FM1

En 1974, Bob Welch, chanteur et guitariste de Fleetwood Mac depuis 1971 (pas le seul chanteur ni le seul guitariste, mais il prendra de plus en plus d'importance au sein du groupe au fil des albums, et notamment dès le départ de Danny Kirwan, aussi chanteur/gratteux, en 1972), quitte le groupe. Sans acrimonie, sans haine, sans douleur. Il avait envie de faire autre chose. Force est de constater (et le groupe lui-même le dira quand ils seront intronisés au Rock'n'Roll Hall Of Fame, sans que Welch y soit invité pour autant...) que si le groupe n'a pas vendu des masses d'albums durant la période 1971/1974 (5 albums y furent faits), ils ont quand même réussi à rester à flot, en grande partie grâce à Welch et à ses goûts un peu aventureux (écoutez Heroes Are Hard To Find, dernier des albums de cette période, et notamment Coming Home et Angel). Le groupe a cependant grand besoin de reconnaissance publique et critique, ils ont besoin de succès, de hits, c'est aussi simple que ça. A la base groupe de blues-rock britannique, Fleetwood Mac est passé à la pop avec Welch, et en fin 1974, avec l'arrivée de deux nouveaux membres, cette nouvelle orientation va devenir définitive. Arrivent en effet deux Américains, à l'époque en couple (ils divorceront vers 1976) : la chanteuse Stevie Nicks et le guitariste et chanteur Lindsey Buckingham. Tous deux, qui ont sorti en 1973 un album en duo, vont parfaitement s'imbriquer dans le Mac, qui va devenir un des plus fameux représentants de pop-rock à la californienne. Un comble pour un groupe britannique ! Mais si les premiers fans vont gueuler et même se désolidariser du groupe, ce dernier en chope des nouveaux.

FM3

Nicks, Fleetwood, Christine McVie, Buckingham, John McVie

En 1975 (en milieu d'année), sort le premier album de cette nouvelle formation : comme le premier album de 1967, il ne porte pas de nom. Fleetwood Mac, donc. Mais pour éviter la confusion avec le premier opus (qui, en fait, s'appelle Peter Green's Fleetwood Mac...), on va le surnommer le White Album. Comme un bon vieux Beatles. Produit par le groupe et Keith Olsen, cet album blanc, parce que sorti sous une pochette blanche représentant le batteur Mick Fleetwood (longiligne) et le bassiste John McVie (mari et futur ex de la chanteuse/claviériste du groupe, Christine) agenouillé de manière à le faire passer pour un nain, les deux sous un porche, avec une boule de cristal (une des chansons s'appelle Crystal, justement), est un régal de pop-rock. Un album qui cartonnera bien comme il faut, c'est le premier album du groupe, depuis belle lurette, à se vendre autant, et c'est le dernier de leurs albums sur le label Reprise (ils passent directement sur Warner pour le suivant). Quatre singles seront tirés de l'album : Warm Ways, chantée et écrite par Christine McVie, sublime chanson douce, aérienne, vaporeuse, dont on ne se lasse pas ; Over My Head, aussi de Christine, chanson au tempo lent et hypnotisant ; Rhiannon, signée Stevie Nicks, sublime chanson (en live, ça sera toujours un grand moment) sur une sorcière galloise ; et Say You Love Me, encore un titre de Christine, chanson au rythme plus soutenu, très réussie. Limiter le White à ces quatre titres serait cependant faire preuve d'une belle stupidité.

FM2

L'album, en effet, ne contient aucune mauvaise chanson. Nicks nous offre aussi une pure splendeur (qui, en live,  aussi, sera toujours un grand moment, acoustique, de pure émotion), Landslide, et interprète Crystal avec son mari, Lindsey. Qui, lui, interprète World Turning avec Christine, morceau qui, en live, sera prétexte à quelques moments d'improvisation (dont solo de batterie) dans les premiers concerts, et il offre aussi les très rock et entraînants Blue Letter (un peu secondaire, mais sympa, et puis, le morceau n'est pas très long, il passe tout seul) et Monday Morning (qui ouvre parfaitement le disque). Sans oublier I'm So Afraid, qui l'achève, immense morceau de blues-rock qui, en live (encore une fois !), sera immense, l'occasion rêver de délivrer un solo de guitare déchirant, bluesy et habité. Un morceau littéralement transcendé en concert, et mon préféré du groupe, toutes périodes confondues. En fait, il n'y à que le Sugar Daddy de Christine qui soit un tant soit peu secondaire (avec Blue Letter), mais rien de grave du tout, les 42 minutes de cet album de 1975 sont sublimes dans l'ensemble. Ceci dit, qui, à l'époque, le groupe y compris, aurait pu prévoir que leur album suivant, qui sortira en 1977, sera un si monstrueux succès ? En effet, le successeur de cet album blanc déjà vraiment réussi ne sera autre que le best-seller mondial, truffé de hits, parfait de bout en bout Rumours... Et le groupe d'atteindre clairement un autre plateau, avec tout ce que ça implique (cocaïne à gogo, crises d'égo, etc) ! Mais sans ce White Album, pas de Rumours ! Il lui ressemble d'ailleurs beaucoup, en grand frère moins mythique, mais pas moins réussi. 

FACE A

Monday Morning

Warm Ways

Blue Letter

Rhiannon

Over My Head

Crystal

FACE B

Say You Love Me

Landslide

World Turning

Sugar Daddy

I'm So Afraid