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Le disque du suicide commercial. C'est ainsi que cet album fut surnommé dans les couloirs et bureaux de Columbia Records, à New York, en 1972, alors que Santana préparait, enregistrait son quatrième album, Caravanserai. Faut dire que cet album avait de quoi interloquer et même inquiéter Clive Davis (alors dirigeant de Columbia). Santana ne pouvait s'éloigner davantage du rock latino des débuts avec ce disque principalement instrumental de 52 minutes, plus qu'influencé par l'Arabie et le jazz. Mais avant de continuer à en parler, de Caravanserai, petit résumé, ça ne prendra pas longtemps (ce paragraphe) du début de carrière de Santana. Le bouillant guitariste mexicain s'est fait connaître en août 1969 au Festival de Woodstock (son premier album, éponyme, Santana donc, sortira le même mois), livrant, sous substances (Santana était vraisemblablement sous acide), une prestation éblouissante, une des toutes meilleures des 3 jours de paix, de musique et d'amour. Un Soul Sacrifice démentiel, notamment, qui finira dans le film et sa bande-son et résonne encore (couplé avec le chant de la foule pour faire cesser la pluie) dans la tête de tous ceux l'ayant vu/entendu. Le premier album est excellent, et pas mal de morceaux seront souvent joués live. Abraxas, le deuxième, en 1970, est encore meilleur, avec sa pochette signée Mati Klarwein, sa citation du Demian de Herman Hesse (le titre de l'album en est aussi issu) en verso de pochette et surtout, surtout, sa légion de classiques, ces Oye Como Va, Samba Pa Ti, Incident At Neshabur, Black Magic Woman/Gypsy Queen repris à Fleetwood Mac et qui sere un IMMENSE tube. En 1971, Santana publie Santana III, sans doute moins percutant mais tout de même remarquable, avec Toussaint L'Overture et Batuka. Trois albums, trois cartons au hit-parade, des tubes en puissance, le monde entier parle de Santana, autant dire qu'un quatrième album est plus qu'attendu : il est carrément espéré, Noël avant l'heure. Il sort en octobre 1972 et a été, avant ça, enregistré entre février et mai, à San Francisco, dans les studios de Columbia Records.

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Qui, donc (Columbia Records), s'énerve et s'inquiète pas mal en écoutant les bandes et et constatant le virage totalement mystique de celui qui, bientôt, converti à l'hindouïsme, se fera renommer Devadip Carlos Santana et mettra des citations de Sri Chinmoy, son maître à penser, sur les pochettes de ses albums (et ce, dès Caravanserai, d'ailleurs). Caravanserai, très influencé par le jazz-rock, la fusion, les albums de Coltrane, Miles Davis et du Mahavishnu Orchestra (Santana collaborera à plusieurs reprises avec le guitariste de ce groupe de jazz-rock, John McLaughlin, lui-même ancien sideman de Miles Davis), n'oublie pas pour autant l'aspect latino de l'affaire (un des morceaux, Stone Flower, est repris à Antonio Carlos Jobim), mais si on compare avec les trois précédents opus, c'est vraiment la portion congrue. Conceptuel (de son titre à ceux de certains morceaux, sans oublier évidemment la sublime pochette, l'album sonne comme si on était de nuit dans le désert du Sahara), Caravanserai offre 52 minutes de pure beauté sonore. J'ai découvert l'oeuvre de Santana (je ne connaissais, avant, que Black Magic Woman, mon père ayant le 45-tours) avec ce disque, acheté parce que mon père m'avait parlé de Santana, et que je voulais me payer un de leurs albums et ai choisi celui-là pour la pochette. Je n'ai jamais regretté ce choix (de toute façon, nul doute que, tôt ou tard, j'aurais découvert l'album). Abraxas et Moonflower ont suivi très peu de temps après. Si Moonflower est désormais et définitivement mon grand préféré du groupe (qui, selon moi, n'a quasiment rien fait de vraiment durable ensuite, et l'album date de 1977), Caravanserai a tenu le haut du pavé pendant un moment. 

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Et  je l'écoute toujours avec autant d'admiration et de passion. Peu de tubes ici (aucun, en fait, même si j'avais été surpris de constater que La Fuente Del Ritmo, un des rares morceaux vraiment latino de l'affaire, avait été placé sur un best-of), mais des classiques qui seront, en live, à l'époque, sublimés : Every Step Of The Way, Stone Flower... Mais l'album est difficilement décorticable, et s'écoute comme un ensemble à peine séparé par le changement de face. Une odyssée nocturne (vraiment, c'est l'atmosphère qui se dégage de l'album), avare en chant car seuls trois titres sont chantés, mais pas avare en émotions. Ca démarre doucement par Eternal Caravan Of Reincarnation, et ses bruitages nocturnes, et son saxophone (joué par Hadley Caliman). Il est temps d'ailleurs de citer les musiciens qui accompagnent le guitariste : Neal Schon à la guitare, Gregg Rolie à l'orgue, Mike Schrieve à la batterie, Wendy Haas au piano, José 'Chepito' Areas aux percussions, timbales, congas, Armando Peraza aux percussions, Tom Rutley à la basse acoustique, James Mingo Lewis aux percussions, Tom Coster au piano électrique, Doug Rauch à la basse et un peu de guitare. Tous ne jouent pas sur tous les titres (Coster, qui sera de l'aventure de plusieurs autres albums, ne joue que sur l'avant-dernier, par exemple), mais tous sont exemplaires. Les guitares, par exemple, aussi bien sur Waves Within, Song Of The Wind, Every Step Of The Way ou All The Love Of The Universe (un des rares titres chantés, par Carlos et par Rico Reyes, les autres, chantés par Rolie, sont Stone Flower et le court mais intense Just In Time To See The Sun). Les percussions, sur La Fuente Del Ritmo, Future Primitive. La basse, sur Eternal Caravan Of Reincarnation, Stone Flower. Une maîtrise totale des instruments, des mélodies inoubliables (Song Of The Wind, Stone Flower), une ambiance parfaite, relaxante au possible, une production (signée Santana et Mike Shrieve) éblouissante, tout concourt à faire de Caravanserai un absolu joyau. C'est presque du jazz, et on comprend que Columbia ait fait la gueule face à cette musique moins commerciale et plus complexe que celle des précédents albums, mais c'est magistral. L'album suivant, Welcome, parviendra presque à égaler cette prouesse (Flame-Sky, immense duel de guitares entre Santana et McLaughlin, invité pour le coup), et est absolument immanquable lui aussi. L'Âge d'Or de Santana : 1972/1974.

FACE A

Eternal Caravan Of Reincarnation

Waves Within

Look Up (To See What's Coming Down)

Just In Time To See The Sun

Song Of The Wind

All The Love Of The Universe

FACE B

Future Primitive

Stone Flower

La Fuente Del Ritmo

Every Step Of The Way