce que, musicalement, ces réarrangements pop chatoyants sont de pures sucreries !

FACE A

White Christmas

Frosty The Snowman

The Bells Of St. Mary

Santa Claus Is Coming To Town

Sleigh Ride

Marshmallow World

FACE B

I Saw Mommy Kissing Santa Claus

Rudolph The Red-Nosed Reindeer

Winter Wonderland

Parade Of The Wooden Soldiers

Christmas (Baby Please Come Home)

Here Comes Santa Claus

Silent Night