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Allez, on continue notre petit cycle Zappa (qui s'achève prochainement, d'ailleurs, enfin, je pense). Ce cycle, vous vous en êtes sans doute rendu compte parce que vous êtes intelligents, est consacré en grosse majorité à la première période de la carrière du Moustachu, avec les Mothers Of Invention (ce qui ne m'a pas empêché de réaborder Sheik Yerbouti et Waka/Jawaka, ceci étant). Après avoir reparlé d'Absolutely Free, le deuxième de ses albums, la logique aurait voulu que je reparle de We're Only In It For The Money, et rassurez-vous, je suis sûr que tôt ou tard, j'en reparlerai, de cet excellentissime opus de 1968 à la pochette pastichant celle d'un fameux album des Beatles. Il aurait aussi fallu que je reparle d'Uncle Meat, monumental double album de 1969, et là aussi, je suis sûr que tôt ou tard, j'en reparlerai (quant à Cruising With Ruben & The Jets, de 1968, il fut réabordé il y à une paire d'années). Mais c'est en 1970 que je débarque  avec cette chronique qui, je pense, sera l'avant-dernière du cycle. Au moment de la sortie de cet album, Burnt Weeny Sandwich, Zappa est à la croisée des chemins avec son groupe : en fait, ils sont séparés, tout simplement. Zappa avait lancé sa carrière solo en 1968 avec Lumpy Gravy, disque chabraque et au final peu réussi, un peu trop bordélique (et on parle de Zappa ! Pour qu'un album de Zappa, surtout du Zappa des années 60, soit qualifié de trop bordélique, vous imaginez bien à quoi il peut ressembler !). En 1969, il sort son deuxième album solo, Hot Rats, qui reste sans doute son meilleur, en tout cas son plus recommandé pour découvrir son oeuvre. Quand Hot Rats sort, Zappa a sorti un best-of des Mothers. Pour lui, ça y est, c'est over, faut passer à autre chose. 

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Mais en 1970, deux albums des Mothers vont, coup sur coup (la même année sortira son Chunga's Revenge solo), débouler dans les bacs, en février pour le premier, en août pour le second (et Chunga's Revenge sortira en octobre). Ces deux albums (le second, j'en reparle dans deux-trois jours : Weasels Ripped My Flesh) ne sont pas des albums 'classiques' : ils ont, tous deux, été enregistrés en diverses sessions, entre 1967 et 1969. Il s'agit en fait de disques de chutes de studio, sans doute conçus pour honorer un contrat, ou pour solder le compte des Mothers Of Invention (vu que Zappa va, pendant un temps, rester sur le même label que celui des Mothers, je penche plutôt pour la seconde hypothèse). Burnt Weeny Sandwich, sous sa pochette bordélique faisant penser à celle d'Uncle Meat, est donc le premier de ces albums composites. Son titre viendrait d'une interview de Zappa, qui aurait alors annoncé qu'il venait de manger un hot dog kasher cramé et qu'il avait aimé le goût. Il s'agit de Zappa, il n'y à pas à être étonné, c'est tout à fait normal. A l'époque, dans la pochette de cet album, un poster double face, reproduit dans la réédition vinyle mais nulle part ailleurs, montrait diverses photos du groupe, présentant chaque membre, avec la mention "The Mothers Of Invention sincerely regret to inform you", allusion à la séparation du groupe. Long de 41 minutes, Burnt Weeny Sandwich offre 9 titres, dont 7 sur la seule face A, qui offre des morceaux allant de 40 secondes à 6,30 minutes. Des morceaux qui s'imbriquent comme des Lego, on sent le concept via leurs titres : Igor's Boogie Phase 1, Igor's Boogie Phase 2, Overture To A Holiday In Berlin, Holiday In Berlin, Full-Blown... Quasi exclusivement instrumental, l'album, ceci dit, s'ouvre et se ferme sur deux chansons de style rhythm'n'blues ou doo-wop, WPLJ et Valarie

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L'album est très réussi, sans être le sommet des Mothers (sa structure composite l'en empêche), mais il renferme, sur sa face B, un morceau qui, lui, est sans doute le sommet du début de carrière de Frank Zappa : Little House I Used To Live In. Long de 18,40 minutes et occupant donc quasiment toute la seconde face (Valarie, qui le suit et achève le disque, dure 3 minutes et est bien mal situé sur le disque), ce morceau instrumental est du genre qui laisse pantois, stupéfait, transi d'admiration béate et craintive. Divers soli (violon, par Don ''Sugarcane" Harris, celui-là même qui brilla sur Hot Rats ; piano ; cuivres ; orgue ; guitare) se chevauchent, se suivent, chacun prenant son ticket et se mettant dans la file comme à la Sécu. Une progression haletante qu'il faut à tout prix écouter au moins une fois dans sa vie, c'est absolument dantesque. Rien que pour ce morceau indescriptible et trop court malgré qu'il dure presque 19 minutes, Burnt Weeny Sandwich est à écouter. Rien n'est mauvais sur ce disque (j'aime beaucoup Aybe Sea ; les deux Igor's Boogie de 40 secondes ne servent en revanche à rien, on n'a pas le temps de les écouter qu'ils sont déjà terminés), mais Little House I Used To Live In (le titre, en CD, gagnera un The) en est le sommet absolu, imbattable, la principale raison d'être, alors que le disque suivant, Weasels Ripped My Flesh (et sa pochette rigolote), est plus, disons, compétitif sur la longueur. Pas de morceau aussi monumental que cette pièce montée, mais plus de morceaux de durée et de tenue respectable au lieu de ces petits bouche-trous de la face A. N'empêche, Burnt Weeny Sandwich a toujours été un de mes préférés de Zappa. 

FACE A

WPLJ

Igor's Boogie, Phase One

Overture To A Holiday In Berlin

Theme From Burnt Weeny Sandwich

Igor's Boogie, Phase Two

Holiday In Berlin, Full-Blown

Aybe Sea

FACE B

Little House I Used To Live In

Valarie