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C'est repartie pour un nouveau cycle, à peu près aussi long que celui, récemment, sur les Doors (la faute à une discographie studio peu fournie ; et encore, pour le groupe qui nous intéresse ici, Steely Dan, je n'aborderai pas les deux derniers opus, sortis bien des années après celui qui, en 1980, s'avèrera être leur dernier ; vous suivez ? Non ? Tant mieux). Cette fois-ci, c'est de Steely Dan, donc, que je vais (re)parler. Un groupe californien (les deux leaders sont cependant new-yorkais d'origine et de coeur, et détestent la Californie, mais c'est là que les meilleurs musiciens se trouvent, alors...) qui compte parmi les grands préférés. Prenant son nom d'un roman de William S. Burroughs (fameux écrivain de la Beat Generation et drogué notoire), en l'occurrence d'un objet présent dans Le Festin Nu (un godemiché, oui, un godemiché vous avez bien lu, et ça prouve par A +B=C le sens de l'humour ravagé du groupe, ou plutpot du duo de leaders), Steely Dan est essentiellement un duo, donc : Donald Fagen (chant, claviers) et le regretté Walter Becker, mort en septembre 2017 (guitare, basse). Mais à la base, c'est un vrai groupe constitué aussi des guitaristes Jeff 'Skunk' Baxter et Denny Dias, du chanteur David Palmer et du batteur Jim Hodder, lequel chante sur un titre du premier album. Et sur le premier album, Becker est surtout à la basse, il n'est, en fait, qu'à la basse. Et Palmer ne chante pas sur tout, loin de là. Oh, c'est compliqué. Mais ce qui est encore plus compliqué, c'est ce que Steely Dan deviendra ensuite à partir de 1975, mais chut...on en reparlera en temps et en heure !

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Can't Buy A Thrill, dont la pochette (qui représente des prostituées attendant le client, une bouche féminine bien glossée, un mec torse nu et baraqué, des bananes, néons et une femme nue recroquevillée sur elle-même, le tout, sur fond de grosses tâches de gras ou d'humidité, voir le verso, photo ci-dessus) sera qualifiée par le duo Becker/Fagen lui-même, par la suite, de pire pochette d'album des 70's, est le premier opus de Steely Dan et il date de 1972. Il me semble que la pochette a causé scandale à sa sortie, mais je ne pense pas que l'album ait été réédité avec une autre pochette. Sur cette pochette, un long texte (au verso, avec les paroles) parle du groupe, un texte dithyrambique et un peu ringard, à la 'note de pochette de disque de jazz des années 50', signé d'un certain Tristan Fabriani. Lequel n'est autre que Becker et Fagen, au passage. Oui, de fausses notes de pochette en guise d'accompagnement du premier album, on sent bien que les deux zigotos iront loin (au passage, les anglophones ou anglophiles feraient bien de lire les notes de pochette des livrets des rééditions CD des albums du groupe, certaines sont purement hilarantes, les deux gars a yant un sens de l'humour ravageur, ce qui se ressent souvent dans les paroles des chansons d'ailleurs). Can't Buy A Thrill est, autant le dire, un premier album très réussi, à défaut d'être immense ; ce n'est pas du tout le meilleur album du groupe, c'est même le moins réussi de leurs sept premiers albums (c'est à dire, jusqu'à 1980 et l'album Gaucho), et le principal défaut réside dans l'accumulation de chanteurs, mais c'est un bon disque qui offre une bonne quarantaine de très agréables minutes. 

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OK, la chanson interprétée par le batteur (Midnight Cruiser, laquelle, comme les neuf autres de l'album, est signée Becker/Fagen) est bien, mais aurait été meilleure interprétée par un autre que lui. OK, les chansons interprétées par Palmer (il y en à 3 en solo, et 2 avec Fagen) sont bien, surtout Dirty Work, mais le timbre de voix de David Palmer, trop suave et propre sur lui, ne correspond pas trop au style steelydanien. D'ailleurs, Palmer partira du groupe très rapidement après ce premier opus. Les chansons interprétées par Fagen, et sa voix aigüe et cynique, sont incontestablement le ciment de ce premier opus, on y trouve d'ailleurs deux gros classiques du groupe, mais des vrais classiques, hein, pas de petites chansons : Do It Again (qui ouvre l'album), longue chanson au climat latino à la Santana, pure perfection pop, et le plus sautillant Reelin' In The Years, qui ouvre la face B, que l'on peut qualifier de premier 'tube' du groupe. Tout y est : piano entêtant, solo de guitare (dont un de steel guitar par 'Skunk' Baxter, futur membre des Doobie Brothers), paroles et chant remarquables... Only A Fool Would Say That, Kings et Turn That Heartbeat Over Again (avec une rare participation vocale de Becker, co-crédité au chant, sur ce titre, avec Fagen et Palmer, ce qui fait qu'on n'entend pas sa voix plus que celle des deux autres) sont d'autres très bonnes chansons (en revanche, Fire In The Hole et Change Of The Guards ne sont pas grandioses), qui achèvent de faire de ce premier opus de Steely Dan une très bonne surprise. A réserver aux fans, ceci dit, car il y à d'autres albums de Steely Dan qui sont mieux pour découvrir le groupe.

FACE A

Do It Again

Dirty Work

Kings

Midnight Cruiser

Only A Fool Would Say That

FACE B

Reelin' In The Years

Fire In The Hole

Brooklyn (Owes The Charmer Under Me)

Change Of The Guard

Turn That Heartbeat Over Again