K4

En 1973, les Kinks, pas vraiment encore en danger mais ayant quand même connu une petite déconvenue l'année précédente avec le double album mi-studio/mi-live Everybody's In Show-Biz - Everybody's A Star (souvent raccourci à la première partie de son titre) qui offre tout de même le chef d'oeuvre Celluloid Heroes, sortent Preservation Act 1. J'en ai reparlé hier, pour la première fois en 12 ans, rappelez-vous. Sous sa pochette jaune et assez moyenne et prétentieuse se cache le prologue, en fait, d'un album bien plus ambitieux qui sortira l'année suivante en double album, et qui s'appelle, évidemment, Preservation Act 2. Avec une pochette elle aussi assez moyenne, représentant un panneau publicitaire dégradé avec une photo d'un Ray Davies tout content de lui et fringué d'un costume bariolé hideux. Les expressions faciales de Davies, au verso comme à l'intérieur de pochette, sont d'un ridicule qui ne manque jamais de me faire sourire, voire même franchement rire, assez moqueusement. Preservation Act 1 posait les bases du concept un peu fumeux (je ne l'ai jamais vraiment bien saisi, et pourtant, je touche bien ma bille en anglais, sans vouloir me vanter) imaginé par Ray Davies, à l'époque bien décidé, et au grand dam de son frangin Dave, à ce que les Kinks fassent du rock théâtral. L'album avait beau ne durer que 39 minutes, leur plus court en trois ans, il n'en demeurait pas moins assez longuet, pas mal de morceaux sont pesants, chiants (Cricket, Here Comes Flash, There's A Change In The Weather). Mais on y trouve quand même de bons trucs : Daylight, One Of The Survivors. Et Sweet Lady Genevieve, un chef d'oeuvre oublié s'il en est. 

K5

L'album ne se vendra pas bien, sera mal reçu par la presse. Déjà que le précédent avait été une alerte, logiquement, là, Ray Davies aurait du se dire "OK, on remise le futur double album Act 2 et on passe à autre chose". Mais non, Davies y tenait (sans doute était-il le seul, au sein de son groupe, à y tenir, d'ailleurs). C'est ainsi qu'en 1974, Preservation Act 2, double album de 67 minutes (tout tient sur un seul CD, sur lequel on a même placé des bonus-tracks), sort. La réception sera pire encore que pour le précédent opus. Et quand on pense que l'album suivant, Soap Opera en 1975, sera leur pire album à l'époque (dans les années 80/90, ils feront pire), on comprend vraiment dans quelle mélasse le groupe était, à l'époque. Quand ils reviendront avec Schoolboys In Disgrace en 1976, malgré que l'album ne soit pas un chef d'oeuvre (il est juste très bon), ça sera presque miraculeux. Bon, Preservation Act 2, au départ, autrefois, je le détestais pareil que le premier opus, et aveec le temps, je dois dire que j'ai fini par leur trouver de rares qualités (en la personne de chansons correctes ; parce que pour ce qui est du concept, j'ai laissé tomber ; apparemment, une histoire de magouilles dans une ville, qui la conduisent au bord du chaos). Ce deuxième volet, qui offre 21 titres (dont cinq Announcement de maximum 1 minute, et souvent de 30 ou 40 secondes, des spoken-words introductifs), est peut-être meilleur que le premier, parce que le ratio bonnes chansons/durée de l'album est peut-être plus généreux. 

K6

C'est un fait, Preservation Act 2 n'est vraiment pas terrible, et si j'ai retiré les deux albums de la catégorie 'ratages', j'ai quand même laissé le tag du même nom, l'air de dire qu'il ne faut pas croire que j'ai totalement réhabilité cette paire d'albums. On y retrouve cette même ambition qui fleure bon la prétention, cette ambiance pompeuse et qui veut péter plus haut que son cul. On y trouve des moments vraiment chiants, embarrassants, comme Shepherds Of The Nation, Second-Hand Car Spiv, Scraphead City, Flash's Dream (The Final Elbow). Mais je dois dire que plusieurs moments, ici, dans ce grand fatras théâtral, music-hallesque, conceptuel et schtarmbouze, trouvent un peu (un peu !) grâce à mes oreilles. Je pense à Money Talks, à Nothing Last Forever, à Nobody Gives, à Oh Where Oh Where Is Love ?, à Salvation Road (qui reprend le thème de Demolition, de l'Act 1, thème qui revient dès le premier Announcement ici), à When A Solution Comes et Scum Of The Earth. Par rapport à Soap Opera sur lequel je ne sauve, dans mes très bons jours de bonté, qu'un seul titre (You Can't Stop The Music), c'est presque un exploit. Cs morceaux, Nobody Gives et Money Talks mis à part, ne sont cependant pas aussi grandioses que Sweet Lady Genevieve et One Of The Survivors du précédent opus, mais c'est quand même correct. A la rigueur, contrairement à ce que je pensais autrefois, peut-être y avait-il de quoi faire un album simple correct avec le meilleur des 6 faces réunies de ce Preservation pharaonique et quasiment calamiteux que les Kinks nous ont malheureusement offert en l'espace de deux ans en 1973 et 1974. Ca n'aurait vraiment pas été un grand cru, cet album, s'il avait existé, mais ça aurait été, disons, acceptable. Au final, les deux Preservation sont à réserver aux fans hardcore des Kinks. Ils ont leurs fans, ces deux disques, mais ils ne sont pas nombreux...

FACE A

Announcement

Introduction To Solution

When A Solution Comes

Money Talks

Announcement

Shepherds Of The Nation

FACE B

Scum Of The Earth

Second-Hand Car Spiv

He's Evil

Mirror Of Love

Announcement

FACE C

Nobody Gives

Oh Where Oh Where Is Love ?

Flash's Dream (The Final Elbow)

Flash's Confession

FACE D

Nothing Lasts Forever

Announcement

Artificial Man

Scraphead City

Announcement

Salvation Road