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Sorti en 1980, Heartattack And Vine est mon album préféré de Tom Waits. Avec sa voix déglinguée et son allure de poète beat dépenaillé et toujours à la limite de la syncope alcoolisée, Waits est un artiste difficile à classer, musicalement parlant. J'ai d'ailleurs longtemps réfléchi avant de choisir la catégorie 'rock classique' (rock, quoi) pour ranger cet artiste, car, au fond, ce n'est pas rock. C'est parfois empreint de jazz, mais la plupart du temps, c'est totalement inclassable. Un peu comme, en France, Hubert-Félix Thiéfaine (mais en bien meilleur - en même temps, H-F T, j'aime pas trop).  Il suffit de regarder la pochette de Heartattack And Vine pour piger que Waits n'est pas un artiste normal : la pochette parodie une 'une' de journal, avec paroles imprimées en tant qu'articles (grosse déception : dans le livret CD, elles sont absentes...et pas imprimées totalement sur la pochette, dans la réédition CD aussi). Et une photo de Waits en tenue de soirée, mais comme sortant d'une soirée arrosée, trop arrosée. Regard qui fixe l'horizon bien mort, tête penchée de coté, costume à la propreté douteuse, cheveux en bataille, main crade, et le 'journal' en lui-même est crade, comme si on l'avait ramassé dans une flaque de vomi ou de pisse.

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Heartattack And Vine est un disque de fin de soirée, quand on sort complètement déchiré d'un night-club ou de chez un pote, trop bourré pour se reconnaître dans une glace, à la limite de la crise cardiaque (le titre). En 1980, année de sortie de ce disque, Waits était dans sa meilleure période (1978-1985). Pendant cette période, Blue Valentine, Heartattack And Vine, Swordfishtrombones, Rain Dogs, rien que ça. Pendant cette période, il quittera Elektra (sa première maison de disques, Heartattack And Vine est sorti sous ce label) et rejoindra Islands (juste après). Heartattack And Vine, malheureusement pas le plus connu et vendu des albums de Waits (il se vendra quand même mieux que ses albums précédents, à l'époque), contient quelques unes de ses plus belles chansons : Jersey Girl, ode à sa femme, et que des artistes tels que Bon Jovi ou Bruce Springsteen reprendront ; Downtown ; On The Nickel, utilisée dans un film portant le même nom ; l'instrumental remarquable In Shades... Mr. Siegal parle de Bugsy Siegel, un mafieux notoire mort en 1947.

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L'album, je l'ai dit, se vendra nettement mieux que certains de ses précédents albums (Closing Time, Blue Valentine, Nighthawks At The Dinner), mais ça ne sera pas un triomphe non plus. Difficile d'accès comme, dans l'ensemble, la discographie de Waits (à la rigueur, Closing Time, son premier disque, est le plus accessible, car Waits n'y a pas encore totalement posé les bases de son univers si particulier), l'album regorge de grandes chansons (Saving All My Love For You, qui n'a rien à voir avec une chanson du même nom datant des 60's, et que Whitney Houston reprendra - toutes les chansons de l'album sont écrites par Waits), et reste une pure merveille décalée. Juste qu'il faut se faire à la voix si particulière de Tom Waits. Cassée, rauque, alcoolisée, déglinguée, elle est à l'image de la pochette : totalement étrange, totalement unique, totalement magnifique aussi. Mais spéciale.   

FACE A

Heartattack And Vine

In Shades

Saving All My Love For You

Downtown

Jersey Girl

FACE B

'Til The Money Runs Out

On The Nickel

Mr. Siegal

Ruby's Arms