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Attention, je ne vais pas être objectif. Du tout, même. Ce disque compte énormément pour moi. Ce n'est pas un disque très connu, ce n'est même probablement pas un disque méritant de figurer dans les classements/livres/listes du style les meilleurs albums de rock, mais cet album n'en demeure pas moins absolument fantastique dans son genre. Ne vous fiez pas à sa pochette (qui serait probablement difficile à refaire aujourd'hui sans que les critiques débiles du style pochette de pédophile ne fusent), montrant, sur fond noir, trois vues identiques (mais une de face, et une de chaque côté) du batteur du groupe, Mick Fleetwood (car le groupe, c'est Fleetwood Mac, au fait, mais vous le saviez déjà, c'est écrit en haut d'article, que je suis con...), quasiment nu mis à part un slip et des chaussures et chaussettes, tenant à bout de bras un petit garçon nu, juché sur ses pompes, tête renversée. Je suppose que le gamin est le propre fils (s'il en a un, mais pourquoi n'en aurait-il pas ?) de Fleetwood. Que ce soit son fils ou pas, la pochette est des plus...étranges. Avant, je la jugeais foirée, maintenant, je révise un peu mon opinion, non, elle n'est pas ratée, elle est juste...trop étrange pour qu'on la juge vraiment. Quel est le but de cette pochette, qu'est-ce que le groupe voulait dire avec elle ? Ce qui est amusant, c'est que cette pochette cadre au final plutôt bien avec l'album, qui est indéniablement un des plus atypiques du groupes, il renferme quelques morceaux assez aventureux... Cet album est sorti en 1974, c'est le deuxième album du groupe sorti en cette année (après Mystery To Me, qui fut, il me semble, enregistré en fin 1973, année de sortie d'un autre opus du groupe, Penguin ; le groupe, comme tout groupe de rock à l'époque, ne chômait pas !), c'est aussi le dernier des cinq albums faits avec le guitariste Bob Welch (mort en 2012, il s'est donné la mort), arrivé dans le groupe en 1971 afin de (tenter de) pallier au départ de leur guitariste et leader Peter Green, parti rejoindre une secte de tarés, et bien amoché par les drogues (il mettra des années à se refaire une santé mentale, si tant est qu'il y soit parvenu).

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Bob Welch, vers 1974

Cette période Bob Welch, intermédiaire entre les deux périodes les plus connues du groupe (les débuts, bluesy, avec Peter Green, Jeremy Spencer, puis Danny Kirwan - guitariste méconnu, sous-estimé, à la vie chaotique -, des albums comme Mr. Wonderful ou Then Play On ; et la période 1975/1982, voire un peu après, période pop FM avec le couple Stevie Nicks/Lindsey Buckingham, et des albums comme Rumours ou Tusk), cette période Bob Welch, donc, n'est pas connue des masses. Pour tout dire, quand le Mac sera intronisé au Rock'n'Roll Hall Of Fame, Welch ne sera ni invité (ce qui, déjà, est triste), ni même ne serait-ce que cité (là, ça devient dégueulasse), alors que les membres du groupe, dans des interviews, reconnaîtront que Welch est parvenu, durant cette période 1971/1974 (cinq albums), à maintenir à flot le bateau Fleetwood Mac, qui était, après le départ de Green, quasiment condamné à sombrer corps et biens. Aucun des albums de cette période ne sera un succès prodigieux comme le sera Rumours en 1977, aucun d'entre eux n'est jamais cité par les rockeux avides de faire des listes des meilleurs albums de tous les temps. Aucun d'entre eux, même, ne renferme de tube, exception, sans doute, de Mystery To Me qui contient Hypnotized, chanson qui, aux USA, sera un tube mineur, passera souvent en radio, sera repris par les Pointer Sisters, mais est relativement méconnu quand même, surtout en Europe. Mais si l'on excepte Penguin (1973), ces albums sont, tous, remarquables. Je vais rapidement les passer en revue avant d'entrer vraiment dans le vif du sujet, dans la critique de ce cinquième et ultime album du Mac avec Welch, cet Heroes Are Hard To Find de 1974, donc, que je cite là pour la première fois (au fait, cette chronique est une refonte d'une ancienne chronique de 2009, désormais caduque et effacée) et dont je vais parler bientôt, je vous rassure. On a d'abord, en 1971, Future Games, album magnifique avec, notamment, la chanson-titre, signée Welch, Sands Of Time, Woman Of 1000 Years (toutes deux signées Danny Kirwan), Morning Rain (de Christine McVie). Bare Trees, en 1972, probablement le meilleur album de l'entière période, suit, Welch y offre Sentimental Lady, The Ghost, deux chansons imparables et magnifiques, Christine McVie y offre Homeward Bound, et Kirwan, qui partira peu après l'album, y offre notamment Child Of Mine, Dust, Danny's Chant, l'instrumental Sunny Side Of Heaven. Un régal sous pochette enchanteresse et sobre. 1973, le groupe engage Bob Weston et Dave Walker, ce dernier au chant, en remplacement de Kirwan. L'album Penguin sort, c'est un disque un peu fade, mais avec quand même de bonnes chansons (Night Watch, Dissatisfied, Bright Fire). Walker s'en va. Enregistré la même année, mais sorti en 1974, Mystery To Me, sous sa pochtte...cheloue, offre Hypnotized, The City, Emerald Eyes, une bonne reprise du For Your Love des Yardbirds, et dans l'ensemble, une durée un peu trop généreuse de 48 minutes, le disque est bon, mais un tantinet inégal. Weston s'en va peu après.

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Verso de pochette vinyle (pas une photo perso)

Un peu plus tard dans la même année, le Mac a eu entre temps des soucis avec son manager, qui organisera une tournée Fleetwood Mac avec d'autres musiciens, prétextant qu'il possède le nom du groupe et peut en faire ce qu'il veut ; il a fait ça, des concerts d'un faux groupe, pour manifester sa colère contre les vrais Fleetwoods, qui étaient sans cesse, avec leurs changements de personnel et leurs albums sans succès commercial, au bord du split. Ils lui intenteront un procès, qu'ils gagneront. Parallèlement, le groupe, anglais de nationalité, s'installe en Californie. C'est là que l'album Heroes Are Hard To Find est enregistré. C'est le dernier album du groupe avec Welch, qui partira après la tournée et sera rapidement remplacé par un jeune couple de musiciens californiens que j'ai cités plus haut, la chanteuse Stevie Nicks et le guitariste et chanteur Lindsey Buckingham. N'allez pas croire que le groupe a viré Welch, non ; ce dernier est parti de son plein gré, de son propre chef, sans amertume, sans ressentiment à l'égard des autres membres du groupe ; il en avait juste marre, avait envie d'autre chose, voilà tout. Dommage pour lui que le succès soit arrivé pile avec l'album suivant, l'éponyme de 1975, le premier avec Buckingham et Nicks. Bon, allez, retour à Heroes Are Hard To Find. 39 minutes (et 11 titres), voilà le programme de ce disque faisant partie de mes grands chouchous du Mac (avec Bare Trees), je l'adore tellement que, comme Bare Trees, je me le suis payé en vinyle, pour le plaisir. Comme s'il avait pressenti que ça serait son dernier album avec le groupe, Welch a, ici, littéralement ouvert toutes les vannes : sur les 11 titres, pas moins de 7, soit nettement plus que la moitié, sont signés de sa main, et chantés par sa voix si enchanteresse, envapée et douce. Christine McVie (chant, claviers, femme du bassiste du groupe, John McVie) a droit à 4 chansons, la portion congrue, mais attention, ses chansons sont au moins aussi réussies que celles de Welch, certaines d'entre elles (Prove Your Love, Come A Little Bit Closer) sont même intouchables. Il paraît que Christine vivra un peu mal cette période où ses chansons ne furent pas aussi importantes qu'elles auraient du l'être ; elle a sans doute composé d'autres titres durant les sessions de l'album, mais a donc du faire un tri. Ce qui est sans doute frustrant. On va donc commencer par parler de ses chansons : la chanson-titre, bien rythmée, une ouverture efficace, pas le sommet de l'album, mais c'est du beau, du bon, Dubonnet, comme on dit ; Come A Little Bit Closer, une merveille au rythme langoureux, claviers sublimes, ambiance éthérée ; Bad Loser, sa chanson la moins percutante de l'album, tout de même une belle petite chanson pop ; Prove Your Love, intouchable joyau aux vocalises à tomber par terre, c'est une véritable honte que cette chanson ne soit pas plus connue.

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Fleetwood Mac en 1974 : John McVie, Mick Fleetwood, Bob Welch, Christine McVie

Bob Welch, de son côté, livre donc 7 titres. Deux d'entre eux, She's Changing Me et Silver Heels, sont des rocks efficaces mais sans grande originalité, si toutes les chansons de l'album avaient été de cet acabit, Heroes Are Hard To Find ne serait pas aussi réussi, il serait juste un bon petit album un peu passe-partout. Mais voilà, les 5 autres chansons... On a Coming Home, chanson étrange, quasiment instrumentale en fait, un morceau aventureux au possible, ambiance vaporeuse, chant lointain (je ne sais pas trop ce que Welch chante ; non seulement les paroles ne sont pas dans l'album, mais la production est si vaporeuse, sur ce titre, que c'est difficile à saisir !), guitare sublime, ce morceau est au final tout sauf pop, assez inclassable, Welch s'est fait plaisir et on le sent ; Angel, plus rythmée, possède elle aussi une guitare assez particulière ; ceux qui connaissent les albums de la période Welch savent bien que ce dernier a peu souvent fait des morceaux rock enlevés, celui-ci est une des exceptions, et c'est vraiment génial ; Bermuda Triangle, qui semble parler du Triangle des Bermudes, est un autre sommet aventureux, une progression sublime (à noter que ces trois morceaux se suivent sur l'album, formant une suite assez étonnante sur la face A). On a aussi Born Enchanter, où Welch chante d'une voix de fausset (il me semble) par moments, un morceau assez bluesy et sympathique, et enfin, en final, l'instrumental (sauf une ligne de texte en final) Safe Harbour, magnifique et envapé, aérien, une conclusion parfaite pour un album étonnant, à l'image, donc, de sa pochette qui laisse bouche bée de stupéfaction. Un de mes préférés du groupe, et même un de mes albums préférés, un de ceux que je réécoute avec le plus de plaisir. Un disque vraiment peu connu, et j'ai à la fois envie de le faire découvrir à tous et de le garder pour moi, en trésor caché (je ne suis pas le seul à l'aimer, ceci dit, à ce que j'ai pu voir sur le Net) ! Tant que les clips fonctionneront, vous les trouverez tous, plus bas, en écoute !

FACE A

Heroes Are Hard To Find

Coming Home

Angel

Bermuda Triangle

Come A Little Bit Closer

FACE B

She's Changing Me

Bad Loser

Silver Heels

Prove Your Love

Born Enchanter

Safe Harbour