MC51

Brothers and sisters, I want to see a sea of hands out there

Let me see a sea of hands

I want everyone to kick up some noise

I want to hear some revolution out there, brothers
I want to hear a little revolution
Brothers and sisters, the time has come for each and every one of you to decide whether you are going to be the problem or whether you are going to be the solution
(That's right)
You must choose brothers, you must choose
It takes five seconds, five seconds of decision, five seconds to realize your purpose here on the planet
It takes five seconds to realize that it's time to move, it's time to get down with it
Brothers, it's time to testify and I want to know, are you ready to testify ?
Are you ready ?
I give you a testimonial, the MC5 !

Ce disque sépare clairement les hommes des petits garçons. Enregistré live en deux nuits, les 30 et 31 octobre (au cours des célébrations d'Halloween donc) à la Grande Ballroom de Detroit (Michigan), et sorti en février 1969, c'est le premier album d'un groupe culte des années 70, groupe qui fera plus parler d'eux pour leurs idées et leur attitude que leur musique, car ils ne feront que trois albums avant de splitter : MC5. J'en ai reparlé ici récemment, tu te souviens ? (Back In The U.S.A., leur deuxième album et leur premier album studio par ailleurs, 1970) Le Five, qui s'appelait MC5 parce qu'il s'agissait d'un groupe de 5 membres originaire de Detroit la Motor City, était un groupe de garage-rock bien furax. Un groupe qui, en fait, à l'époque, servait surtout de tremplin médiatique, et d'outil, à John Sinclair, un professeur d'université gauchiste aux idées pour le moins révolutionnaires, fondateur du White Panthers Party, un parti politique anarchiste qui prônait le bordel, la baise dans les rues, tout gratuit pour tout le monde, plus de tribunaux ni de police... Sinclair était (il est toujours de ce monde à l'heure où j'écris ça) le 'gourou' du groupe, on trouve un texte signé de sa part dans l'intérieur de pochette, et les chansons du groupe, pour certaines, semblent de gros slogans sinclairiens déguisés. Sinclair se fera arrêter pour possession de cannabis peu après, fera de la taule (des stars engagées comme Lennon et Yoko clameront qu'il faut le libérer, j'en ai déjà parlé quand j'ai réabordé Back In The U.S.A.), le groupe sera dès lors managé par un autre, et changera radicalement de fusil d'épaule en devenant un simple groupe de rock un peu nerveux, à la Stooges. Qui viennent aussi de Detroit. 

MC52

Kick Out The Jams, tel est le nom de ce premier album, un live donc (pour un premier album, c'est des plus rares !). Live qui démarre par un long speech passionné (reproduit intégralement en haut d'article) par le 'guide spirituel' du groupe, Brother J.C. Crawford (mais le texte est indéniablement de Sinclair), qui demande au public de lever les mains et de se poser la question : voulez-vous que tout ça change ? Voulez-vous être la solution au problème ? Et autres élucubrations du même genre qui, aujourd'hui, font sourire, mais qui, à l'époque, étaient de vrais appels à l'émeute. On est en 1968, en fin d'année. A Detroit, le 30 octobre, la veille d'Halloween (ce live a été fait les 30 et 31 je le rappelle), c'est la Devil's Night, la nuit où, souvent, il se passe des choses pas claires, agressions, vandalisme, faits divers, les gens sont à prendre avec des pincettes et à toucher avec des perches de 3 mètres de long. Entre le texte engagé de la pochette, l'ambiance totalement survoltée (ce live, niveau ambiance, bute totalement) et le Kick out the jams, motherfuckers ! braillé par le chanteur Rob Tyner juste avant le riff d'intro du morceau-titre, on comprend que l'album, et le groupe, n'a pas été super bien reçu. Elektra Records, qui avait signé le groupe, leur rendra d'ailleurs leur contrat, n'aidera pas à la promotion, le disque devra être retiré de la vente et ressortira avec un 'brothers and sisters !' bien gentillet à la place du 'motherfuckers !' enragé, les notes de pochette internes seront censurées aussi... Un pressage original américain avec le 'motherfuckers !' vaut cher. L'album aligne les bombes : le morceau-titre, Rocket Reducer N°62 (Rama Lama Fa Fa Fa), Motor City Is Burning (une reprise, pas la seule sur l'album), Ramblin' Rose, I Want You Right Now, Starship qui réutilise un poème de Sun Ra et est par ailleurs très spatiard... 

MC53

A sa sortie, le disque ne se vendra pas des masses, mais sera plutôt bien reçu par la presse. Enfin, dans Rolling Stone, magazine contre-culturel à l'époque, on se serait attendu à ce que le disque soit encensé, mais non. Un certain Lester Bangs, dont ce sera la première critique publiée, défoncera le disque bien comme il faut, le qualifiant d'ennuyeux, de ridicule et prétentieux. Des années après, il ne cessera, jusqu'à sa mort en 1982, de regretter cette critique totalement infondée et ratée, il n'avait pas pigé le disque. Il fera un mea culpa public dans une autre chronique par la suite, et dira même que sa critique d'époque avait occasionné, de la part des lecteurs furieux, beaucoup de menaces de mort et de courriers enragés, bien plus que les autres critiques polémiques publiées dans le magazine ! En résumé, un album cultissime, un live furieux (sans doute un peu trop apocalyptique par moments, ceci dit), qui file de grosses envie de sortir dans les rues pour manifester. Pas le meilleur du groupe pour moi, ni mon préféré (dans les deux cas, c'est le suivant, malgré sa production à chier), mais vraiment un disque essentiel. A noter que l'album a été réédité en vinyle, souvent. Une des plus récentes, je l'ai achetée il y à environ deux ans, et j'ai été surpris de constater que le disque était tricolore (visuel plus haut), ce qui ne gâche rien (mais fait un peu mal aux yeux si vous regardez le disque tourner sur la platine) ! J'avais envie de finir ma chronique sur ce petit détail qui plaira peut-être aux vinylmaniaques collectionneurs...

FACE A

Ramblin' Rose

Kick Out The Jams

Come Together

Rocket Reducer N°62 (Rama Lama Fa Fa Fa)

FACE B

Borderline

Motor City Is Burning

I Want You Right Now

Starship