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Après un album de Nash, un album de Stills ! Et j'ai envie de dire que la pochette donne le ton, on est en plein hiver, et le pauvre Stills semble presque se geler les couilles à jouer de la guitare dans la neige. Bon, Stills... Personnage apparemment des plus salopards, un mec du genre colérique, ombrageux, viril, macho, du genre à toujours vouloir prendre l'ascendant sur les autres (Buffalo Springfield et CS&N (&Y) évidemment). Dans sa vie personnelle aussi, apparemment : marié en 1973 avec Véronique Sanson (ils ont un fils né l'année suivante), ils divorcent en 1979, la lune de miel aura tourné court. Mais bon, on ne va pas réduire Stills à un tempérament colérique et machiste. Musicalement, ce mec, fils de militaire ayant passé son enfance dans divers endroits aussi bien des USA qu'ailleurs (Amérique du Sud : Costa Rica, Salvador, Panama) et qui, forcément, en a récolté des univers musicaux (et culturels, en général) aussi divers que variés, est un titan. Enfin, un titan...disons un excellent, vraiment excellent musicien. Ecoutez Super Session (1968), album fait par Mike Bloomfield, Al Kooper et Stills, pour en avoir une preuve. En l'occurrence, écoutez la face B de l'album, sur laquelle apparaît Stills. Ecoutez les albums de Buffalo Springfield, et notamment le deuxième, de 1967 (Buffalo Springfield Again). Et évidemment, les albums de Crosby, Stills, Nash (& Young), on en parle ? Si vous aimez la bonne musique, logiquement, pas la peine, vous connaissez déjà ces disques mieux que votre propre maison. 

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En janvier 1970, et entre juin et juillet de la même année, Stills se lance dans son premier opus solo. A l'époque, Déjà Vu, l'album de Crosby, Stills, Nash & Young, est sorti (en mars) et a été classé disque de platine la semaine même de sa sortie, il me semble. Dans le courant de 1970, les quatre membres du groupe vont chacun enregistrer un album solo. Neil Young sort After The Gold Rush (son troisième album solo) en septembre. Stills sort le sien, éponyme (Stephen Stills) en novembre. Crosby sort If I Could Only Remember My Name en février 1971, et Nash son Songs For Beginners, dont on a parlé ici récemment, en mai 1971. Tous vont cartonner, et c'est en grande partie le succès de Déjà Vu qui aidera, même si tous sont remarquables. Le Stills... Avec sa pochette hivernale (on passera sur la présence d'une statue ou peluche de girafe rose, apparemment une allusion secrète pour Rita Coolidge, chanteuse/vocaliste, présente sur l'album, qui venait de le quitter pour se mettre à la colle avec Nash), cet album, dédié à Jimi Hendrix qui joue sur un titre (Old Times Good Times) qu'il n'aura pas le temps d'entendre sur l'album : Hendrix est mort deux mois avant la sortie de Stephen Stills. L'album bénéficie aussi, sur Go Back Home, de la présence d'Eric Clapton. Bien que ne jouant pas sur le même morceau, Clapton et Hendrix font de ce disque un moment historique : le seul album de l'histoire du rock sur lequel ils sont tous deux crédités. On peut aussi citer, parmi les musiciens, Booker  T. Jones, Ringo Starr (crédité d'un simple "Richie"), Calvin "Fuzzy" Samuels, Dallas Taylor... Parmi les choristes, du beau linge aussi : Claudia Lennear, John B. Sebastian, Mama Cass Elliott, Rita Coolidge, Graam Nash, David Crosby. Neil Young brille par son absence, ce qui n'a rien d'étonnant. 

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L'album s'ouvre sur un des morceaux de choix de Stills, qu'il interprétera live avec Crosby, Stills, Nash & Young aussi bien qu'en solo : Love The One You're With. Basé sur une phrase que Billy Preston, fameux claviériste, prononçait sans cesse ("si tu ne peux pas vivre  avec celle que tu aimes, aimes celle avec qui tu vis"), le morceau est juste génial (la version se trouvant sur le coffret live CSNY 1974 est juste époustouflante) et il ouvre avec panache cet album qui, en 38 minutes, n'offre strictement rien de mauvais. Mention spéciale à Black Queen (qui, là aussi, en live, sera intensifiée), Go Back Home, Old Times Good Times et à la réponse stillsienne au Helpless de Neil Young : We Are Not Helpless, achevant l'album (placé sans aucune interruption après Cherokee, un morceau sans doute sur Rita Coolidge, en partie d'origine cherokee) avec une totale réussite. Coproduit par Stills et Bill Halverson, enregistré entre l'Angleterre et la Californie, ce premier opus solo de Stills est un de ses meilleurs, si ce n'est son meilleur, un disque essentiel et que l'on prendra toujours énormément de plaisir à écouter et réécouter. Et puis quelle pochette (malgré la girafe rose)...

FACE A

Love The One You're With

Do For The Others

Church (Part Of Someone)

Old Times Good Times

Go Back Home

FACE B

Sit Yourself Down

To A Flame

Black Queen

Cherokee

We Are Not Helpless