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On ne va pas se mentir : avant la sortie de cet album en 2003, je ne connaissais pas du tout les White Stripes. Bah si. J'ai commencé à acheter de la presse rock en 2003, en été je me rappelle, et à ce moment précis, je connaissais déjà le groupe parce que cet album, leur quatrième, a été un tel succès, à sa sortie en avril, que je ne pouvais pas faire autrement. Tout le monde en parlait partout, et par la grâce d'un single fabuleux dont je vais parler plus bas mais que vous connaissez déjà tous, Elephant, titre de cet album, sera un triomphe commercial. C'est peut-être le disque de 2003, un des albums les plus importants de cette année en tout cas. C'est aussi et surtout l'album qui, pour les White Stripes, va tout changer : je ne vais pas dire que les trois précédents opus, tous réussis (de plus en plus réussis, même), du duo Jack & Meg n'avaient pas marché, mais on ne peut pas dire qu'ils aient affolé les charts et se soient vendus comme de bons vieux U2 des familles. Le groupe a sa légion de fans, certains depuis le premier album éponyme de 1999, mais le grand public, hein... Et je le redis, croyez-moi ou non je m'en fous, mais avant 2003, avant Elephant (le groupe n'a jamais vraiment explicité le pourquoi du comment du titre), j'ignorais totalement qui étaient les Bandes Blanches. J'écoutais déjà du rock depuis belle lurette, ayant découvert le rock via Queen à l'âge de 11 ans et je suis né en 1982, mais comme je ne lisais pas de presse spécialisée, forcément, les trucs les plus obscurs ou pointus, je passais à côté. 

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Je le regrette, évidemment, mais bon, comme j'ai découvert leurs albums par la suite, vers 2006 (après la sortie de leur album suivant, que j'aborde après-demain), et j'avais même abordé ici, en 2010, De Stijl et White Blood Cells dont j'ai réécrit les chroniques il y à quelques jours, ce n'est pas grave. Cette chronique aussi est une réécriture, l'ancienne datait de 2009 tout de même. Bon, Elephant. Succès international pour cet album plus généreux que les précédents (50 minutes, en fait, à une minute près, pour 14 titres), enregistré en grande partie à Londres avec du matos antique, afin de donner des sonorités 70's à l'album. Compte tenu que le groupe est presque en fin de carrière (encore deux albums et c'est le split, mais ils ne pouvaient pas s'en douter à l'époque, évidemment), c'est con pour eux d'avoir connu le succès aussi tardivement. L'album est sorti sous une pochette (détournée en six visuels différents, selon le pays de sortie, le format...) qui reprend encore une fois le dogme colore du groupe. Musicalement, c'est encore plus varié que de coutume, même si le duo a tout fait tout seul. Autre dogme respecté, pas de basse, encore une fois, mais l'écoute du single promotionnel (et première chanson sur l'album, aussi), Seven Nation Army, fera hausser les sourcils de certains, qui accuseront le groupe de manquer à ses convictions. Non, ce n'est pas une basse, mais une guitare baissée de plusieus octaves. L'effet est saisissant, on croirait vraiment une basse. On ne va pas revenir sur ce morceau légendaire qui a été repris plusieurs fois, notamment (snif...) par Ben L'Oncle Soul. Encore plus con et triste, ce morceau a été repris, populairement, comme gimmick au cours d'évênements sportifs, culturels, on reprend le riff de guitare-qui-semble-être-une-basse de manière vocale, pooooopolopopopooooopo, ce qui a toujours eu le don de prodigieusement m'escagasser. Sinon ? Avec son monumental clip (qui l'a vu une fois ne l'oublie jamais), avec son riff entêtant, avec son refrain instrumental qui reprend, en guitare, le riff de fausse basse des couplets, avec cette voix désincarnée et hargneuse de Jack, c'est une tuerie, un morceau légendaire, rien de moins.

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Comme en plus ce morceau ouvre le bal, on se dit est-ce que la suite sera au minimum du même niveau ?, en se disant aussi que ça semble difficile. Force est de constater que si le précédent opus, White Blood Cells, était déjà une ahurissante prouesse, Elephant enfonce le clou et est encore plus abouti (certains diront en fait que si on y réfléchit bien, White Blood Cells est meilleur, ou plutôt, qu'Elephant n'est pas forcément meilleur, juste du même niveau). Black Math, qui déboule après Seven Nation Army, offre un riff bien mortel, une rythmique du feu de Dieu, c'est du lourd, très lourd. Puis l'album, le temps de cinq morceaux (!!!), va virer progressivement pop. There's No Home For You Here et la reprise d'un morceau signé Burt Bacharach, I Just Don't Know What To Do With Myself, sont encore assez rock et teigneux, mais on sent la pop arriver à grands pas. In The Cold, Cold Night, interprété par Meg, est touchante, douce. I Wanna Be The Boy To Warm Your Mother's Heart (ces titres de chansons très longs, Jack White s'en fait une spécialité) et You've Got Her In Your Pocket sont deux autres douceurs. Impossible d'imaginer des morceaux pareils sur le premier opus. Puis l'album reprend sa charge de démolition, entre le bluesy Ball & Biscuit, les monstrueux The Hardest Button To Button et Little Acorns...On retrouve bien un peu de pop (The Air Near My Fingers) et le final en trio folkisant entre Jack, Meg et Holly Golightly est amusant, mais Elephant, tout du long, n'oublie pas de tout défoncer sur son passage. Tout en étant plus varié encore que les précédents opus. Chapeau bas !

Seven Nation Army

Black Math

There's No Home For You Here

I Just Don't Know What To Do With Myself

In The Cold, Cold Night

I Wanna Be The Boy To Warm Your Mother's Heart

You've Got Her In Your Pocket

Ball & Biscuit

The Hardest Button To Button

Little Acorns

Hypnotize

The Air Near My Fingers

Girl, You Have No Faith In Medicine

Well It's True True That We Love One Another