FM1

Je n'avais pas spécialement l'intention de réaborder cet album (car il s'agit d'une réécriture, j'avais en effet rédigé une première chronique sur ce disque en 2009), et alors que le légendaire premier guitariste de Fleetwood Mac, Peter Green, est mort en fin juillet dernier, c'est logiquement à un album du groupe issu de la période pendant laquelle il en faisait partie (1966/1970) ou à un de ses albums solo que j'aurais du m'atteler. Mais bon, vous me connaissez, je ne fais rien comme tout le monde. Voici donc un album de Fleetwood Mac sorti en 1973. C'est un album assez particulier que ce cru 1973, autant le dire, un des albums les plus à part du groupe avec Kiln House et Time. A chaque fois, c'est une mouture fragile et éphémère du groupe qui en est à l'origine. Mais petit rappel avant de parler de Penguin, car c'est de cet album qu'il s'agit. Peter Green quitte le Mac en 1970, pour rejoindre une secte d'illuminés genre Hare Krishna. Le groupe, sans lui, sort Kiln House, excellent petit album de blues-rock. Jeremy Spencer (guitare aussi) se barre juste après ce disque (qui sera aussi le premier avec la claviériste Christine McVie, qui ne chante pas encore à l'époque) pour rejoindre...une secte (la propension des anciens membres du groupe, de la première époque, à toucher la folie du doigt et à la titiller est assez ahurissante), Les Enfants De Dieu, il en fait encore partie. Le groupe engage, peu après, Bob Welch, et sort Future Games en 1971, un petit chef d'oeuvre qui marque les débuts de Christine McVie au chant (Welch chante aussi, ainsi que le guitariste, arrivé en 1969, Danny Kirwan). Puis Bare Trees en 1972, encore plus réussi. Atteint de folie (qu'est-ce que je vous disais...), Kirwan se barre, ou est viré, il fera une carrière solo totalement discrète, finira sa vie fou et SDF, il est mort il y à quelques années. Au moins il n'a pas rejoint de secte douteuse. 

FM2

En 1972/73, après le départ de Kirwan (qui apportait beaucoup au groupe quand tout allait bien), Fleetwood Mac va engager non pas un, mais deux nouveaux membres en plus du noyau dur Mick Fleetwood (batterie), John McVie (basse), Christine McVie (claviers, chant, femme et future ex de John) et Welch (chant, guitare). Bob Weston (guitare) est engagé. Ainsi qu'un certain Dave Walker (chant, guitare), ancien membre de Savoy Brown. Le même Walker, en 1977, sera un temps approché par Black Sabbath, quand Ozzy partira du groupe, et enregistrera avec eux des chansons. Mais Ozzy reviendra, Walker est remercié, le groupe fait Never Say Die ! en 1978, puis Ozzy se barre vraiment. Avant de faire (vraiment rapidement ; clignez des yeux et vous risquerez de le louper) partie de Black Sabbath, Walker a fait partie de Fleetwood Mac. Le temps d'un album, Penguin, sorti donc en 1973 sous une hideuse pochette représentant un pingouin (animal préféré de John McVie et emblème, quelque part, du groupe). Walker, sur cet album, n'apparaît en réalité que sur deux morceaux : une reprise assez détonnante du (I'm A) Road Runner de Jr Walker & The All-Stars (un groupe Motown), et The Derelict, qu'il a écrit lui-même, chanson un peu countrysante. Il n'apparaît pas sur le reste de l'album. Il pose cependant avec les cinq autres membres du groupe sur la photo de l'intérieur de pochette (plus bas) et fera partie du groupe pour la tournée promotionnelle. Mais il ne fera finalement pas l'affaire, et dès l'album suivant, il est remercié. Force est de constater que si Penguin vaut un peu l'écoute (mais ce n'est en rien un de leurs meilleurs albums), ce n'est pas grâce à lui, même si la reprise du standard Motown est efficace. 

FM3

Court (35 minutes), Penguin vaut surtout pour les chansons de Christine McVie : Remember Me, Dissatisfied, Did You Ever Love Me, et une partie des morceaux de Welch (Revelation et Night Watch). A noter que sur ce dernier titre, on peut entendre une courte contribution guitaristique de Peter Green, lequel n'est cependant pas crédité (et ça me permet donc quelque part de lui rendre hommage via cet article), Green qui, en 1979, fera une autre apparition, créditée celle-là, sur Tusk (sur Brown Eyes). L'album alterne entre morceaux très calmes et pop (avec une saveur 70's bien agréable) et morceaux plus curieux, entre la country du morceau solo de Walker, la frénésie de la reprise Motown, l'aérien instrumental Caught In The Rain signé Weston seul (unique cas dans la discographie du groupe), le Revelation un peu tribal et étrange de Welch...Si on le compare avec les deux précédents opus de la période Welch, c'est clairement très inférieur, et les deux albums suivants (Mystery To Me, longuet et inégal mais bien sympa quand même, en fin d'année 1973, dernier album avec Weston, viré pour coucherie avec la femme de Fleetwood apparemment, et Heroes Are Hard To Find en 1974, petit chef d'oeuvre méconnu) sont également supérieurs à ce Penguin qui a le cul entre deux chaises, a été fait au cours d'une période curieuse et instable (comme Time en 1995), mais offre tout de même, malgré qu'il soit vraiment mineur, quelques beaux restes. N'empêche, pour que le groupe ne recommence à connaître le succès (car Penguin, comme les autres de cette période 1970/1974, foirera au hit-parade), il leur faudra attendre 1975 : Welch se barre (amicalement, sans crise, ni rien), et le duo Stevie Nicks (chant) et Lindsey Buckingham (chant, guitare), un couple, arrive. Et là, on le sait, tout changera, définitivement...

FACE A

Remember Me

Bright Fire

Dissatisfied

(I'm A) Road Runner

FACE B

The Derelict

Revelation

Did You Ever Love Me

Night Watch

Caught In The Rain